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CHEZ LE PRINCE DE CONTF

États, et Molière tout le premier, faute d'être prévenus, pouvaient manquer de s'y rendre, Jean Cassaignes avait intérêt à combler cette lacune dans les divertissements offeris à la noblesse languedocienne : la vérification des comptes risquait d'en souffrir aux dépens personnels des étapiers. Donc, à un double titre, comme élapier et comme entrepreneur de spectacles ou maître paumier, le voyage de Jean Cassaignes à Lyon n'est pas étranger à la cause qui amènera sous peu Molière en Languedoc. 11 importait d'exposer le fait et de marquer ses corrélations subséquentes.

Mais tandis que Molière esta Lyon, où Jean Cassaignes va le prendre — où est le prince de Conti? A Bordeaux. Nous allons dire ce qui le conduit au château de la Grange des Prés (banlieue de Pézénas) et comment il y vient et s'y installe. La série des circonstances qui précèdent immédiatement !a résidence du prince en Languedoc fixera mieux les idées sur le sujet qui nous occupe.

Le traité du 30 juillet 1653 avait mis fin aux troubles en Guyenne. Conti, éprouvant soudain le besoin de se reposer des longues fatigues de la guerre civile, avait résolu d'aller prendre l'air de la campagne dans le vieux domaine qu'il avait hérité, dans le bas Languedoc, de son oncle le duc de Montmorency. Avec une suite de plus de deux cents hommes, il s'était mis rapidement en

roii!c pour cetîe villégiature, uon sans y avoir préalablement envoyé, sous bonne escorte, une jeune et galante Bordelaise, ."Mme de Calvimont, qu'il venait d'enlever sans gêne à son mari. La dame, d'humeur gaie et facile, s'était prêtée de bonne grâce à l'aventure; et tel était l'enchantement momentané de Conti, que peu s'en l'allut cju'il " ne la fit suivre dans tous ses voyages à la vue de tout le royaume >;. L'abbé Daniel de Cosnac, qui avait auprès du prince la charge des menus plaisirs, eut toutes les peines du monde à faire entendre raison et à tempérer les écarts de cette iblie amoureuse. Ce n'est pas qu'il ne fût d'une morale accommodante, le bon abbé ! Au contraire. Avec lui, péché caché était plus qu'à demi pardonné. Il ne demandait qu'à sauver les apparences. « 11 n'était pas contre l'honneur, disait-il, d'avoir des galanteries '•, mais - à la condition qu'elles fussent secrètes », car « la mode n'était pas introduite d'enlever hautement la femme d'autrui, sans s'attirer une espèce d'infamie •. Ces insinuations eurent leur effet. Et Mme de Calvimont était allée seule attendre à la Grange des Prés le prince de Conti, -■■ prince ecclésiastique », encore à cette date.

L'ancienne résidence de .Montmorency, longtemps inhabitée, à peine habitable quand le prince et sa suite y arrivèrent, n'était pas nu séjour d'agrément, Mais durant un mois et peut-èlrc deux, l'impérieux besoin d'un lèlc-à-lèle passionné fil oublier les distractions absentes. A la fin l'on s'apcrçul, et Mme de Calvimont la première, que celle calme retraite ressemblait trop à la solitude d'une morne Ihébaïde; et n'ayant pas des mœurs d'anachorètes, on avisa aux moyens d'égayer

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