‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 79 sur 352 · Le Roy hors de page à la Rey ne-Mère · texte numérisé non relu

Le Roy hors de page à la Rey ne-Mère

2. Adrien Blanchel, Un récit inédit de la mort du Maréchal d'Ancre, Paris, 1900, p. 4. Tricotel, Les uniques et parfaites amours de Galigaya et de Rubico .. suiuies de deux chansons du temps, Paris, 1895.

3. Dialogue du berger picard, avec la Nymphe Champenoise, sur la fortune et gouvernement du marquis d'Ancre en Picardie, par A. D. F. P., Paris, Jean Sara, 1617, p. 24 et 25.

la florentine ; entre deux couplets, il fait le boniment en s'aidant de la longue canne qui lui sert à expliquer les tableaux, et les lazzis du public se croisent comme des fusées à chaque saillie inattendue dans cette pitrerie grossière ; avec sa mantille et son collier de corail, sa compagne, une ribaude basanée à l'œil hardi et à la hanche provocante, achève de singer le couple des favoris de la Reine à la grande joie de l'assistance dont elleparcourtle cercle en distribuant le placard aux mains empressées qui tendent avidement en l'air les deux sols réclamés... Le Maréchal d'Ancre est cet écureuil qui tourne dans sa cage, renverse le vase des lys, et reçoit de Vitry le coup mortel, avant d'être traîné sur la claie et accroché par les pieds à la potence :

Magot, leur Susçon et Babin Sont tout au plus haut de la roue Et au bas, quand le Coj'on joue, Vieille-Foy, Du Vray et Nanin.

Du Vraj'. Vieille Foy et Nanin, Sont maintenant au haut estage Le Coyon n'est plus dans la cage A bas Magot, Susçon Barbin ^.

Mais bien que ce ne soit là que des chansons dont son nom de famille est sorti indemne ou à peu près, Richelieu n'en est pas moins meurtri et, qui pis est, marqué d'une tare, pour avoir associé sa fortune à celle du Maréchal d'Ancre ; il a beau multiplier ses efforts pour l'effacer, soit en accentuant sa situation auprès de la reine mère derrière laquelle il s'abrite, soit en cherchant à se créer un rôle d'intermédiaire impartial entre elle et le nouveau favori ; ses tentatives pour rentrer en grâce auprès du roi n'ont pas de succès ; il sent bien que sa faveur est ruinée. Que ce soit dans un accès de découragement, ou par délassement, il est pris subitement d'un renouveau de goût pour ses anciennes études, et il se plonge dans ses livres ; mais il l'annonce avec trop d'insistance pour qu'il n'}' ait point de sa part un calcul dans cette sorte d'ardeur inquiète à faire savoir comment il emploie

1. Tableau et emblèmes de la détestable vie et malheureuse fin du maistre Coyon; (Pacard in-folio grav. à Teau-forte et 10 couplets sous le titre Mytologie des emblèmes du Coyon). Cette pièce a été analj'sée par Champfleury dans son Histoire de la caricature, t. II, p. 201.

ses loisirs forcés. Ce n'est pas assurément l'ardeur religieuse et le zèle pastoral seuls qui l'incitent à se jeter dans une polémique d'actualité, bien que ce soit le genre qui « approche le plus de son « humeur pleine de zèle et de chaleur » et qui réponde le mieux à (( sa passion secrète de la controverse ^ ». Le livre qu'il va combattre court-il réellement le Poitou, aidant à la diffusion des idées protestantes ? Est-ce vraiment le seul mobile qui guide Richelieu comme il le dit dans sa Préface, lorsqu'il minute sa réponse à « un écrit auquel les Protestants de ses quartiers donnent grande « vogue, publiant partout que c'est un arsenal qui en peu d'espace « contient des pièces pour ruiner de fond en comble la vérité de « la religion catholique » ? Le fait est certainement exact, vu l'acuité de la lutte religieuse dans cette province ; l'accent de conviction passionnée et le tQn de sincérité énergique qui courent d'un bout à l'autre de l'œuvre de Richelieu suffiraient seuls, du reste, à prouver que ces considérations n'ont pas été étrangères à son labeur, mais elles n'y ont entré assurément que pour une part ; il faut voir surtout dans ces quelques lignes préliminaires une précaution de l'auteur pour expliquer son intervention quelque peu anormale en apparence dans ce débat. La façon seule dont, quelques années plus tard, il se justifiait, comme par avance, de ce reproche devant la postérité en déclarant que son œuvre « avait été prise pour une menée contre la faveur ^ » en est la meilleure preuve. Il y a, en effet, autre chose de plus intimement personnel à Richelieu dans l'éclosion rapide des Principaux poinctsdela foy de l'Eglise catholique contre iescrit adressé au Roy par les quatre minisires de Charenton, qui voyaient le jour à Poitiers chez Anthoine Mesnier avec privilège royal du 1^'' novembre 1617. Le titre même de l'ouvrage donne une première indication rendue plus saisissante par sa comparaison avec celui du livre du P. Arnoux -'. Alors que celui-ci, bien que précédé

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