Avenel, Lettres..., t. I, p
2. Principaux points de la foy, p. 2 et suiv. Dans la presse de l'époque des Etats, 1 on retrouve un écho de ce dernier point. Le Caton français dû à Gillot, un anliligueur, ne faisait que l'effleurer, de même que Vlmage de la France qui lui répondait ; mais VOmbre de Henri IV au Roy [1615) paru peu après ce dernier (p. 83) et inspiré, dit-on, par Sully, entrait d'une autre façon dans le vif du débat ; l'auteur, après un autre de ses coreligionnaires [Remonstrance du
En résumé, ils réclamaient l'ingérence officielle et directe dans l'Etat, en se fondant et sur leur nombre et sur les prétendus services qu'ils avaient rendus à la royauté ; sur les deux points, Richelieu avait la partie belle pour la réplique; et sur le premier dont il soulignait la monstrueuse exagération, et sur le second, en leur faisant remarquer que leurs prétentions étaient basées sur la rébellion ; il leur rappelait que s'ils n'avaient fait de mal ni à François I"" ni à Henri II, c'est parce qu'ils ne l'avaient pu ; il leur demandait ironiquement si vis-à-vis de leurs successeurs, François II et Charles IX, ils pouvaient invoquer comme des services la conspiration d'Amboise, les batailles de Dreux, de Saint- Denis, de Jarnac et de Moncontour ; quant à Henri IV — un argument dont ils avaient abusé contre lui de son vivant, avant de s'en servir par sa bouche après sa mort *, — s'ils l'avaient servi, leur répondait-il, c'était non comme roi, mais comme fauteur de leur secte, et seulement tant que lui-même pouvait les servir ; « il a combattu pour vous, et non vous pour lui », ajoutait-il, et leur défection inexplicable à Amiens n'en était-elle pas la meilleure des preuves ?
Le passage où il s'étend sur le reproche d'ingratitude qu'ils faisaient au roi, serait à citer tout entier, comme un exemple de la maîtrise supérieure avec laquelle il domine le débat, en généralisant.
Richelieu concluait dans ce chapitre en montrant la situation exceptionnelle des protestants à la cour et dans le royaume, comme faveurs et comme garanties ; et il la rapprochait vigoureu-
polidc aux trois Estais, 1614, p. 9,) conseillait au jeune roi de réunir un concile € libre, comvoqué et assemblé de son auctorité de personnes prises de toutes les « provinces de son Estât » pour remédier à l'insuffisance du concile de Trente M accusé de plusieurs deffauts et les parties contendantes non onyes », p. 79 et 80. La même requête avait été déjà présentée au roi en 1608 par deux livrets ; la réplique qui y avait été faite à ce moment, redevenait maintenant de circonstance, ce qui lui valait une nouvelle édition : (Deux traités de ce temps. Le 1" est de l'impossibilité et Impertinence du Concile, tel qu'il a esté demandé par Requeste au Roy, et des inconvénients qui en pourroient arriver. Le 2^ est un discours sur l'histoire de l'Eglise ancienne et Estât des Gaules, etc.. Paris, 1615. A la suite est relié dans notre exemplaire un autre ouvrage du même auteur, François d'Amboise, qui lui Fait suite : Second Traicté ou Discours sur l'histoire sacrée de Saint-Grégoire Evesqae de Tours, touchant quelques controverses et poins de Religion et d' Estât..., 16U.)
1. La rencontre de Henry le Grand au Roy touchant le voyage d'Espagne, 1615, p. 16.
sèment des idées intolcranles des princes qui professaient leur croyance, et de leurs propres auteurs qui enseigneat^qu'il faut bannir et punir les hérétiques et que la liberté de conscience « est « diabolique, ce qui fait, ajoutait-il, que vous nous l'interdisez « partout où vous êtes les maistres. »
Il faut noter ici à nouveau son tact, et le soin qu'il apporte à « ne batailler que pour la vérité, » comme son ancien maître René Benoist, évitant de mêler au débat, non seulement les personnalités, mais les nations étrangères : derrière le dialecticien et le controversite, Ion retrouve d'abord l'homme d'action qui ne récrimine point contre le passé, dans l'acceptation du fait accompli et des situations acquises et qui regarde uniquement devant lui dans l'avenir ; il y a aussi l'homme d'Etat et le diplomate, voyant de haut et de loin. Les quelques considérations qu'il expose sur la situation de la royauté en Angleterre avec la théorie protestante ont une allure prophétique saisissante dans leur perspicacité ^ • d'autre part, si ce serait aller trop loin que de dire qu'il a entrevu alors la possibilité du mariage anglais, et fait le rêve de ses conséquences religieuses, l'on ne peut s'empêcher de noter la réserve discrète avec laquelle il parle de la Grande-Bretagne, et les éloges qu'il donne brièvement et comme en passant à son roi 2. Il en fait autant vis-à-vis de ses adversaires ; même dans ses coups les plus vigoureux, il ne se laisse point entraîner dans des à-côté qui le diminueraient, en le faisant descendre du niveau où il s'est placé et d'où il domine la discussion ; un seul exemple le montrera : il dédaignait d'invoquer les cas typiques d'intolérance des protestants vis-à-vis deux-mêmes, et leur rigueur étroite dans l'appli-
1 Les principaux points de la foy... p. 168 et suiv. La modération de Richelieu est ici d'autant plus remarquable, que le roi d'Angleterre avait continué contre le Cardinal du Perron, à l'occasion de sa Harangue aux Etals de 1614, la polémique commencée quelques années plus tôt avec le cardinal Bellarmiu et Coefïeteau ; le titre de sa déclaration dit assez sur quel terrain il se posait en champion du droit des rois : Déclaration du serenissimeroy Jacques I, roy de la Grand- Bretagne et Irlande, défenseur de la fey, pour le droit des rois et indépendance de leurs couronnes, contre la Harangue de V Illustrissime Cardinal du Perron, prononcée en la chambre du Tiers Estât, le 15 dejanvier 1615. Jouxte la coppie imprimée à Londres, 1615. V, les incidents diplomatiques provoqués par cette question aux Etats de 1614, dans le Journal d'Arnaud d Andilly (1614-1620), Paris, 1857, p. 27-31.