Hist. de V Eglise gallicane
théorie était celle du Cardinal du Perron, mais à la condition de substituer à l'autorité de l'Eglise la conscience individuelle ; l'article XL de la Confession de foy des églises ré formées imposait la défense de rébellion contre le Prince et pour quelque cause que ce fût, « moyennant, toutefois que le souverain Empire de Dieu « demeure en entier ^ ». Dans sa Harangue, le Cardinal du Perron avait fait ressortir toute la portée de cette réserve significative ^, et montré comment les Protestants se libéraient ainsi par avance du serment de fidélité qu'ils demandaient aux Catholiques ; Richelieu réservait ce point pour la fin de son ouvrage, et lui consacrait comme conclusion son dernier chapitre dont le titre seul mettait en relief et résumait le péril social du Protestantisme: « La religion prétendue réformée enseigne qu'aucune loy des « Princes spirituels ou temporels, ne peut obliger en cons- « cience 3 ». Mais les ministres n'avaient point soulevé cette question, et dans le cours de son livre, il se contentait de les suivre sur leur terrain, en signalant la contradiction de ses adversaires déniant à la Papauté un droit qu'ils transféraient au peuple *, et qu'ils étendaient contre les rois « jusqu'à leur mauvaise « vie et à leurs vices » en faveur de ce « peuple qui s'imagine « quelquefois estre mal traité, quoiqu'il ne le soit pas, et qui « est une beste à plusieurs testes qui suit d'ordinaire ses pas- « sions », une figure énergique empruntée ironiquement à un auteur protestant ^ ; il ne lui était pas moins facile de pousser plus avant sa pointe en opposant la doctrine du Concile de Constance qui proclamait l'inviolabilité des Rois à la théorie protestante enseignant qu'ils peuvent « estre punis, condamnés
1. Veron, le célèbre coatroversiste, traitait longuement ce point dans sa Méthode nouvelle facile et solide de convaincre de nullité la Religion prétendue réformée... Paris, 1623, t. II, p. 787 et suiv. Quelques années plus tard, après la prise de la Rochelle et la pacification politique, un factuni curieux, de circonstance, approuvé par les ministres professeurs de l'Académie de Nîmes, le 31 juillet 1629, condamnait la doctrine de la rébellion, et donnait aux protestants la règle de conduite suivante, comme commentaire de la fameuse réserve de Théodore de Bèze : « Ne pas obéir aux Magistrats qui vous commandent de « mal faire, mais ne pas leur faire résistance et prendre les armes, lesquelles « nous n'avons pas receues de Dieu. » [Traieté de l'obéissance des chrestiens envers leurs magistrats et princes souverains^ Paris, 1615, p. 138.)