‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 66 sur 352 · Ibid , p · texte numérisé non relu

Ibid , p

DU CAUDINAL DE HICHELIEU 87

ment du peuple ^ semble avoir été inspirée par ces quelques mots d'une amertume sinistre : « si on nous seigne, qu'on ne nous tire pas tout le sang- ».

1. Test, polit.. Impartie, chap. iv, sect. V, p. 225 et suiv.

2. Aduis, etc., p. 8. Ce pamphlet, d'une énergie farouche, dirigé contre les Etats et le gouvernement, et traitant toutes les questions, mériterait une étude spéciale aux points de vue politique et littéraire ; il fut du reste le plus retentissant de tous, car il eut six nouvelles éditions en 1615 ; avec une forme plus rigoureuse dans sa concision et sa netteté, et une plus belle langue, il rappelle les morceaux les plus remarquables de la Ligue (un passage est imité de la Satyre Ménipée, p. 10), et il soutient très avantageusement la comparaison avec les meilleurs pamphlets du même ordre parus à la veille des Etats de 1789 ; il s'attaquait aux 3 Ordres, indistinctement, et sa fin, prophétique et menaçante, est d'une belle tenue : « Vous estes de même navire, de mesme maison et bran* « ches de mesme arbre. Quand le gouvernail sera rompu, les fondemens sapés « et les racines attachées, jugez s'il y aura moyen de vous garentir du nau- « frage, des ruines et de la cheute efiroyable. C'est à vous à 3' songer pour vous, « pour nous, pour tous. On ne se trouve pas ainsi tous les ans sur le trotoir, ne « perdez point l'occasion... Nous sommes à la veille de plus de maux que vous « ne pensez. Souvenez-vous aussi que les paysans ont un grand advantage sur « vous, qu'ils beschent gaillardement la vigne labourant la Terre, et que vous « auriez aussi mauvaise grâce à ce mestier qu'eux à dancer. Mais surtout scat chez qu'il y en a là haut à qui vous rendrez compte de nos larmes et de nos « sueurs et que vous ne rirez pas toujours ».

Il est intéressant d'en rapprocher un passage du discours de clôture de Miron, le président du Tiers Etat, consacré aux misères dvi peuple : « Si votre « Majesté n'y pourvoit, il est à craindre que le désespoir ne fasse connaître au « pauvre peuple que le soldat n'est autre chose qu un paysan portant les armes ; « que quand le vigneron aura pris l'arquebuse, d'enclume qu'il est il ne devienne « marteau. Ainsi tout le monde sera soldat ; il n'y aura plus de laboureur ; les « villes, la noblesse, l'Eglise, les princes et les plus grands mourront de faim ». (Florimond Rapine, Recueil, etc , p 451.)

Ce pamphlet jette un jour curieux sur les intrigues de la Cour auprès des membres des Etats ; et soit dit en passant, il nous documente sur ces dépenses qui provoquaient l'humeur mélancolique de Rapine, dépenses s'élevant, dit-il, à 6 000 écus par jour (p. 21). Il se complète naturellement par quelques autres faclums entre lesquels nous citerons :

Ennuis des paysans champestres addressez a la Royne Régentet 161^ (sans intérêt).

Humble supplication au Roy, pour le soulagement du Tiers Estât. 161^, (Consacré aux revendications des commerçants).

Avant La Bruyère, l'auteur d'un autre factum qui reviendra tout à 1 heure, dépeignait en termes saisissants la misère du peuple qui le poussait à l'émigration : « L'Italie, l'Espagne, la Turquie et beaucoup d'autres climats estrangers a peuplez maintenant de vos François en font foy... Ils quittent leur pays natal, « leur tant bon Royaume, leur si douce mère, pour ne pouvoir plus vivre (les 11 loups ravissants de Financiers leur ostant leur pain). Ils ne couchent plus que « sur la dure, ne mangent que des racines, ne sont vestus que de haillons ; « bref, n'ont rien ny pour se soulager, nypour vous secourir si l'occasion estoit « telle qu'il j^eusl de la guerre estrangère... » [Adois au Roy sur la Réformation < générale des abus qui se commettent en son Royaume, 1614, p. 16.)

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Voilà donc le Tiers écarté ou plutôt supprimé dès les premières phrases ; reste la Noblesse. Son nom va revenir souvent, et elle occupera plusieurs pages, car Richelieu en fait partie : mais il lui témoignera de son intérêt sans lui sacrifier son Ordre, et pour cela, il les solidarisera dès le début, en montrant que l'origine de leurs maux est commune. La vénalité des Offices pèse à cette Noblesse « aussi pauvre en argent que riche en courage » (un mot qui reviendra dans le Testament politique), car elle l'empêche d'avoir accès aux charges ; bien qu'elle alimente les profusions et excès de dépenses de la Royauté, avec lesquels « peu s'enrichissent » (une vague allusion aux Princes), elle est aussi une cause de ruine pour l'Eglise privée par la Noblesse des bénéfices ecclésiastiques qui devraient lui revenir de droit ^. Et c'est ainsi qu'il aborde les maux du Clergé, son abaissement, son éloignement immérité et impolitique des affaires de l'Etat. On voit avec quel artifice Richelieu enchaîne tous ces intérêts pour en arriver à un plaidoyer pro domo et comme sa logique qui les flatte tous est séduisante; elle n'avait pas, du reste, d'autre mérite, et, à voirla hâte avec laquelle il glisse sur cette combinaison mirifique qui doit ramener la France à l'âge d'or, il semble bien que Richelieu ne se soit pas fait d'illusions à lui-même, et que le cercle vicieux qu'il développait à la v satisfaction de tous » ^ n'échappait pas à cette clairvoyance pratique. La suppression de la vénalité des offices tarissait, en effet, la source de ces profusions ^ dont il demandait non pas le retranchement mais la modération : la Noblesse appauvrie ne pouvait pas davantage acquérir, à prix d'argent, ces charges qu'on faisait luire à ses 3'eux en échange des bénéfices du Clergé qu'elle détenait ; l'on ne voit guère, dans ce S3'stème, où pouvait trouver place la diminution des charges du peuple, étant donnée l'immuabilité du système financier lié intimement à l'ordre administratif*.

1. Cf. Discours d'un gentilhomme français à la noblesse de France..., 1614, déjà cité, (p. 3-5;.

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