‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 65 sur 352 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. D après G. Picot, sur 192 députés du Tiers 131 sont titulaires d'offices Hist. des Etats généraux, Paris, 1888, t. IV, p 178. note.

DU CARDIN AI, DE RlCïîELIEr 85

de vues moins larges que le j)roccclent, et borné uniqueniCnLà des intérêts matériels, il n'en est pas moins intéressant, en ce qu'il prouve l'unanimité de vues du Clergé, de la Noblesse et du véritable Tiers sur ce point.

« Ce pauvre peuple, Messieurs, comme esveillé en sursault, « avoit conceu quelque espérance de la restauration par la publi- « cation des estats généraux, où il espérait faire ses plaintes. « Mais il en est décheu, puisque ceux, lesquels plus justement on « pouvait accuser comme premiers et seuls auteurs et fauteurs de « tant de désordres, pilleries, exactions et concussions se font, « par force et violence et autres voyes illicites, fait eslire et « nommer pour députez en ceste bourgade directement contre « les mandemens et Royalles intentions de Sa Majesté et le désir « et liberté de ses pauvres subjets afin de fermer la bouche « et couper l'herbe sous le pied des affligez ». Et il avait soin de préciser, pour éviter toute équivoque : « Je ne parle {< point de la Noblesse de ce Baillage, Messieurs, laquelle « on sait avoir toujours rendu au Roy le devoir de sa fidé- « lité, mais de ceux auxqueuls est commis le sacré Bercail <( pour vivre en seureté et repos sous les loix divines et « humaines ^ ».

1. Rcjr.onslrances a Messieurs des irais Ei^fats jnr le Znpire François, lOH, p. 7. Notons en passant le nouveau mode de recrutenient de Ja Judicaturc proposé par l'auteur : l'élection par les habitants de trois personnes « iulre ios- (X quelles Sa Majesté choisirait telle qui lui plairait » (p, 13). Ce pamphlet n'avait point échappé aux partisans du prince de Condé ; l'un deux en pi-enait texte p^ur faire son apologie, en se plaçant uniquement sur le terrain de la réfornie de la Justice (Le Chevalier errant pour supplément du « Zopîre français, s. 1. 1614), et dans un second factum, où perce clairement le but inavoué de mettre à profit ce levain de discorde dans le Tiers, il engageait le prince à l'aire connaître au roi ces plaintes, h lesquelles servii-aient peut-être, dit-il, à « racheminement de vos saints et sacrez désirs et pour parvenir à la Réformai( tion générale ». (A Monseigneur le Prince, s. 1. n. d. 1614, p. 4.) Il y a lieu de noter ici que les élections n'avaient pas été favorables aux princes qui se plaignaient dans la confért iice de Loudun de ce qu'elles avaient été faussées par les brigues ^G. Picot, Hist. des Etats généraux, t. IV, p. 197). Un autre pamphlet, postérieur à l'assassinat du Maréchal d'Ancre, donnait là-dessus quelques détails : ^< Il a esté payé à un certain député du Tiers Etat, pour tenir le « party de Gonchine, plus de mil francs, outre une pension de 3.000 livres qu'il « recevait annuellement, sans comprendre sa taxe qui luy a esté faicte pour 4» avoir esté aux Estats, dont il s'est faict payer »• {Dialogue du berger Picard « avec la Nymphe Champenoise sur la fortune et gouvernement du marquis d'Ancre «. en Picardie par A, D. F. P. Paris, 1617, p. 14).

Richelieu était de la Noblesse autant que du Clergé, et l'on s'explique facilement qu'il en ait d'autant plus épousé les passions qu'elles étaient d'accord avec celles de la Cour, avec son mandat, et aussi avec son intérêt personnel, de même qu'avec les aspirations élevées de son Ordre dont il venait de définir le rôle social.

L'on sent, du reste, la conviction, par contraste avec l'éloquence factice de l'exorde, dans le passage très court mais expressif, relatif aux misères d'en bas. Richelieu a entendu de près, dans son diocèse chétif de Luçon, le grondement sourd des campagnes, ce véritable Tiers, oppressées par les impôts de toute sorte, par les rapines et les contributions et les levées des gens de guerre, dans ces luttes où la Religion n'a été souvent qu'un prétexte ; à Paris même, entre deux séances de son Ordre, l'un des pamphlets dont nous parlions tout à l'heure l'a évoqué devant ses yeux ; la plainte lamentable de YAdvis de six paysans aux Estais l'a d'autant plus frappée qu'elle est certainement de ce Poitevin mis en scène (( avec sa grande sequenie et ses sabots, vestu de peaux de che- « vreau ^ » qu'il a si fréquemment rencontré sur les routes de son diocèse dans ses visites pastorales ; l'auteur s'est trahi avec son allusion transparente aux résolutions belliqueuses del'évêque de Poitiers, Louis Henry Chastegnaj^e de la Rochepozay 2, un ami de Richelieu, et un épisode planté sur les rivages du Poitou 3. Il y a dans ce factum une figure qui reviendra plus tard dans le Testament politique et qui est trop caractéristique pour l'attribuer à une simple coïncidence : « Souvenez-vous, Messieurs (( des Estats à ce propos, que suivant le proverbe espagnol : El (( asno sufre la carga y no la sobrecarga : l'asne souffre la charge et '( non la surcharge "^ ». N'est-ce point la comparaison fameuse que Richelieu fera plus tard entre le mulet et « le peuple qui supporte (( toutes les charges » de même que son image médicale de l'épuise-

1. Adois, remontrances et requestes aux Estats généraux tenus a Paris^ 161^4, par six païsans, 161^, p. I.

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