‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 80 sur 352 · Aubery, IJist. du Card. de Richelieu, p · texte numérisé non relu

Aubery, IJist. du Card. de Richelieu, p

*2. Lettre déchiffrée. (Recueil de div. pièces pour servir à l'histoire, 1635, p. 28.)

3. La confession de foij de messieurs les Ministres convaincue de nullité par leurs propres Bibles, avec la réplique à l'cscrit concerté, signé et publié par les quatre ministres de Charenton, le tout ensuite du discours faict à Fontainebleau le 25 de juin en la présence de Sa Majesté, Paris, 1617 .Sur notre exemplaire, provenant d'une bibliothèque des Jésuites, la mention Avec Privilège du Boy au bas du titre a été recouverte par un papillon collé portant Avec permission ; deux

DU CARDINAL DE UICHELIFiU 111

d'une épîlre au roi, ne vise ce dernier qu'incidemment, et se concrète dans la polémique théologique et la discussion des textes sacrés incriminés, le livre de Richelieu est au contraire destiné au roi, auquel il est particulièrement adressé ^ et dans un but qui apparaît clairement si l'on jette un regard en arrière. Sorti du pouvoir, Richelieu a mesuré la portée de son imprudence et de sa faute à appuyer hâtivement sa fortune sur celle du favori qui a été soudainement brisée comme un fétu par le jeune roi. Jusqu'à cet acte de vigueur inattendu, la personnalité de Louis XIII était chose insoupçonnée de tous ; Richelieu s'y est trompé comme la reine mère, comme tous ceux qui l'approchaient, comme ceuxlà même qui ont essayé de l'opposer à sa mère, ainsi que l'avait fait le prince de Condé à la suite d'une altercation qui avait eu son écho aux Etats. En repassant dans son esprit le détail de son séjour à Paris, cet incident est revenu à la mémoire de l'évéque de Luçon avec d'autant plus de netteté qu'il y a été directement mêlé, et que cette circonstance lui a valu d'être le mandataire de son Ordre auprès de la Noblesse pour la prier d'exprimer ensemble leurs sentiments de fidélité à la reine. L'effacement du jeune roi et son infériorité étaient du reste à ce moment de notoriété publique ; tous les factumsdu temps dirigés contre le gouvernement ou plus spécialement contre la Reine mère et Concini en révélaient autant au public, dans leurs critiques de l'éducation du roi, que le Journal d'Héroard ou les Mémoires secrets de l'époque ; il suffit de citer entre autres, VOmbre de Fleuri IV, le Caton français y la Chemise sanglante de Henri IV, la Rencontre de Henry le Grand au Roy touchant le Voyage d'Espagne ; les pamphlétaires notent le goût exagéré de Louis XIII pour la chasse et pour la musique ; ils relèvent ses occupations puériles, ses inclinations communes, sa tendance à la parcimonie ; dans les éloges même les plus sincères, dans les dithyrambes qui lui sont adressés à l'occasion de sa majorité, Louis XIII est comme écrasé à plaisir

cachets humides A, P. apposés sur la même page accentuent cette correction ; elle avait été sans doute provoquée par un incident particulier immédiatement postérieur à rimpression de 1 ouvrage ; il n'en est pas question dans les Recherches historiques etcrit. sur la Compagnie de Jésus du P. Prat, Lyon, 1876, t. IV, p. 43. L, âvxippo TTOV dont nous parlerons plus loin, reprochait au P. Arnoux d'avoir pris en tête de son livre, le titre de Révérend « qu'on donnait naguères aux Evesques et que les Jésuites leur ont esté », p. 6. 1. Epître, f« 1, v^, et 2, v».

SOUS le souvenir de son père ; il n'est pas jusqu'aux prouesses galantes de Henri IV contre lesquelles un railleur spirituel ne le mette ironiquement en garde, tout en lui rappelant qu'il « en a (( les aisles plus courtes ^ ». L'énergie et la volonté qu'il vient de montrer ont été comme un coup de foudre pour cette cour habituée jusque-là à ne voir en lui qu'un enfant. Dans le carrosse où il a pris place à côté de la reine mère et qui sort du Louvre, sous les yeux du roi « vestu d'un pourpoint blanc, la chausse escarlate, et « la botte à la jambe, debout à la fenêtre avec la reine à son (( côté 2 », Richelieu a fait des réflexions amères sur son manque de perspicacité. Son arrivée au pouvoir a été due à un faux calcul ; il faut qu'il recommence laborieusement l'échafaudage de sa fortune : sur quoi va-t-il la bâtir ? On le sent désorienté dans cette cour en miniature de Blois où il s'use en petites intrigues pour conserver son ascendant sur la reine mère dont la protection quelque peu illusoire est devenue son unique ressource ; par son départ trop précipité pour Luçon qui ressemble à une fuite, il vient, en outre, de s'interdire désormais déjouer le rôle de médiateur entre elle et le roi, et de rompre ainsi le seul lien qui l'attachait à celui-ci. Comment donc reprendre contact avec le nouveau pouvoir ? car il ne peut songer pour le moment à la politique dont il vient d'achever de se rayer. Au milieu de ses livres, auprès desquels il a cherché d'abord l'oubli du passé et un aliment à son activité, il est repris par la fièvre première de ses études théologiques de jeunesse ; mais il pense aussi à ses premiers succès à la cour au temps de Henri IV, à ses prédications, à sa réputation de théologien, à son prestige de dignitaire de l'Eglise ; le Clergé n'est-il pas toujours le premier Ordre de l'Etat? N'est-ce pas en sa personne qu'a prévalu pour la première fois la thèse soutenue par lui aux Etats de 1614 de la nécessité de la présence d'ecclésiastiques dans le Conseil, de l'utilité pour l'Etat de leur participation aux affaires ? N'est-ce point cela même qui lui valut sa situation exceptionnelle d'abord auprès de la reine, puis dans le

1. Foucade aux Estais par Gabriel le Bien Venu, Gentilhomme angoumoisin, 1615, p. 7. Cfr. Armand Baschet. Le Roi chez la Reine. Paris, 1864

2. Récit vrrilablc de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 2U avril jusqu'au départ de la Reyne Mère du Roy. Fnspmhle les Harangues faicies au Roy, et les Responses de S. M. et l'Adieu du Roy et de la Reyne sa Mère. Paris. Saugrain, 1617, p. 12 et 13.

cabinel Barbin avec cette préséance qui l'a placé hors de pair * et qu'il continuera plus tarda revendiquer ^ ? N'est-ce point à cela qu'il a dû de ne pas partager le sort de ses collègues, malgré son amitié compromettante avec l'ancienne favorite dont la protection le désignait aux premiers coups ? De ce côté seulement, il peut réédifier sa fortune, mais cette fois plus sûrement, en la demandant au roi qui vient d'affirmer inopinément sa personnalité. Seul ce terrain est sûr, et d'autant plus qu'il lui permet de déployer toutes ses forces vives ; avant tout Richelieu n'est-il pas loyaliste, par naissance, par tempérament, par éducation, et aussi par conviction religieuse ? Or, il n'est pour lui qu'un moyen, non pas de rentrer en grâce auprès du roi, mais de lui prouver sa fidélité à la couronne, et de s'imposera son attention sans compromettre la situation ambiguë qu'il a auprès de la reine-mère et qui fait son unique force ; seule, l'Eglise peut le lui fournir. Les convictions religieuses sont le lien indissoluble qui unit le roi à sa mère, lien plus puissant que celui de la parenté et de l'affection naturelle, et qui finira un jour par prévaloir et les rapprocher ; sur ce terrain, l'évêque de Luçon n'est-il pas le maître ? L'occasion ne pouvait être meilleure ; la question religieuse était en jeu, et sur un point primordial pour la royauté et dans des conditions toutes particulières de retentissement qui étaient justifiées, car il ne s'agissait rien moins que d'une tentative officielle et avouée d'emprise du roi par les protestants, emprise destinée à saper les rapports de la royauté et de l'Eglise, et à créer entre elles un antagonisme aussi fatal pour l'un que pour l'autre.

Dans son entreprise, Richelieu trouvait un auxiliaire toutpuissant ; par elle, il prêtait l'appui de sa dialectique aux Jésuites auxquels les protestants l'avaient associé dans leur haine pour le Maréchal d'Ancre derrière lequel ils atteignaient la Reine et la royauté ; de la sorte il se solidarisait avec eux, et bénéficiait de leur faveur à la cour. De plus, l'Ordre puissant mis en cause et directement ^ dans la personne du P. Arnoux, dirigeait à la fois Fa conscience du roi et de la reine mère, et n'était-ce pas avec ce même prédicateur, dont Richelieu prenait la défense '*, que

1. Brienne, Mémoires, Ams[evdiuii, 1791, t. I, p, 82 el siiiv.

2 Ibid., p 178.

Page 1