Ibid., p 9, U
que chose de choquant, devant pareille assistance et dans une telle circonstance ? Si ce n'était aller trop loin dans la recherche psychologique, ne semhle-t-il même pas qu'il y faille voir un calcul analogue à celui que la légende prête à Sixte-Quint, pour conjurer les jalousies excitées par son âge ? On peut le supposer sans invraisemblance, car Richelieu, et il ne l'ignore point, joue sa carte maîtresse sur cette Harangue qui peut fixer sur lui la fortune, et il connaît l'importance du moindre détail même imperceptible K En tout cas, et quelle qu'en soit la cause, ce détail marque la note personnelle de Richelieu, au point de vue de la forme ; et il est complété par une particularité tout aussi saillante, cette concision qu'il affectionne, et qu'il fait remarquer lui-même dans ce discours d'une heure et demie ^ où « il a traité, dit-il, son sujet le plus succinctement qu'il lui a été possible ^ », comme il le rappellera plus tard à nouveau dans ses Mémoires ^.
Malgré les félicitations uniquement de courtoisie qui parvenaient à Richelieu pour sa harangue, ses contemporains n'en saisissaient pas la valeur ^ pour les motifs que nous avons esquissés ; l'auteur n'en avait pas moins, en revanche, le sentiment intime de son succès, lui qui avait été aux prises avec les difficultés de la situation. A ses yeux, ce discours est le premier jalon de sa fortune, qu'il veut fixer solidement pour le sauver de l'oubli ; aussi, le faitil imprimer, non plus à Fontenay, comme son œuvre épiscopale, mais à Paris, sur le théâtre où il vient de paraître, et avec un privilège que Sébastien Cramoisy se fait délivrer le 16 mars 1615. De retour dans son évêché, il veut le répandre, et en demande à son imprimeur un ballot d'exemplaires ". L'errata de l'édition originale, incomplet du reste '^, que nous avons cité est bien de lui dans