‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 96 sur 352 · Harangue aux Eslats, p. 34 et · texte numérisé non relu

Harangue aux Eslats, p. 34 et

spirituel est affranchi des nécessités de la cohésion politique ; à ce moment, l'unité de ce spirituel semble une anomalie, étant donné que leurs convictions religieuses sont basées sur l'individualisme, en vertu de leur principe de libre examen ; aussi. semble-t-il qu'il faille alors en chercher la cause ailleurs. Elle se retrouve pourtant tout entière dans cet individualisme même, sous l'influence duquel leur spirituel, au lieu de dominer le temporel, ou tout au moins d'en être indépendant, en arrive par une pente fatale, à s'accommoder à lui, à s'y subordonner, et finalement à lui rester assujetti ^ ; en réalité, il est alors remplacé par une coalition d'intérêts privés qui revêt finalement la forme pratique d'une véritable théocratie militaire ou commerçante puisant sa force dans la communauté ou des convoitises ou des satisfactions purement matérielles : à ce point de son processus, l'individualisme originel a disparu ; s'il en reste quelques traces, c'est uniquement dans l'ordre des idées étrangères à la spéculation : par une déviation fatale de la conscience populaire, la dominante du spirituel, son unique raison d'être et la seule cause de son union parfaite avec le temporel, de même que son but unique se résument, soit dans la conservation soit dans l'accroissement des biens matériels, à l'exclusion de toute considération supérieure et indépendante des contingences humaines, autrement dit, de tout idéal.

Comme les protestants, Richelieu est convaincu de la nécessité de l'union intime des deux pouvoirs religieux et politique qui s'appuient l'un sur l'autre et se complètent, mais il ne va point comme eux jusqu'à une confusion dont il voit le danger et qu'il n'admet pas plus que la séparation. Déjà, dans sa Harangue de 161^, et en se basant là encore sur l'autorité du Cardinal du Perron, il a posé en principe que seule l'Eglise a le droit de connaître des questions religieuses, et par l'Eglise il n'entend point seulement l'Eglise gallicane à laquelle il dénie ce droit 2, mais l'Eglise universelle qui, seule, a qualité pour examiner un point de dogme où sont intéressées toutes les puissances de la chrétienté. Alors que ses adversaires confondent les deux pouvoirs émanés

1. Ch. Labilte, Les Prédicateurs de la Ligue, Paris, 1841, Introduction, p. XXXVIII et sulv

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