Alphen, Journal inédit d'Arnaud d'Andilly, p. 55 et
2. L'idée de tolérance rapidement énoncée par Piichelieu faisait partie du domaine de l'opinion publique qui essaj'ait d'influencer les Etats ; l'auteur inconnu du factum que nous avons cité en dernier lieu et dont nous avons signalé la communauté de vues sur bien des points, avec Richelieu, le développait de son côté, d'une façon remarquable, autant comme langue qu'en ce qu'il empruntait, comme celui-ci, ses comparaisons et ses figures à la médecine :
«... Les irréligieux à descouvert bien qu ils intéressent la Religion, s'ils font ûC partie du cors f?olilique, sont néantmoins tolérables pour le bien commun « pourveu qu'ils vivent selon les loix du Prince, et les règles de l'Estat ; et le (ï cors Politique demeurant sain et paisible avec eux, il ne leur faut point mes.
Richelieu en a terminé avec les réformes communes aux trois Ordres ; il les résume rapidement, en montrant qu'elles s'harmonisent et que leur exécution ramènera la prospérité dans l'Etat ; pour cela, tout dépend du roi ou plutôt de la reine mère si celui-ci veut bien lui conserver le gouvernement, comme il l'en prie, en s'adressant aussi directement à la seconde, dans un beau geste oratoire, pour la supplier d'accepter ; telle est la conclusion de la Harangue, conclusion vers laquelle tendent tous les arguments énumérés jusque-là, le point capital de son programme et de son discours, placé en tête du premier et à la fin du second pour produire l'impression durable et décisive ; la continuation de la politique gouvernementale par la réalisation des mariages d'Espagne n'en était qu'une simple conséquence ^ ; aussi passait-il rapidementdessus, sans s'attarder sur lui à des considérations.
« faire, ny user d'aucun effort d'Eslat pour ramener leurs esprits : car encor que « l'Eglise soit un luembre de la Monarchie, la Religion qui eu est l'àme, ne « dépend point des Règles de l'Estat, ains autant que les remèdes du corps « humain sont difïérens de ceux de l'âme, ceux de l'Estat le sont des remèdes de '< la Religion. Les remèdes du corps en l'homme sont volontiers la saignée et la « purgalion ; ceux de l'àme la raison et la patience ; qu'on juge si ceux de l'un « peuvent estre propres à l'autre, et quelle erreur ce seroit de transporter les « remèdes de l'Estat aux maladies de la Religion. L'expérience nous a monstre « qu'elle n'en peut recevoir d'austères et de violens ; et qu'il a esté bon de per- « mettre aux nouveaux Religionnaires ce qu'on ne peut empescher, qui est de « croire ce qvi'ils ne peuvent encor mescroire en la foy. Il faut donc laisser leurs « Esprits en paix, et leur conscience en liberté, car aussi bien l'auroient-ils (( libre en dedans quand on la forceroit au dehors ; leurs maladies sont en la « raison qu'il faut guérir par la raison mesme, assaisonnée de douceur et de « patience , par eile, avec le temps, la vérité prévaut, et dissipe l'hérésie, « comme le soleil un nuage ; et surtout il faut se garder d'aigrir le mal par la « violence d'aucune évacuation, qui emporterait le bon avec le mauvais tant ils «sont meslez ensemble, attendans la crj^se naturelle et les eftects de Dieu, « Puisque le mal est en l'esprit, qu'on n'oftence jamais des esprits malades ; « qu'on se garde de les harceler pointiller et presser en aucune sorte, de peur de « les esfaroucher, et les porter à la division, qui pourroit donner occasion et « moyen aux factieux de se servir de son ai reur et de ses armes contre l'Estat « et le Souverain comme elle a fait autrefois ». [Au Roy. Discours politique..,, p 9 et 10.1
1. Les deux points essentiels de la Harangue de Richelieu avec lesquels sa politique future sera en désaccord sont la réception du Concile de Trente et le mariage d Espagne ; comme on le verra plus loin, son premier vœu était accompagné de réserves qui en rendaient l'accomplissement quelque peu illusoire, et qui ménageaient complètement la situation de l'Eglise gallicane. On en retrouve
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L'on est étonné, à une simple lecture superficielle, que Richelieu n'ait point terminé parla sa Harangue, ou tout au moins qu'il ait laissé pour la fin le Concile de Trente, qui produit à cette place l'effet d'un hors-d'œuvre destiné à réparer une omission. Le fait s'explique par une double remarque ; Richelieu a établi la supériorité et la prééminence de son Ordre, non seulement sur les deux autres, mais sur la Couronne ; logique avec lui-même, il le place au poste d'honneur, en dernier lieu, après le roi, de même que dans les cérémonies religieuses, telles que dans la procession solennelle pour l'ouverture des Etats, le dais du Saint-Sacrement porte en dernier lieu à la fin du cortège, le plus haut rang hiérarchique de l'Eglise ', semble protéger la maison royale qui lui sert de héraut. Là encore Richelieu se montre rigide observateur des préséances ; il marque ainsi la priorité pour son Ordre dans l'Etat, comme il l'a réclamée précédemment dans sa Harangue pour ses membres dans le Conseil ^, une prétention qu'il soutiendra prochainement pour lui-même ^, en attendant qu'il se fasse
également dans le second, sous une argutie scholastique il est vrai, dissimulée dans les derniers mots de la phrase finale ; u Vous avez voulu, dit-il à In reine " mère, comme attacher pour jamais la paix à cet Estât, du plus doux e' du plus « fort lien qui se puisse imaginer, es reignant par les nœuds sacrez d'un dou- « ble mariage dont nous souhaitons et requérons l'accomplissemenl"'! les deux « plus grands roj-aumes du monde, qui n ont rien à craindre estant ujiis puis- « questans séparez, ils ne peuvent recevoir de mal que par eux-mêmes » (p. 53). On peut évidemment n'y voir qu'une flatterie amphigourique ; mais si l'on écarte le sens d après lequel chacune des deux puissances séparées n'avait à redouter que les ennemis de l'intérieur, sens assez incompréhcnsiblt:, il reste hors de doute que Richelieu entendait dire par là que chacune d'elles n avait à redouter que l'autre. Or cette idée sera la hase de la vie politique de Ilichelieu tout entière ; sans vouloir exagérer la portée et la signification de ces quelques paroles noyées dans le mouvement oratoire, l'on peut, semble-t-il, en faire honneur au flair divinatoire du génie de Richelieu.
Les motifs de l'opposition du prince de Condé à cette alliance sont longuement exposés dans le : Discours sur les mariages de France et d'Esayne, contenant les raisons qui ont meu Monseigneur le Prince à en demander la sut séance. 1614. 11 faut y joindre la : Réfutation du discours contre les mariages de France et d'Espagne, 1614, et L'accomplissement des alliances de France et d Espagne,
1. « Pourquoy le dernier lieu au Chœur et procession de l'Eglise est le plus a honorable .. Les serviteurs de Jésus Christ vont à rebours des eiifans du a monde ".. (Les fleurs des secrets moraux... parle P. François Loryot, Paris, 1614, p. 684 et 688).