‹ Autour de MolièreChapitre 18 sur 24 · CHEZ LE PRINCE DE CONTL · texte numérisé non relu

CHEZ LE PRINCE DE CONTL

elle X 75 livres " pour avoir joué en riîoniieiir du comte de Hoiire, en 1(549. La ville d'Albi, en 1G47, pour une série de représenlalions lui avait alloué « 500 livres ><, après un déplacement assez coûteux de Toulouse à Albl. Eu 1054, 1055 et 1050, Conti lui-même, pour un service de comédie -■ de six mois • par an, n'accordera à Molière que 5,000 livres une l'ois, 0,000 livres une autre lois, c'est-;i-dire, pour toute une saison semestrielle, moins du double de ce que Cosnac est résolu à donuer j)Our une représentation! Plus tard, le grand Coudé payera à Molière dans toute sa gloire une allocation totale de " 1,100 livres '^ pour jouer, expressément au P.aincy, le TfirliiJ'e u complet ■ avant que le Roi lui-même en ait la primeur. Enfin, Louis XIV, tout-puissant et ne comptant guère pour ses plaisirs, Louis XIV fera à Molière et à sa troupe une pension annuelle de - deux mille cinq cents écus , pour un service, sinon de tous les jours, du moins aussi fréquent qu'il plaira au Roi. Et en 1053, Tabbé de Cosnac, sans fortune personnelle, " domestique " de second ou troisième ordre dans la maison de Conti, l'abbé de Cosnac aurait donné, de sa poche, mille écus « à Molière, par pur " dépit » de ne pas le voir agréé! Évidemment, Cosnac, devenu archevêque d'Aix, avait perdu la notion exacte de la valeur monétaire au temps où il était au service du prince de Conti. L'argent ne lui coûte plus rien en écrivant ses Mémoires; mais peut-on ajouter foi, vraiment, à tant de générosité imaginaire ' ?

' Tant il est vrai qu'il est difficile d'écrire l'histoire en général et l'histoire de Molière en particulier! A propos de ces > niilie écus » qui, dans AloUcie, sa ne ci ses ounngcs, par M. Louis Molaïul,

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Il n'y a pas jusqu'aux moitidres circousîances du récit de Cosnac qui ne soient foncièrement controuvées, quoique Sainte-Beuve les tienne pour authentiques. " Si " Sarrasin, au lieu d'être amoureux de la Du Parc, l'était .: aussi bien devenu d'une camédienne de la troupe de

Cormier, tout était manqué! ■ dit en terminant Sainte- Beuve. C'est prendre les choses trop au tragique. 11 n'y a pas de quoi. D'abord, et sans insister sur un si délicat chapitre, l'amour de Sarrasin n'est ni moins problématique ni moins absurde même que tout ce qu'on vient de voir. La Du Parc allait accoucher à Lyon, dans trois ou ([uatrcmois : le 8 mars 16.Vi, Jean Thomas, fils de René Berthelot et de Thérèse de Gorle, était baptisé à Lyon, dans l'église Sainte-Croix! Sarrasin avait mal choisi son moment, — Cosnac aussi. Enfin, j'en suis bien fâché pour la conclusion émouvante de Sainte-Beuve; mais, eu lOj.'], Molière, qui s'élait passé de Contijusque-là, aurait probablement continué, sans que rien filt u manqué . Tout au plus y aurait-il eu quelque retard, peu appréciable, non dans le développement du génie de Molière, mais dans sa fortune malériclle, ce qui n'est pas le priuci|)al j)Oiir la postérité. VElonrdi n'aurail pas élé man- (pié, le Dépit ninourmx non plus, car des deux pièces, la première était écrite et jouée avant - la |)rofecIion » de C.ouli, Va seconde fui jouée et probabieiiient écrite aussi

deviennent « deux mille éciis » (p. 85), ;^ propos de ces mille éciis dont 1.1 seule idée de les promettre est déjà, chez I);iniel de Cosnac, d'une invraisemblance criante, l'éditeur môme des Mémoiirs, comme s'il ne les avait pas lus, écrivait ceci, le 10 mai 1877, h la (îazetie de France : « Daniel de Cosnac UKMIT alors i\ Molière ' mille éciis de son propre arjjent et le fit monter sur le tliéûtre de l'ézénas. » C'est à désesjjérer d établir la vérité!

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après cette proteclion. A la fiu de IO.jG, le Dépit amoureux lut donné aux États tenus à Béziers, oii non seulement Conti n'assistait pas, mais oii ses partisans mirent peut-être Molière dans l'obligation de représenter sa comédie malgré leur hostilité. Le dernier mot de cette aventure, c'est qu'il est bien difficile, à tout moment, de tirer au clair la véritable histoire de Molière. L'autorité criticjue de Sainte-Beuve ne démontre que plus hautement l'étendue des erreurs qui croissent autour de cette biographie et, comme une poussée énorme de mauvaises herbes, menacent de l'étouffer !

La vérité est ici entre les lignes de la narration de Cosnac. Conti, qui ne regardait pas à la dépense, n'était pas homme à s'opiniàtrer sur une bagatelle et à manquer de parole par économie ni, par exemple, pour ne pas accorder la misérable somme qui ei\t défrayé Molière. ■-■ Jamais homme n'a eu 1 âme plus belle sur l'intérêt que lui, écrit Bussy-P.abutin, qui en parle par expérience : il comptait l'argent pour rien. " Il donnait ^ des écus â milliers •• , dit Dassoucy. C'est précisément son extrême libéralité qui avait dérangé sa fortune. Plutôt (|ue de ne pas faire les choses en grand seigneur avec Molière, d eût retenu les deux troupes à la fuis, — sauf a laisser â son secrétaire le soin de les payer, ce qui n'était pas facile tous les jours. En arrivant en Langue-

doc, le prince, cr;iprè,s les chiffres de Cosnac, approximativement exacts, n'avait pas plus, tout compte fait, de deux cent mille livres de bon, ce qui nclait pas capable d'entretenir la maison six mois, principalement lorsque Conli commandait les armées du Roi •-. On vivait d'emprunts perpétuels en Languedoc, tellement, dit Cosnac, qu'il y eut bientôt à craindre ^^ quelque affront, ayant toujours vécu à crédi( depuis (ju'on y était . Par ces besoins d'ar^^jent, le prince devenait la proie des usuriers, des agents véreux; et, par un phénomène malheureusement explicable, à mesure que s'augmentaient les dettes du prince diminuait d'autre part la pauvreté de beaucoup de ses domestiques. Ceux-ci commandilaienl lilléralemcnl la maison avec les profils énormes qu'ils y faisaient aux dépens du maître. Poètes, ecclésiastiques, simples valets de chambre, ils avaient presque tous, peu ou prou, un compte d'avances et de dépenses ordinaires et extraordinaires ■ dans la maison. .Mme de Bacalau, une maîtresse de Sarrasin, avait reçu eu dépôt '. 20,000 écus -, la veille du départ de Bordeaux, au moment même où, pour faire le voyage, Conli était forcé d'en emprunter « 10,000 -^ à M. de Candalle. 11 est vrai que Sarrasin avait déjà avance au prince, sur ses économies, plus de « 70,000 livres - durant le séjour en Guyenne, cl (pi'il allait, à sa mort, laissera sa femme une créance totale sur Conti d'un chillre énorme '. La fonction de certains - domestiques i' leur valait le crédit dos banquiers. Ainsi s'cx|)li(iuc l'introduclion par degrés de Jean Cassaignes dans la maison de Conli. En iny.i, il

' Voir c:-:lcSbU j r.if,".ii:c l'()f|;ifliii, p. s:i.

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