‹ Autour de MolièreChapitre 16 sur 24 · CHEZ LE P R 1 \ C E DE C 0 X T · texte numérisé non relu

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l'austérilé des lieux. Ou a bien, comme dans le Gcnlilhommc (hu'pin, le jeu, les festius, voire

On a la proiiic'n;ulu et la pêche el la clicsse...

Plaisirs iasuffisaiils pour une nalure agiice et difficile â amuser comme l'était Conti! Ceux cjui venaient de le voir faire à Bordeaux devaient prévoir qu'il ne se contenterait pas longtemps de l'exclusive société de Mme de Calvimont. A Bordeaux il goûtait tous les genres de spectacles, même des représentations - de chiens' > . Sous le correct prétexte de remplir les devoirs de son rang et de faire honneur â sa position, Conti sortit un beau jour de l'espèce d'incognito où il s'était renfermé. Les réceptions officielles commencèrent; villes et villages d'envoyer des délégués souhaiter la bienvenue. C'était dans l'ordre. Le 2 novembre 1G53, le conseil municipal de rsarbonne, comme les autres, envoya une députation « pnur rendre les devoirs de la ville à Mgr le prince de Conti, (jai vimt de se rendre de Bordeaux à Pézénas ■. En réalité le prince de Conti était dans les environs de Pézénas depuis le milieu d'août, mais il n'avait pas permis qu'on le dise. Ai-je besoin d'ajouter que cette députation de Narbonne se composait . du premier et du second consul » assistés « de Jean Cassaignes et autres notables ' ? — Le moment était venu de regretter qu'il n'y eût pas de troupe de comédie â la Grange des Prés. Vous allez voir avec quel à-propos on apprendra, tout juste, (jue Molière est la, tout près, pour adoucir ce regret.

' Voii' les Mémoires du président Boiiliier.

Laissons, nKiinleiiaiif, la paroic a Daniel de Cosuac. .le me bornerai à souli!^',ncr quelques phrases qu'il est indispensable de cammcnter...

Mme de Çalvimont venait d'exprimer le désir -■ d'en- " voyer cliereher des comédiens ". Comme Cosnac avait « rar(]ent des menus plaisirs du prince ■■', il lui donna " ce soin =■.

" J'appris que la troupe de Molière el de la IJéjart était en Languedoc, écrit Cosnac. .le leur mandai qu'ils vinssent à la Grange. Pendant que cette troupe se disposait à venir sur mes ordres, il en arriva une autre à Pézénas qui était celle de Cormier. L'impatience naturelle de 1\!. le prince de Conti et les présents rpie JH celle dernière à Mme de Calvimonl engagèrent à la relenir. Lorsque je voulus représenter à M. le j)rince de (onli que je m'étais engage à Molière sur ses ordres, il me rél)ondit qu'il s'était depuis lui-même engagé à la troupe de Cormier, et qu'il était plus juste que je manquasse à ma parole que lui à la sienne. Cependant Molière arriva, et, ayant demandé (pi'on lui paijdt au moins les/rais (ju'on lui avait fait faire pour venir, je ne pus jamais l'oblenir, quoiqu'il y eût beaucoup de justice; mais .1/. le prince de Conti avait trouvé bon de s'opiniàtrer à cette ha(/alelle. Ce mauvais procédé me louchant de dépit, je résolus de la faire monter sur le thédlrc de Pézénas cl W. LEUR DONNER 1MII,LE

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ECUS DE MON Ar.GEXT plutôt que de leur manquer de parole. Comme ils étaient prêts déjouer à la ville, M. le prince de Conti, un peu piqué d'honneur par ma manière d'agir, et pressé par Sarrasin que j'avais intéressé à me servir, accorda qu'ils viendraient jouer une lois sur le théâtre de la Granjje. Celte troupe ne réussit pas dans sa première représentation au gré de Mme de Calvimont, ni par conséquent au gré de M. le prince de Conti, quoique au jugement de tout le reste des auditeurs, elle surpassât infiniment la troupe de Cormier, soit par la honte des acteurs, soit par la magnificence des habits. Peu de jours après, ils représentèrent encore, et Sarrasin, forcé de prôner leurs louanges, fit avouer à M. le prince de Conti qu'il fallait retenir la troupe de Molière, à l'exclusion de celle de Cormier. Il les avait servis et soutenus dans les commencements à cause de moi; mais alors étant devenu amoureux de la Du Parc, il songea à se servir lui-même. II gagna Mme de Calvimont, et non seulemeni il fil congédier la troupe de Cormier, mais il fit donner pension à celle de Molière. On ne songeait alors qn'à ce ditertissement, auquel moi seul je prenais peu de part... •

Dans un article sur Daniel de Cosnac, Sainte-Iîeuve, qui en était encore (1805) au pseudo-Molière du Boman comique, s'est livré, au sujet de cette page qu'on vient délire, à de généreuses réflexions, mais dont l'éloquence se trompe d'adresse. « On se sent pénétrer d'une amère pitié, s'écrie-t-il. Ainsi une sotte et une femme à cadeaux, Mme de Calvimont, entre à l'étourdie dans une cabale contre Molière et va le priver d'un protecleur! » La situation de Molière, à cette époque, nous est assez connue; elle était, même de l'aveu de Cosnac, assez rassu-

raute, à eu juger '• parla maguificcuce des habi(s -, pour que nous ne partagions pas la pilic de Sainte-Beuve. Nous no partageons pas davantage son indignation contre Mme de Calvimont, parce que c'était si peu « une femme à cadeaux » qu'elle avait refusé tout présent de Conti, sauf une bague « de deux mille écus » que le prince lui avait offerte à Bordeaux. C'est Cosnac lui-même qui atteste le désintéressement de Mme de Calvimont à cet égard, et l'on reconnaîtra qu'il n'est pas suspect cette fois. Comment nous faire admettre qu'elle acceptait sans scrupule ni délicatesse, par cupidité, les cadeaux des comédiens, quand elle refusait les cadeaux autrement considérables et précieux d'un prince, son amant? .Jusqu'à la fin de sa liaison avec Couli, Mme de Calvimont se montra noblement désintéressée. Au dénouement, lorsque l'abbé de Cosnac fut chargé moins de négocier que de signifier la rupture, ne voyons-nous pas, dans une page quasi cynique de l'entremetteur, que la maîtresse abandonnée et trahie se borne à recevoir bien moins qu'on n'était disposé à lui donner? Elle se contente d'une somme dérisoire et qui n'est à proprenienl |)arlcr (pi'inie indemnité de voyage. Kncore une fois, comment attribuer un motif intéressé à la préférence ouverte et déclarée de Mme de Calvimont pour la trouj)e de Cormier, rivale de la troupe de Molière? Est-ce qu'à cette époque, la supériorité de celle-ci était tellement éclalanle qu'aucune ne lui piM être ni comparée, ni égalée, ni préférée à l'occasion?

Ouant à la « sottise » de Mme de Calvimont, rai)parcncc n'en ressortait pas sans doute, alors, comme aujourd'hui que la distance des siècles a disproportionné

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eu sens inverse le mérite de Molière et de Cormier. La comparaison entre les deux rivaux d'un jour ne se fait plus et ressemblerait à un blasphème. Elle n'était cependant pas inconvenante alors; et Cosnac n'a pas l'air de s'étonner qu'elle fût faite. Cormier, comme Barry, avait une fort belle troupe sous ses ordres. En 1049, on vit paraître une mazarinade qui eut grand succès et qui s'intitulait : Entretiens du sieur Cormier avec le sieur f.a Fleur, dit le Poitevin, sur les affaires du temps. Cormier était homme d'esprit. Un trait ignoré et sur lequel je reviens ' prouve qu'il avait du cœur aussi et que Mme de Calvimont, à (oui prendre, aurait pu placer plus mal son choix. Moins de trois mois après avoir été évincé de la Grange, Cormier, alors à Marseille, faisait bénéficier les pauvres d'une localité voisine de la Grange des Prés, de l'argent qu'il avait touché pour ses représentations "* devant le prince de Conli. Le " G février 1654, une donation de la somme de trois cents livres « était faite par Cormier « à l'hôpital de Caux «, reçue par M' Roquemaure, notaire royal à Marseille. C'était de sa part une leçon donnée à Conti pour son manque de parole. Le prince retirait sa parole : Cormier, lui, rendait son argent, et il le rendait avec une fierté simple et noble, avec une discrétion courageuse et résolue qui ne font ni mal augurer de son caractère, ni mal apprécier, d'après cela, le jugement de Mme de Calvimont,

Au surplus, Sainte-Beuve exagère quand il parle de . cabale » organisée contre Molière, puisque Mme de Calvimont et le prince étaient seuls favorables cà Cor-

' Voir [). 59.

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