‹ Autour de Sainte-Helène (volume 2)Chapitre 11 sur 20 · LA COMTESSE DE ROII AN-M INIAG DE JERSEY · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE ROII AN-M INIAG DE JERSEY

lication, elle se fera appeler comtesse de Jersey de Rohan. Avait-elle été la maîtresse de George Ghild- Villiers, earl of Jersey, qui, à ses titres de vicomte Villiers, of Dartfort, et de baron Villiers, of Hoo, joignait celui de vicomte Grandison — et pouvail n'en pas moins être Lovelace. Le comte de Jersey, ayant eu, de Sarah-Anne Child, qu'il avait épousée en 1804, un fils en 1808, une fils en 1810, mit un intervalle de cinq années avant son troisième fils né en 1815, son quatrième né en 1819, ses trois dernières filles nées en 1822, 1824 et 1828. C'est entre 1810 et 1814 que se place le voyage de M'"^ Miniac-Rohan en Angleterre, — simple coïncidence peut-être.

Toutefois, ce ne fut point le comte de Jersey, mais l'honorable Thomas Maitland, lieutenant génét rai, qu'elle suivit, quand il fut nommé gouverneur de Malte. Elle partit avec lui. Sa fille, qui était poi- I trinaire, mourut à Malte en mars 1814 et fut enterrée, avec tous les honneurs dus au nom de Rohan qu'elle portait, « attendu qu'un duc de Rohan avait été grand-maître de l'Ordre » (François-Marie des Neiges-Emmanuel de Rohan-Polduc, élu grandmaître en 1773 et mort en 4797).

Est-ce Maitland qui l'avait envoyée de Malte à

; l'île d'Elbe ? Elle a dit « qu'aimant Bonaparte, elle

! était venue passer chez lui deux mois pendant

{ lesquels elle avait constamment mangé à sa table ».

Gela lui était arrivé au moins une fois, mais ne lui

avait guère réussi. Ce qui est certain, c'est qu'à

un moment, le commissaire de police de Calais ayant mis la main sur ses papiers, y trouva « nombre d'invitations à des bals et à des soirées, soit de la part de la princesse Pauline, soit de celle des généraux Bertrand et Drouot. Quelques-unes portaient simplement : « Sa Majesté recevra ce soir à huit heures. » C'étaient les invitations à des cercles. J Certes, cela ne prouve pas une telle intimité qu'elle ^ pût dire que son fils, né en Fan IX, fût de Napoléon, mais elle racontait bien, pour expliquer l'absence de ses diamants, qu'elle les avait « vendus pour en envoyer le produit à Buonaparte dans l'île d'Elbe ». Toutefois, elle s'était introduite, cela n'est point contestable, et l'on ne peut que penser, avec le marquis d'Osmond, ambassadeur de Franc» à Turin, que « le voyage d'une telle personne, de Malte à l'île d'Elbe, dans les circonstances où il s'est effectué est au moins très bizarre ».

De Porto-Ferrajo, elle fut à Livourne, puis à Milan oii « elle eut des relations de galanterie avec tous les chefs un peu marquants de l'armée autrichienne en Italie ». Elle y resta « jusqu'à la décision des affaires de France » ; mais, vers le mois d'octobre 1815, M. de Saurari, gouverneur pour l'Autriche, la fit prier de venir chez lui et « l'engagea à quitter le plus tôt possible cette ville et la Lonibardie ». Elle s'établit alors à Gènes, puis à Nice. Elle racontait « sa grande fortune, ses grands biens, surtout en Angleterre, oii elle possédait hôtel, rentes, terres, etc. ». Si elle était venue en

LA COMTESSE DE ROll AN-MINIA C DE JEUSEY 225

Italie, c'était pour la santé de ses enfants menacés de devenir poitrinaires. A présent son lils lui restait seul et c'était pour lui seul qu'elle vivait.

La police piéniontaise ne se contenta point très longtemps de ces raisons et, en avril 1816, l'invita à partir. Elle retourna en Ang'leterre « revoir ses grands biens ».

Elle parut en ellet dans l'opulence, « faisant figure » et ayant trouvé, semble-t-il, un nouvel entre teneur : mais elle avait dû cesser de médire des Français, « sa correspondance la plus suivie, depuis 1816, étant avec un M. Auguste d'Hervilly, garde du corps de la compagnie de Noailles, qui paraissait très épris ». M. d'Hervilly avait été à Gand ; « son attachement au roi se manifestait dans toutes ses lettres », mais il parlait peu d'argent. Il paraît que la source d'où la comtesse tirait ses moyens financiers ne tarda point à tarir, malgré ses liaisons prétendues avec le duc de Sussex, frère du Prince régent. « Ses escroqueries l'ayant fait traduire devant un tribunal, elle fut déclarée insolvable et remise en liberté au milieu des acclamations d'un nombreux auditoire composé de ses partisans. »

Car, en dehors de ses amants, elle avait des amis, au premier rang desquels le colonel comte Piontkowski et la comtesse son épouse. Gela devait arriver : les titres sortaient de la même fabrique et, entre aventuriers, la connaissance est vite faite. Piontkowski, arrivant de Sainte-Hélène où il avait

été envoyé et d'où il avait été rappelé on ne sait pourquoi, ayant retrouvé à Londres la comtesse Piontkowska, ci-devant élève du Conservatoire^ vivant des libéralités que prodiguaient les libéraux anglais à l'ami de Napoléon, n'avait pu manquer de se rencontrer avec cette fidèle qui avait couru à Tîle d'Elbe, qui avait donné à l'Empereur ses diamants et qui avait eu de lui un fils, né à treize ans.

La liaison qui s'établit entre elle et les Piontkowski fit penser, lorsque, fuyant simplement ses créanciers, elle se disposa à revenir en France, qu'elle y apportait des lettres de Sainte-Hélène ou pour le moins des commissions du Polonais. Son passeport étant en règle, car elle voyageait a^'CC un colonel Marmac, sujet de Sa Majesté britannique, il n'y avait pas lieu de lui interdire de débarquer, mais, « attendu les mauvais principes politiques qu'elle avait professés à Londres », rien n'était plus simple que de la faire fouiller, ainsi que toutes les personnes qui se trouvaient avec elle sur le môme paquebot, sous prétexte de contrebande.

Cela n'apprit rien, sinon que « c'était une femme galante et qui laissait beaucoup de dettes à Londres ». Outre les invitations de l'île d'Elbe, on trouva quantité de lettres d'amour, reliques cosmopolites de jours plus heureux et on conclut qu'il n'y avait pas d'inconvénient à lui laisser continuer sa route D'ailleurs, elle se réclamait de M. le comte de Valence qui, momentanément, n'était plus pair du

Page 1