PAR ORDRE EXPRÈS DE L'EMPEREUR NAPOLÉON
Le chef d'escadron Piontkowski (Charles-Frédéric) natif de Blodowicz en Pologne, ayant donné des preuves d'attachement en suivantl'Empereur Na poléon à l'île d'Elbe etdepuis à Sainte-Hélène, ayant dû quitter ce dernier séjour et l'Empereur n'étanl
que satisfait de sa conduite, il recommande à ceux de ses parents et amis qui verront cet écrit, de remployer dans son grade de chef d'escadron de cavalerie, de lui faire compter une gratification d'une année de ses appointements, en écrivant le montant de ladite gratification en bas du présent livret; enfin il leur recommande de l'aider et de l'assister.
Le grand maréchal,
Signé : Bertrand.
« Piontkowski doit être content, il a un livret superbe », dit l'Empereur à Gourgaud. Piontkowski est si peu satisfait qu'il refuse le livret, pareil, presque en tous points, à celui des domestiques. Il faut que le grand maréchal et le général Gourgaud emploient toute l'influence qu'ils ont sur lui pour le décider à accepter : encore, Bertrand s'engaget-il à lui écrire une lettre ostensible oii il atteste que « le dévouement que Piontkowski a montré à l'Empereur en venant le servir à l'île d'Elbe et en le servant comme soldat puisqu'il n'y avait pas de place d'officier et en venant le joindre à Saint- Hélène lui mérite la protection des amis et parents de l'Empereur «.
Dans la maison, sauf Bertrand et peut-être Gourgaud, on est mal disposé pour le Polonais ; on lui refuse des draps et des serviettes, un couvert d'argent pour son voyage; on lui donne du vin du Gap
comme aux gens et on lui compte comme à eux cinquante louis de gratification. « M'"'' Bertrand est bien bonne, dit Gourgaud, elle donne une chaîne à Piontkowski pour souvenir, mais je lui avais donné ma boîte à thé. » De la boîte à thé, Piontkowski ne fera point mention, mais de la chaîne; on Fa vu : c'est l'Empereur qui la partagea entic jyjme Bertrand et lui. Au moins a-t-il cité M"'" Bertrand. Si, dans toutes ses histoires, il y avait une telle partie de vérité !
L'Empereur, ne le voit point et ne lui permet pas de prendre congé. Gourgaud en tire grief., Quand, après avoir conduit Piontkowski jusqu'au signal d'Alarm-House, il retourne à Longwood avant le dîner et que l'Empereur insiste sur « les livrets superbes », Gourgaud répond que Piontkowski est bien triste de n'avoir pas vu Sa Majesté et l'Empereur répond : « J'étais indisposé et cela m'aurait fait trop de peine. »
Les témoignages concordent d'une façon précise : ils montrent unanimement le peu de prix que l'Empereur attachait à la présence de Piontkowski. Si, comme Gourgaud le dit, l'Empereur a dicté des instructions pour Piontkowski, on peut conclure d'un passage de Montholon qu'elles ne lui furent point remises au moment du départ des quatre proscrits. « La visite la plus minutieuse, dit Montholon, est faite de leurs bagages et sur leurs personnes, mais rien de suspect ne fut trouvé sur eux. Nous nous attendions à cette visite et nous
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avions d'ailleurs trop de moyens de communiquer secrètement avec l'Europe pour courir le risque d'aggraver inutilement la situation de ces braves ucns. »
Ainsi, Piontkowski est venu sans avoir été ni désiré ni appelé ; l'Empereur l'a gardé par pitié et tout en le soupçonnant; les ministres anglais ont d'eux-mêmes ordonné son départ à la date du 26 juin, sans qu'ils en aient fourni d'autre motif que le nombre exagéré des personnes à la suite de lEmpereur ; cette affaire ne se lie par aucun côté à celle qui émut alors si vivement les compagnons de l'Empereur, sommés par le gouverneur de signer, dans des termes qui blessaient justement leur délicatesse et leur fidélité, la déclaration « que leur désir était de rester dans l'île de Sainte-Hélène et de partager les restrictions imposées à Napoléon Bonaparte personnellement ».
Il ne pouvait être question pour Piontkowski de signer cette déclaration, puisqu'il était nominativement désigné par les ministres pour partir : il nen fut non plus jamais question; lorsque le gouverneur vint à Longwood pour demander aux Français s'ils voulaient signer la déclaration a il envoya cbercber, dit O'Meara, le comte Bertrand, le comte Las Cases et tous les autres officiers, à l'exception de Piontkowski. »
Mais Piontkowski est trop adroit pour ne point cherclier à rattacher son départ à cette affaire de la déclaration ; il se relève ainsi et se met au plan
de Bertrand, de Montholon, de Las Cases et de Gourj^aud ; il se montre même supérieur en dévouement et en fidélité ; il se pose en victime et il s'établit comme l'ami intrépide et l'intime confident de l'Empereur. Son récit qui fait honneur à son imagination est à ce point de vue un document humain des plus curieux.
« Hudson-Lowe, dit-il, ne cherchait qu'un prétexte plausible pour expulser Piontkowski de l'île. L( • colonel * ne tarda pas à le lui fournir lui-même. Le gouvernement ayant donné ordre à tous les officiers de la suite de l'Empereur d'écrire chacun une déclaration personnelle dans laquelle ils se soumettraient aux restrictions imposées par le gouverneur, le comte traça la déclaration suivante :
« J'ai déclaré le 6 août dernier, à bord de la frégal»^ VEurotas, que je ne connaissais point d'autre bonheur que de continuer à servir S. M. l'Empereur Napoléon. Quoique ma destinée affreuse dépasse de beaucoup les idées que je m'étais formées, je n'hésite cependant pas un moment de renouveler de bon cœur cette déclaration. Aucun danger, aucune misère, même le terrible séjour de Sainte- Hélène et les restrictions arbitraires que l'on impose à l'Empereur et aux personnes qui ont l'honneur d'être au service de Sa Majesté, ne pourront me
' Lorsqu'il parle de lui-même, Piontkowski est toujours colonel et comte.
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faire regretter une résolution libre et mûrement réiléchie. Ma déclaration est solennelle et je me dévoue d'avance aux suites qui en pourraient résulter pour moi, plutôt que d'agir d'une manière indigne d'un officier que l'Empereur daigne conserver à son service. Tels sont les sentiments auxquels je suis bien résolu de demeurer inviolablement attaché. Si les circonstances sont graves, la persuasion d'avoir fait mon devoir me donnera la force nécessaire pour les supporter avec courage. »
Sainto-IIélèno, le 18 avril 1816.
Signé : Piontkowski.
« Les termes de cette déclaration étaient mesurés. L'Empereur engagea le" comte à y substituer la déclaration suivante qu'il dicta lui-même :
« J'ai suivi l'Empereur Napoléon sur le Bellérophon. N'étant pas admis à la faveur de le suivre à Sainte-Hélène, j'ai continué peu de jours après son départ de rester, avec huit autres officiers de sa suite, sur un vaisseau anglais, dans le port dePlymouth. J'ai, depuis, obtenu la permission de le suivre à Sainte-Hélène oi^i je suis depuis quatre mois. Je n'ai rien trouvé de ce que l'on disait en Angleterre de la beauté de l'île, de la salubrité du climat et des égards dont devaient être entourés l'Empereur et les personnes de sa suite. L'île est affreuse, c'est à proprement parler l'île de la désolation. Son climat ne ressemble à aucun chmat de la terre. On y est perpétuellement dans les nuages, au milieu
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des brouillards, ou exposé à un soleil ardent, bienfait dont on est même privé les trois quarts du temps. L'humidité ordinaire de la partie de l'îlr que nous habitons, dans une cahute couverte de papier g"oudronné, mettra promptement un terme à la vie de l'Empereur et des personnes de sa suile Je suis cependant constant dans mon ardent désir de rester auprès de TEmpereur et je me soumets aux restrictions qu'on nous impose, quoiqu'elles soient injustes, vexatoires, arbitraires et ne soient motivées par aucune nécessité puisqu'il suffit <h' garder le rivage pour ôter tout moyen de s'échapper de ce roc escarpé. »
Signé : Piontkowski.
Longwood, le 19 avril 1816.
« Cet écrit dans lequel on reconnaît facilement le style de l'Empereur devint une des causes principales de tous les malheurs de Piontkowski. L(^ colonel aurait préféré sa première déclaration, mais son dévouement à Napoléon était si complet qu'il la déchira pour substituer celle-ci. 11 ne s'arrela pas un seul instant aux malheurs qui pourraient en résulter pour lui-même et ce ne fut que sur lui en effet que tomba la haine mortelle du gouverneur. Les autres officiers de la suite de Napoléon furent plus prudents. Aussi, après la mort de l'Empereur, ils retournèrent en France où ils retrouvèrenl patrie, fortune, honneurs. Le gouvernement anglais
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se ti'ouva blessé par la déclaration de Piontkowski et il donna ordre de le renvoyer de l'île...
« lludson-Lo\ve annonça l'ordre du gouvernement anglais par une lettre adressée au grand maréchal. Piontkowski devait s'embarquer le lendemain sur un vaisseau qui faisait voile pour le Cap de lionne-Espérance. La séparation de l'Empereur et du comte fut des plus touchantes. Napoléon embrassa avec effusion son fidèle serviteur et lui remit un écrit tracé de sa pi-opre main, adressé aux divers membres de sa famille, par lequel il le leur recommandait particulièrement et les priait de lui payer à son arrivée en Europe deux années de ses appointements comme chef d'escadron, c'est-à-dire 12 000 francs et de lui faire en outre une pension de 6000 francs par année durant sa vie, ou de le prendre à leur service avec les mêmes appointements.
« Le colonel partit de Sainte-Hélène le 17 novembre 1816. »
L'étonnante construction de ce système mérite d être démontée : On sait que, dès son arrivée à Sainte-Hélène, le 17 avril, le gouverneur, en vertu des instructions de Lord Bathurst en date du 10 janvier, « communiqua à toutes les personnes de la suite de Napoléon Bonaparte, y compris les serviteurs domestiques, qu'ils étaient libres de quitter l'île immédiatement pour retourner en Europe, ajoutant qu'il ne serait pas permis à aucun
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de rester à Sainte-Hélène, excepté ceux qui déclareraient, par un écrit qui serait déposé entre ses mains, que c'était leur désir de rester dans l'île el de se soumettre aux restrictions qu'il était nécessaire d'imposer à Napoléon Bonaparte personnelhment ».
Le 20 avril. Las Cases, Gourgaud, Montholon tous les domestiques signent, le 24 Bertrand. L Cases a publié sa déclaration, telle qu'il dit avun écrite. Gourgaud a donné la substance de la sienne non moins énergique. Forsyth a publié, d'après I» < papiers de Hudson-Lowe, les déclarations de L Cases, Montholon, Gourgaud et Bertrand. Il n point publié de déclaration de Piontkowski, et nulle part il n'est question qu'on lui ait demandé d'en faire une. Sauf Bertrand très modéré, tous les autr» s se sont donné carrière, et ont relaté avec plus (i< vivacité que ne l'aurait fait Piontkowski leui griefs particuliers,, les griefs de TEmpereui <c D'après les sentiments actuels des personnes attachées au général Bonaparte, je pense, écrivait Hudson-Lovve àLordBathurst, qu'il vaudrait mieux les éloigner toutes, à l'exception peut-être de L Cases. La manière avec laquelle ils manifestei, en toute occasion, soit verbalement soit par écr leur opinion sur les mesures que le gouveniemeni a jugé convenable d'adopter à l'égard de Napoléon lui-même, pourrait fournir un prétexte suiiisaiit pour son éloignement. »
Lord Bathurst a répondu par Tordre d'exig»
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des c'uiiipagnoiis de l'Empereur la signature pure et simple de la formule que le gouvernement avait arrêtée, mais, si cette dépêche parvint à Sainle-Hélène par le môme navire, \ Eurydice, qui apportait l'ordre,, en date du 26 juin, de renvoyer Pionlkowski, elle était postérieure, vraisemblablement du 17 juillet. Sir Hudson-Lowe n'eut donc aucune signature à demander à Piontkowski, vis-kvis duquel il n'avait qu'à exécuter les ordres du ministre; sa déclaration, à laquelle Piontkowski luimême donne la date du 18 avril, n'a pu entrer pour rien dans son départ, ce départ étant décidé à Londres le 26 juin; et la nouvelle déclaration, exigée par Lord Bathurst ne fut signée à Sainte-Hélène que le lo octobre. Il y a donc, de la part de Piontkowski, une confusion établie à dessein entre les deux déclarations : celled'avril, à laquelle il eût pu prendre part et qui n'amena le renvoi de personne, et celle d'octobre, à laquelle il n'eut aucune occasion d'être associé et dont la non-signature, selon d'autres termes que ceux arrêtés par le gouvernement anglais, eût entraîné le renvoi.
Quant à croire que l'Empereur, qui ne s'était mêlé d'aucune autre des déclarations — Montliolon Las Cases, Gourgaud, Bertrand — se fût attaché à celle de Piontkowski comment l'admettre ?
Piontkowski annonce qne l'Empereur lui remit un certiheat, écrit par lui-même, par lequel il enjoignait aux princes de sa famille de payer à Piontkowski deux années de solde de chef d'escadron, soitl2000fratics,
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plus une pension de G 000 francs. Le livret a été écrit, et signé, dans la même l'orme que ceux donnés aux domestiques, par le grand maréchal. Il porte une année d'appointements comme chef d'escadron de cavalerie : la solde de chef d'escadron dans toute la cavalerie était de 4000 francs; la solde de 6 000 n'était que pour la Garde. Aucune pension n'est stipulée. L'Empereur n'a point vu Piontkowski avant qu'il partit. Tout cela est positif: mais, soit qu'il ait falsifié ce livret, soit qu'il en ait fabriqué un autre, Piontkowski va vivre tout le reste de sa vie sur les neuf mois qu'il a passés à Sainte-Hélène.
Dès son arrivée au Gap, Piontkowski commence à jouer son rôle et on en a l'écho par Gourgaud. « Au Cap, écrit Gourgaud le 2o novembre, Piontkowski se fait passer pour un ami de l'Empereur €t raconte des histoires fort bêtes. Sa Majesté est fâchée que Bertrand lui ait donné un certificat. » Et ces histoires, c'est que lui, Piontkowski, a voulu donner des coups de fouet à Sir Thomas Reade, le sous-gou\ erneur de Sainte-Hélène ; que l'Empereur meurt de faim, que, une fois, il est resté trois jours sans pain et que, sans Piontkowski, qui est allé en acheter à un Chinois, il n'en aurait peut- -être plus jamais mangé! Piontkowski, par bonheur, était là, lui, le meilleur ami de Sa Majesté î
Cela arrive tout droit du Cap : Pourtant, à en croire Piontkowski, à peine s'il y a pu voir des
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Européens. 11 est arrivé très malade, et on a eu la cruauté de le retenir pendant six jours sur le vaisseau. Puis le gouverneur ang-lais, Lord Charles Somerset, l'a traité de la façon la plus barbare ; il l'a envoyé prisonnier dans un petit fort à l'intérieur du pays. Puis, il l'a confiné dans une affreuse solitude au milieu des Gafres et des bêtes sauvages et l'unique distraction qu'il lui a laissée a été la chasse à l'éléphant. Ses malheurs n'ont pas pris On lorsqu'il s'est embarqué sur V07'0)itès quï devait le ramener en Angleterre: le capitaine étant « un homme d'une écorce rude et commune, exagérant les mérites de ses compatriotes, fanatique de sa nation et trouvant méprisable tout homme qui n'était pas Anglais ».
Malgré ses déboires, lorsque sur VOrontès qui a touché à Sainte-Hélène, mais avec interdiction aux passagers de communiquer avec Longwood, Piontkowski repart, ayant en poche quinze louis qu'il a obtenu que Gourgaud lui prêtât sur les fonds de récurie, il vogue à pleines voiles vers la fortune. D'abord, à Londres, il retrouve sa femme qui, chassée de France, comme on a vu, a trouvé un asile chez M"'^Bayart, Anglaise de naissance, veuve d'un Français. « Gette excellente dame, qui avait longtemps habité Paris, où le comte Piontkowski l'avait connue, a offert à la comtesse un appartement dans sa maison. » Remarque-t-on que de gens cet étonnant lieutenant saxon se trouve avoir connus à Paris, lui qui, d'après les états de service qu'il s'est lui-
même domiés au retour de l'île d'EU>e, y a tout au plus résidé durant quelques-uns des Gent- Jours ?
A peine à Londres le comte Piontkowski opère un étrange miracle. Les quinze napoléons qu'il emprunta à Gourgaud se multiplient en ses poches de telle façon qu'elles sont pleines, qu'il paye tout eu or, qu'il est dans l'opulence et roule carrosse. Un carrosse sans armoiries aux portières serait-il digne de lui? Fi donc ! Avec une imagination héraldique qui eût consterné d'Hozier, il invente, accommode et approprie un écusson tel qu'on n'en vit jamais : sur des trophées de drapeaux, de tamhours, de timhales et de canons, appuyé sur deux sahres en croix dont paraissent les gardes à la polonaise, cet écu, se dresse, sommé d'une couronne comtale d'oii sortent comme en cimier, les cinq plumes, qui, d'après l'héraldique de l'Empire, désignent les comtes napoléoniens. Au-dessous s'enroule un ruban sur lequel est : Fort lier et Fideliter ; la croix de Légion d'honneur — avec ou sans diamants — s'y accroche. — Pour cette fois, point de Saint-Henri. L'écu est écartelé au 1, d'azur à deux rochers d'argent battus d'une mer de sinople, ce qui rappelle assurément Elbe et Sainte-Hélène ; au 2, de gueules à Fépée haute en pal d'or, qui est le franc quartier des comtes tirés de l'armée ; au 3, de Pologne ; au 4, d'argent auV de sable (est-ce Varsovie*?) ; sur le tout, d'argent à la fasce chevronnée d'azur : armoiries sans doute des Piontkowski ; on ne les rencontre
point en Pologne, mais c'est sans cloute qu'ils les ont découvertes en Angleterre.
Ainsi blasonnés, le comte et la comtesse courent les rues de Londres. Le bruit en revient à l'Empereur : (( Ce sont peut-être mes amis qui ont donné de l'argent à Piontkowski ou peut-être le ministère pour le faire parler. » Il reçoit des bons de 5,20, 30 louis; les journaux disent que c'est un aventurier. « Tout de même, dit l'Empereur, il est consolant de voir que l'on porte des cent, des deux cents louis à Piontkowski. » La seule manière dont il se manifeste à Sainte-Hélène, c'est en y envoyant un pamphlet et quelques journaux. En marge ou en interligne d'une des gazettes, il a écrit diverses phrases de nouvelles insignifiantes. Sir Thomas Reade s'en aperçoit et l'intercepte. A Longwood comme à Plantation House, nul ne sait à quoi s'en tenir : « Il paraît de nouveau que Piontkowski avait été envoyé ici comme espion •>, dit l'Empereur le 28 septembre 1817, et, à Gourgaud, qui a quitté Lons^wood, Hudson-Lowe, le 6 mars 1818, dit : <( Qu'est-ce que c'était que cet homme-là? »
Qu'était-ce en effet? Pour se faire valoir, « Piontkowski insinuait dans ses conversations que son renvoi de Sainte-Hélène avait été concerté avecBuonaparte qui lui avait prescrit de se mettre dans le cas d'une exclusion, pour se procurer les moyens de rapporter en Europe les commissions verbales dont il l'aurait préalablement chargé ».
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A d'autres, il disait : « L'Empereur est très rassuré sur son avenir: la g^arnison ang"laisede Sainte- Hélène lui est totalement dévouée et il est plus maître des soldats que le gouverneur, ce qui cause les plus grandes inquiétudes à ce dernier. Il sortira de Sainte-Hélène quand il le voudra, mais il dit que le moment n'est pas encore arrivé et qu'il ne pourrait aller maintenant qu'à la Nouvelle Angleterre, ce qui ne lui convient pas. »
Par de tels discours, par les mystérieuses confidences qu'il adresse aux personnages avec lesquels ilatrouvé moyen d'entreren rapporls — et l'on peut bien penser que tel qu'il est, il ne ménage point ses visites, — Piontkowski a obtenu ses entrées dans le monde libéral; il y est recherché, invité à dîner, fêté comme un homme d'importance ; sans doute produit-il une assez piètre impression sur quelquesuns qui, tel Samuel Romilly, le trouvent tiv> porté à exagérer. Mais il en tire l'essentiel, qui est l'argent et, à ce sujet, on ne se trompe pas trop à Longwood.
Les ambassadeurs des puissances athées qui ont l'œil sur lui, constatent « qu'il dispose de sommes considérables et qu'il vit dans l'aisance ». « Lord Holland, écrit d'Osmond, lui a remis 4 000 francs. » Un anonyme lui a envoyé une lettre ainsi conçue : « Si vous avez besoin d'argent, présentez ce bilhl à M. Baring ; il vous remettra 2 000 francs, » cl en effet, sur ce chiffon de papier, la banque Baring paye 41 £ 10 sh. Cela se renouvelle et l'ar-
LE COLONEL COMTE PIONÏKOWSKI i'.^?,
^ent arrive de tous côtés. 11 en vient aussi d'Italie : au compte de Madame Mère, Piontkowski touclie 240 guinées : ce sont les 6 000 francs que TEmpereur a assignés. Dès 1817, la Famille a donc rigoureusement exécuté les instructions de son chef.
Il a encore d'autres ressources : en l'absence de son mari, M"'^ Piontkowska a fait la connaissance d'un certain M. de Tassinari, que le roi de Sardaigne a honoré d'un brevet de colonel, et qui, étant ci-devant attaché au cardinal d'York, dont les dernières volontés n'ont pu, faute d'argent, être exécutées, est venu solliciter du roi d'Angleterre le paiement d'une année ou deux de la pension qui était faite au roi légitime pour qu'il se tînt coi. Tassinari, d'ailleurs, est bien pensant et, lié avec madame, a se trouvant en conséquence dans la société du mari», il rapporte à l'ambassade de France comment « le Piontkowski se dit accablé sous le poids des négociations qui lui sont confiées ». Plus tard, ce n'est plus Tassinari, c'est un sieur de Bettera, qui paraît être venu solliciter des Anglais l'indépendance de Raguse. Il a longtemps vécu à Gênes, oii il passait, en 1814, pour un des correspondants de Bonaparte ; mais, à présent, il est prêt à raconter à qui de droit les projets de Piontkowski et il a de la matière, (.ar, comme l'écrit d'Osmond, « cet aventurier que les uns disent très fin et les autres très sot, varie autant dans ses rapports que dans ses projets ».
Dès son arrivée h Londres, Piontkowski s'est en effet muni de passeports anglais et Tambassadeur d'Autriche s'en est inquiété : « Le gouvernement anglais, écrit-il à sa cour le 19 février, ne pouvant, d'après ses lois, le retenir ici, s'est vu obligé d'adhérer à la demande qu'il lui a faite de pouvoir se rendre sur le continent, et lord Castlereagh lui a en conséquence accordé un passeport pour l'Italie oi^i il désire se rendre. »
Mais, Piontkowski a sans doute appris à redouter l'Italie et il se rabat sur la Pologne. Le 30 avril, il adresse au comte Lieven, ambassadeur de Russie, la lettre suivante : « Monsieur le comte, j'ai l'honneur de communiquer à Votre Excellence seize pièces' qui lui feront connaître qui je suis, ainsi que ma situation actuelle. Ayant été éloigné de Sainte-Hélène malgré moi par le gouvernement anglais, et connaissant l'impossibilité de ne pouvoir arriver en Italie où je devais me rendre, je ne saurais mieux m' adresser qu'à l'ambassadeur de Sa Majesté Fempereur de Russie, roi de Pologne, pour obtenir un passeport afin de me rendre à Varsovie. » Lieven refuse le passeport et donne avisa Pétersbourg. Ce sont là d'ailleurs tous les rapports ({u'il eut avec cet homme, qui ne lui fait aucune espèce de confidence
Piontkowski ne paraît point surpris de son échec et continue à mener la grande vie. « Le gouvernement, écrit Lieven, le 26 août/7 septembre le fait surveiller de près et, selon toute apparence.
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Il séjour dans ce pays n'est toléré que dans Tespuir qu'il pourra fournir quelques indices propres à mener à la découverte des intelligences entre Bonaparte et ses partisans. »
A en croire Piontkowski, « il a eu en effet une entrevue très remarquable avec lord Castlereagh, alors ministre des Affaires étrangères. Il reçut, raconte son biographe, une lettre dans laquelle on lui disait qu'un membre influent de l'opposition anglaise serait heureux d'avoir une entrevue particulière avec lui et d'apprendre au juste quelle était la véritable position de Napoléon, ainsi que le traitement qu'on lui faisait subir. Piontkowski se rendit à l'endroit indiqué sans avoir le moindre soupçon de trahison, mais, en montant l'escalier d'un bâtiment public pour arriver à la pièce oii devait se passer l'entrevue, il fut accosté par une personne qui lui glissa ces mots à l'oreille : « On vous trompe ; la personne avec qui vous allez conférer est lord Gastlereagh lui-même. Soyez sur vos gardes, ne vous compromettez pas. )> Le colonel était d'un caractère très vif. Sa noble fierté fut indignée d'une aussi lâche supercherie, et, bien loin de suivre les conseils de cet ami inconnu, il eut l'imprudence d'exprimer de la façon la plus véhémente tout ce qu'il pensait de l'infâme conduite d'Hudson-Lowe et du ministère anglais. Lord Gastlereagh l'écouta avec une grande apparence d'intérêt et sut se contenir assez pour ne rien laisser voir de sa mauvaise humeur. A la fm de la con-
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versation, il remercia poliment le comte des intéressants détails qu'il venait de lui donner en l'assurant qu'il en profiterait la première fois qu'on traiterait de ce sujet dans le Parlement.
« Piontkowski, ajoute le biographe, venait d(* jeter le gant au gouvernement anglais. » Et, aussitôt, une coalition se forme entre la Grande-Bretagne, la France, l'Autriche, la Sardaigneet diverses autres puissances pour réduire cet adversaire « qui, ne comptant pour rien le sacrifice de sa vie, ferait sans doute des efforts inouïs pour arracher Napoléon à sa captivité ».
Néanmoins, lies gouvernements coalisés ne se pressent point et semblent donner à Piontkowski jtant de facilités que Beaumont-Brivazac, chef du service des renseignements de Fambassade de France, se demande « si ce chef d'escadron polonais n'est pas aujourd'hui un agent de l'Angleterre ». Ce n'est qu'après sept mois d'un séjour agrémenté de dîners et de subsides, que Piontkowski, voyant sans doute l'enthousiasme baisser et les bons se tarir, se décide à aller en Italie pour porter des nouvelles de FEmpereur à sa famille et pour réclamer Farriéré de ses appointements ainsi que la fixation de sa pension. « Il s'embarque le 23 août 1817 à Liverpool sur le vaisseau VAmélia k destination de Gibraltar, laissant à Londres sa femme, à laquelle il a ménagé la protection particulière d'un M. Capper, chef des bureaux (h' FAlien-Office. »
LE COLONEL COMTE PIONTKO\VSKI 1-iT
Les ambassades européennes sont aussitôt en rumeur, et bien qu'on supposât « qu'il s'est embarqué pour les États-Unis afin de s'y réunir aux adliérents de Bonaparte », le ministère anglais n'en croit pas moins devoir donner avis aux missions d'Autriebe et des différentes puissances de l'Italie, de l'arrivée possible de Piontkowski dans ce pays.
Cette précaution du gouvernement anglais ne désarme point la police française qui flaire des mystères et, qui, par ses agents, empressés à grossir h moindre indice et à en tirer des belles conspirations, s'évertue à établir un complot, dont Piontkowski est l'agent principal, lord Gastlereagb l'inspirateur, lord Holland, lord Bentinck, Bruce ^ Hutcllinson et Wilson, pour le moins, les adhérents,, sans compter divers Français, quelques Italiens,, un grand nombre d'Anglais, et des personnages, dangereux, quoique inconnus et de nationalités confuses. C'est ainsi que le passeport, dont Piontkowski est porteur, lui a été directement délivré par lord Castlereagb, à l'insu du département de lord Sidmouth et de l'Alien-Office ; c'est ainsi que ce passeport lui attribue la qualité de colonel attaché à la suite de Napoléon BiionapaiHe ; c'est ainsi que « Parme est le but réel du voyage de Piontkowski ; que Buonaparte l'a fait porteur de commissions verbales pour S. A. rarcbiducliesse Marie-Louise ; qu'il a II lui remettre une boucle de cheveux; qu'enfin il est chargé de la décider à le suivre aux États-Unis pour se réusir à Joseph et par suite à
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son époux. » Et Ton forg-e un lien entre ce voyage de Piontkowski en Italie, la présence de lord Holland sur le continent et le départ pour la Sicile de lord Bentinck « qui a récemment annoncé aux Génois l'espoir prochain de tenir les promesses qu'il leur avait faites ».
Ces romans de Beaumont-Brivazac sont d'autant mieux accueillis à Paris que le comte Decazes, ministre de la Police, est le proche parent de l'excommissaire général de police de l'Armée de Catalogue, devenu, pour son royalisme invariable, le chef de l'espionnage à Londres. D'Osmond, ainsi, -remplit ses dépêches au ministre des Affaires étrangères des contes bleus de Beaumont, et Decazes, en correspondance directe avec Beaumont, reproduit ces contes dans les lettres qu'il adresse au duc dp Richelieu; en sorte qu'émanant de cette unique source si peu sûre, les renseignements, parvenant par deux canaux différents, semblent se confirmer €t se recouper, comme on dit, les uns les autres, alors qu'ils font honneur simplement à l'imagination du personnage fort suspect qui les invente.
D'autres agents non moins empressés, parviennent à s'introduire chez M™^ Piontkowska avani qu'elle parte pour Liverpool, se présentent comme d'ardents bonapartistes, anciens officiers aux Gardes d'honneur, offrent leurs services, provoquent des confidences, volent des papiers, mais, sauf quelques menus renseignements qui sortent peut-être de leur esprit inventif, n'apportent pas
LE COLONEL COMTE PIONTKOWSKI l^D
iême de quoi compromettre davantage les Bonairtistes réfugiés. Néanmoins ils promettent une liteà leurs révélations et, à défaut de Piontkowski ; de M™*" Piontkowska, ils font parler l'hôtesse de ;dle-ci, W Bayart.
I En môme temps que Beaumont-Brivazac dénonce à im cousin la grande conspiration de Lord Castlel'agli et du colonel polonais, en même temps que I chancellerie autrichienne signale Piontkowski aux )urs de Turin, de Florence et de Naples, et que Liefm écrit de lui à Pétersbourg, Piontkowski vogue '3rs Gibraltar : il comptait, a-t-il dit, y trouver un ivire à destination de Livourne ; il n'en rencontre )int et s'embarque sur un navire qui rentrait à ènes. On IV attend : Le 2 septembre 1817, le )mte de Yallaise, ministre des Affaires étrangères \i royaume de Sardaigne, a écrit au baron Binder, linistre d'Autriche : « Votre cour, ne peut douter, jonsieur le baron, du prix que le gouvernement 1 roi attache à la tranquillité de l'Italie; cet objet ^sentiel a constamment été celui de toute sa sollitude. Elle doit vous donner la certitude que la ,]us grande surveillance sera exercée dans cette ^icasion, mais, d'après les intentions du roi qu'il a 4igné me faire connaître dans plus d'une occasion, j ne puis faire autre chose que d'ordonner la nnise de cet individu au premier poste autrichien, 1 (jue le parti que vous me proposez de le faire -inbarquer pour l'Angleterre ou pour l'Amérique î? saurait nous donner la certitude qu'il ne débar-
quât (pas), sur un autre point d'Italie où il s».,u également dangereux. D'après ces considérations je suis persuadé que si on parvient à s'assurer d la personne du sieur Piontkowski, votre cour con sentira à le recevoir à la frontière pour le faire tra duire en Pologne, si elle ne juge pas devoir l retenir dans ses États. »
Arrivé à Gènes au début de novembre, Piont kowski est mis en quarantaine au lazaret avec le autres pasagers du cbébec. « Il écrivit, raconte-t-il au gouverneur de la ville pour lui demander l'au torisation de louer une felouque pour le transporte à Livourne. Pour toute réponse, le gouverneur 1 fitapprébenderau corps et conduire à la forteress oii on le mit au plus absolu secret. » Ce fait est cou firme par une note du marquis Alfieri, ambaisadeur de Sardaiorne à Paris, au baron de VincenI ambassadeur d'Autricbe. Au reste, si étrange soil il, le récit que Piontkowski fait de sa captivité s trouve, au moins pour les grandes lignes, rigoi reusement contrôlé par les notes de police et le dépéclies des agents autricbiens et français.
Ainsi, raconte-t-il qu'à Gènes on a pillé se malles et qu'on lui a pris, outre divers objets di valeur, cent quatre-vingts napoléons sur trois cent qu'il avait : or, qu'il possédât alors 6 000 franc? le ministre des Affaires étrangères de Franc l'écrit au ministre de la Police, d'après les rense gnements du consul général à Gènes. Il dit qu a été transféré à Alexandrie, mis à la citadell»
])uis conduit à Pavie et livré aux Autrichiens : le duc de Richelieu en fait l'ohjet d'une dépêche officieUe. Il raconte qu'il fut quelque temps enfermé au fort Saint-Georges àMantoue, d'oii il fut transj)(»rté à Josephstadt : voici la résolution impériahv (lu 29 mars 1818. Il dit que, « par surcroît de précaution, on lui a imposé le nom de M. de Horneluann » : il résulte d'une note de la direction de Police en date du 7 mai 1818, que c'est sous le nom de George Hornemann qu'il a été transféré de Mantoue à Josephstadt et que c'est sous ce nom qu'il a été détenu.
Faut-il croire par exemple qu'il ait constamment protesté de son dévouement à l'Empereur, de son désir d'aller le rejoindre, et qu'il ait renouvelé à tout instant ses protestations contre la captivité de Napoléon ? Sur ce point, les rapports de la police autrichienne sont moins affirmatifs : Le prince do Metternich écrit de Vienne, le 28 mai 1818 : « Le voyage de Piontkowski à Josephstadt nous a mis^ dans le cas de recueillir sur Sainte-Hélène quelques nouvelles données assez intéressantes, que le commissaire de police dont il était accompagné a rassemhlées avec soin et dont il a rendu compte à son département; j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse un extrait de son rapport en l'autorisant à le communi((uer confidentiellement à Lord Castlereagh et à Lord Bathurst. » Par la précision des renseignements sur les points de l'île où une évasion eût été possihle, ces conversations, appuyées par des.
I6:î AUTOUR DE SAINTE-HÉLÈNE
démonstrations sur des cartes, sortent du courant banal des bavardages inconsidérés et prennent un autre caractère.
Quoique sévèrement détenu, Georges Hornemann est, pour le matériel de la vie, fort bien traité. L > gouvernement autrichien alloue à cet effet 10 flrins par jour — 3 630 florins par an. Piontkowski annonce, à la vérité, que « c'était Lord Castlereai:h qui donnait une guinée par jour pour son enti tien et que le ministre anglais avait expressémc recommandé qu'il fût traité avec toute la douceur que pouvait comporter une détention sûre »; mais, sauf cet enjolivement, les chiffres concordenl. Piontkowski en tire encore un peu plus de vanité : « Le bruit courait, écrit son biographe, que ce captif inconnu était un prince d'une famille souverair tenu au secret pour raison d'Etat ».
On ne saurait comprendre, au demeurant, qurl prestige cet homme pouvait exercer pour qu'on le traitât avec tant d'égards, pour qu'on attachât tav' d'importance à le garder comme masque de fci dans une prison d'État. La moindre enquête faite à Dresde, à Paris ou à Sainte-Hélène eût prouvé < que valait le crédit qu'il se vantait et comit avaient été gagnés les grades qu'il s'était donné-
L'on n'en interceptait pas moins toutes ses correspondances et les lettres qu'il avait écrites àunr miss Wilson, fille d'un avocat, « qui l'avait connu et rencontré par hasard et à laquelle il demandait des nouvelles de sa femme » faisaient une affairo
LE COLONEL COMTE PIONTKO^YSKI 163
iton parlait; on annonçait comme nne décou- "te qu'il s'était vanté de la protection de l'em- •eur d'Autriche et de Madame rarchiduchesse rie-Louise ; on lui attribuait en un mot presque nporlance qu'il se donnait.
1 fallut plus d'une année pour qu'on s'aperçût e ce fantoche n'était guère dangereux. En mai 19, le prince de Metternichlui permit les promeles en ville et, le 20 mars 1820, l'empereur daigna assigner Gratz comme lieu de séjour « sous idition de ne se mêler d'aucune affaire politique elconque et de ne point quitter les États autriens sans l'autorisation du gouvernemerît. )) Le lin, Piontkowski en signala promesseetilprofi ta Toccasion pour énumérer tousses titres, devenus si miraculeusement authentiques : Comte Piontmkl, chef if escadron de la Garde, officier d'orinance de rEmpereur Napoléon, officier de la fion d honneur . Cela devait lui tenir lieu de lettres entes et de brevets.
)urant ce temps qu'était devenue jM'"^ Piont-
wska? Selon les dires de son mari, elle devait
endreà Londres qu'il lui indiquât les moyens de
ejoindre en Italie. Mais il résulte d'une lettre
il a écrite, de Liverpool, le 23 août 1817, à
Capper à l'Alien-Office, qu'il a prié celui-ci « de
e délivrer à sa femme un passeport pour tel
^s qu'elle enauraitbesoinpour qu'elle ne trouvât
nt de difficultés à s'embarquer ». Soit qu'elle
endît, comme le suppose Beaumont-Brivazac,
164 AUTOUR DE S A INÏK-II K LÈX E
l'arrivée annoncée cleLas Cases, soit qu'elle coinpl rejoindre son marina Rome pour être attachée Madame-Mere, elle continua à vivre à Londr dans une société singulièrement mêlée dont la cor tesse de Miniac de Rolian faisait un des print paux ornements, mais où s'égaraient des membr du parlement anglais et où une certaine M"" de Be tera ouvrait Toreille pour le compte de l'ambassa» de France. Sur le bruit que Piontkowski s'était, Gênes, embarqué sur un bateau marchand qui pa tait pour l'Amérique, elle s'embarqua, vei> 41 avril 1818, pour les Etats-Unis. C)u'ene y s( allée, le fait est certain : Gourgaud l'affirme, 1 notes de la police autrichienne le constatent. m?> ce qu'elle y fit durant deux années, nul ne le On ne la trouve pas au nombre des personne approchèrent le roi Joseph; et nul, qu'on saclii'. relate son passage. Vers la fin de 1819, elle revi en Angleterre. A Londres, paraît-il, elle obtint d'i secrétaire de l'ambassade d'Autriche l'assuran que son mari était détenu à Josephstadt. Comr « les larmes et les prières d'une jolie femme se irrésistibles », elle s'adressa au baron de Xeuman ministre à Londres, qui se chargea de faire pass à Piontl\Owslvi une lettre ouverte où elle exprim à la fois le désir de le retrouver et de recevoir fonds pour continuer son voyage, « car elle et absolument sans moyens et dénuée de tout ». cette lettre en date du 31 décembre 1819, Pio' kowski répondit le 7 avril 1820 : Qu'il ménag<
LE COLO:<EL COiJTE PIO >TKO\VSKl 165
ns une lettre ouverte le gouvernement qui le tenait prisonnier d'Etat, cela se comprend ; mais passait-il pas la mesure lorsqu'il écrivait : « Ne ains rien pour l'avenir, ma chère amie, car je me )uve sous la protection d'un gouvernement qui a honoré de preuves éclatantes de sa hienveillance qui m'assure la continuation de sa clémence. » Les deux époux se rejoignirent à Gratz après que comtesse^ « adressée aux diverses amhassades itrichiennes et accueillie partout avec honte et stinction », eut fait, de Londres en Styrie. un )yage que la modestie seule de son époux Femche d'appeler triomphal.
Il paraît que Piontkowski et sa femme « se trouent mutuellement hien changés »; ce fut la •emière impression que leur procura leur réunion, ais ils se reprirent aussitôt et Urent Ugure. « Toute noblesse de Gratz s'empressa hientôt auprès du lonel et de sa femme et déploya en leur faveur s plus délicates attentions. Le gouverneur accueilt également le comte et la comtesse avec consiération. » Seul, paraît-il, le chef de la police étonna dans ce concert et continua à exeicer une Lirveillahce qui était pénihle à Piontkowski, « en 3 qu'elle dénotait un manque de confiance dans BS sentiments d'honneur ». Onnelui permit même as d'accompagner aux eaux 31'"^ Piontkowska ont la santé n'avait pu résister au repos succédant [une constante agitation.
Durant que M"'' Piontkowska était aux eaux,
le bruit se répandit en Europe que Napoléon et; mort. Piontkowski allait se trouver libéré de ton obligation de résidence, mais du même coup perdait ses dix florins. Il devait s'elibrcer de 1 retrouver quelque part et ce ne pouvait être qu'a près des Bonaparte. Il semblait avoir déjà fait a sujet des démarcbes près du roi Jérôme et c'est 1 qu'il avait clioisi pour le servir « comme ïa ordom l'Empereur. » « Espérant donc. Sire, d'après désir obligeant que Votre Majesté a daigné n témoigner de m'avoir auprès d'elle, que mes se vices pourront vous être utiles, j'ose vous prier. Il écrit-il, de m'bonorer de vos ordres avant le la (i ce mois, époque à laquelle je dois partir d'ici poi Trieste. »
Jérôme avait, en même temps qu'une généi qui souvent tournait en prodigalité, une propei sion à s'éprendre des êtres, à les admettre dans s maison, à leur confier ses affaires, et une é" '■ facilité à s'en déprendre et à leur imputer Fins i des spéculations qu'il leur avait confiées. D« sier au delà de la croyance, et toujours plein a c^ poir en des cbimères pour rétablir sa fortune qi sombrait, il était incapable de tranclier dans le vii de restreindre sa maison, de se réformer; sa cou se renouvelait sans cesse, mais les éléments qi la formaient, assez mal cboisis pour l'ordinairt s'éliminaient d'eux-mêmes, à moins qu'on ne ft obligé de les cbasser. Jérôme avait donc accueil
LE COLOrs'EL CO:iiTE PIONÏKOWSKI 167
Piontkowski comme mi confident, si bien qu'il l'invita à faire venir sa femme et que, de Trieste, il l'envoya à Rome près de Madame Mère, négocier près d'elle un emprunt. Sa confiance en lui était telle qu'il invitait le cardinal Fesch à lui communiquer tout ce qu'aurait dit Faljbé Yignali des derniers moments de l'Empereur. Piontkowski comr mença par réclamer de Madame la pension qu'il prétendait lui avoir été accordée par l'Empereur; et il assure qu'il allait l'obtenir ■ — certains témoirgnages au moins prouvent qu'il reçut quelque argent — puis, sur l'assurance que lui avait donnée Jérôme qu'il se cbargeait de son avenir, il se consacra entièrement à l'affaire de l'emprunt, y réussit, mais, par là, « se fit un ennemi irréconciliable du cardinal Fesch ». Jérôme paraît l'avoir gardé fort peu de temps, et l'on ignore pour quelles raisons il se priva de ses services.
Ce qui est certain, c'est que Piontkowski revint à Rome avant que Jérôme eût reçu l'autorisation 1 de s'y établir, qu'il renouvela pour lui-même ses demandes à Madame, sans succès cette fois; qu'il s'adressa successivement à tous les membres de la famille Bonaparte, sans obtenir, semble-t-il, de subsides que de la comtesse Gamerata; puis, qu'il forma des réclamations près des exécuteurs testamentaires de l'Empereur, et là il paraît avoir mieux réussi. L'on a en effet tout lieu de croire que ses prétentions furent accueillies par les arbitres nommés par les légataires pour juger en dernier res-
sort les difficultés soulevées par le Testament, et qu'à lui, aiusi qu'à Antommarchi et au moins à un troisième personnage, des pensions furent allouées au détriment de ceux que l'Empereur avait prétendu gratifier. Mais ce serait mal connaître Piontkowski que croire qu'il se contenta si facilement. 11 écrivit en effet au roi Louis : « Votre 3Iajesté me dit que les parents de l'Empereur m'ont fait obtenir une pension, mais celle (jue MM. les exécuteurs testamentaires m'ont accordée est plutôt une indemnité pour les prétentions que j'ai à la succession de l'Empereur comme officier de la Garde àl'île d'Elbe, à laquelle Sa Majesté avait légué plusieurs millions, mais dont les fonds seront difficiles à réaliser et cette pension a été fixée bien avant (jue les parents de l'Empereur aient pu s'intéresser pour moi comme le prouvent les lettres de M. le gran marécbal comte Bertrand. »
La prétention qu'élevait Piontkowski était fondée uniquement sur le livret que l'Empereur lui avait fait délivrer à Sainte-Hélène, mais il tirait des termes de ce livret des conséquences inattendues <( La recommandation de l'Empereur, écrivail-il au roi Louis, est mon livret de paye par lequel Sa Majesté engage ses parents à m'employer ou à me maintenir dans les appointements du grade au(juel il m'avait élevé à cet effet et de me faire compter en outre une gratification, mais il n'est nullement question d'une simple gratification, comme on fa peut-être mal expli(jué à Son Altesse Lnpériale
LE COLONEL COMTE PIOiMKOAVSKI 169
Madame Mère qui croit avoir satisfait aux recommandations de l'Empereur en m'accordant une gratification, de laquelle il n'est question qu'en second lieu, le principal but de la recommandation étant l'emploi ou les appointements. »
Après des espèces de menaces, il arrive aux prières : « Ayant, dit-il, perdu une fortune considérable, étant en butte aux persécutions continuelles et de toute espèce, ayant à soigner une femme malade depuis cinq ans, que puis-jè faire? Puis-je renoncer -aux droits que FEmpereur m'a donnés et qui sont ma seule ressource ? Puis-je y renoncer pour frustrer mes créanciers et laisser périr de misère ma femme qui, étant attaquée à la fleur de l'âge d'une cruelle maladie, n'a que quelques jours à vivre? )> Et il se restreint alors à demander un secours : « En renonçant volontairement, dit-il, à toutes mes prétentions pour le passé, le présent et l'avenir, je me borne à solliciter une "seule année de mes appointements pour me sauver du désespoir en me débarrassant de mes créanciers qui exigent de moi avec violence une cession de mes prétentions, ne voulant pas croire que j'ai fait toutes les démarches possibles auprès des parents de l'Empereur et pour pouvoir envoyer ma femme à Paris afin d'y réclamer des arriérés qui sont assez considérables pour me faire exister plusieurs années. »
Piontkowski n'avait pris le parti d'envoyer sa femme à Paris qu'après avoir vainement sollicité Tautorisalion d'y venir lui-même* Ainsi avait-
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t-il fait une première demande au^ébutde 1 823, alléguant « la santé de sa femme, le besoin (ju'elle avait de l'air natal, les intérêts qu'il avait à régler vu sa brouille avec la famille de Bonaparte ». Refusé le 1^'' février 1823, il avait formé une nouvelle demande en 1824, alléguant « les réclamations qu'il avait le droit de former contre les héritiers de Buonaparte » ; refusé encore, il envoya, en 1823, sa femme qui, ayant depuis 1823 Fautorisation de passer de Rome en France « pour s'y faire soigner d'une lièvre d'hvdropisie », obtint à Gex le 21 juin une passe provisoire pour Paris, s'y installa, se proposant d'y rester jusqu'au printemps. « Tout dans ses alentours annonce l'opulence, dit une note de police ; elle a plusieurs domestiques. » D'ailleurs elle voyait peu de monde, « presque tous étrangers », sauf un sieur Cliantepie père que la police surveillait. « Elle paraît avoir beaucoup de fortune, dit un autre observateur. Elle dit être venue pour soigner sa santé, quoiqu'elle paraisse bien portante et que son genre de vie ne soit guère celui d'une personne malade. »
En elfet elle choisit pour retourner à Rome le mois de décembre et on la trouve le 20 passant au Pont de Beauvoisin.
Dès 1822 pour le moins, M. Italinski, ministre do Russie à Rome (la Russie avait établi, en 1816, une | légation près du Pape) s'était intéressé près de l'em- 1 pereur Alexandre pour obtenir une pension ;i '
lu: COLONKL comte PIONTKOAVSKI 171
Piontkowski. Celui-ci passait en quelque façon sa vie près de M. Italinski et du prince Nicolas Ivanovitch Ga2^arin qui, après avoir secondé M. Italinski connue conseiller de lés^ation, lui succéda comme ministre en 18*27. Il est difficile d'imaginer sur quels motifs l'empereur Alexandre se détermina à accorder à Piontkowski une pension dont le chiffre dut être d'importance, à en juj^er par la vie qu'il mena depuis lors.
Autorisé en 1826 à rentrer en France, Piontkowski, qui se qualifie ex-militaire, voyage avec sa femme, une dame de compagnie et des domestiques. En janvier 1827, le couple va en Angleterre d'où il ne revient qu'en mai ; il passe seulement à Paris, va s'établir à Tours où il loue une maison. En septembre, Piontkowski revient à Paris : « il vit très retiré, dans un état de gène. » On assure qu'il a des sommes considérables déposées par Bonaparte chez M. Lafiite. Il rentre en octobre à Tours; en février 1828, il quitte Tours pour Paris où il prend à bail, pour 500 francs, un logement, 22, rue Neuve Sainte-Croix, qu'il meuble. « Il attend des fonds assez considérables de la vente de ses biens en Pologne. Les époux paraissent avoir une existence indépendante et aisée ; ils vivent retirés. «En juin, départ pourBagnères-de-Luchon; on a ordonné les eaux à M""^ Piontkowska. Ils y retournent en juillet 1829, munis cette fois d'un passeport diplomatique. M'"^ Piontkowska meurt à Bagnères. Piontkowski rentre à Paris, d'où, en
i*72 AUTOUll DE SAINTE-HÉLÈNE
décembre, il fait un assez court voyage en Belgique. « Le sieur Piontkowski, rapporte le préfet de police Mangin, depuis la mort de sa femme qu'il a perdue, il y a près d'un an et qu'il faisail voyager les trois quarts de Tannée pour sa santé, n'a plus quitté Paris que pour se rendre en Belgique. Il reçoit fort peu de monde, mais il voit plusieurs officiers supérieurs de l'ancienne armée, entre autres les généraux Flahaut et Bertrand. 11 se rend assez souvent dans la maison de santé de Tivoli où se trouvent deux Polonais de ses amis qui y demeurent pour raison de santé. »
Survient la Révolution de Juillet. « Elle le contraint, dit son biographe, de quitter encore un pays qu'il aimait, ordre de l'empereur Nicolas. » Dès lors commence une vie de vagabondage où il est diflicile de le suivre. C'est d'abord Genève où il se remarie, paraît-il, et où il passe deux années, puis Mannliein, puis Ratisbonne, où il se fixe. Il y meurt le 1^*" mai 1849.
Piontkowski n'a laissé aucune relation de son séjour à Sainte-Hélène. Il a donné la raison de cette abstention dans des lettres qu'il écrivit à Aimé- Martin avec lequel il semble avoir été fort lié. « Ce | qu'il pourrait dire, est trop odieux, car il ne pour-? rait peindre la vraie situation de l'Empereur qu'en | entrant dans des détails trop scandaleux sur les • ennuis dont il était abreuvé dans son intérieur qui lui rendaient plus difficile la conduite de sa maison
que jadis le gouvernement de l'Empire. » Si, pour cette unique fois, Piontkowski avait eu le dessein de dire la vérité, il se fût fait des ennemis puissants et nombreux, car il eût attaqué une légende patiemment construite, dont dépendaient l'honneur v[ la carrière de ceux qui l'avaient édifiée, et il eût compromis sans doute la pension que les exécuteurs testamentaires de l'Empereur lui avaient, comme on a vu, accordée, sans qu'il y eût d'autre titre que son silence.
Sur cette énigmatique figure qui traversa un instant le drame de Sainte-Hélène, comme pour y porter la note comique inséparable de toute action humaine, sera-t-on jamais fixé? Tout ce que Piontkowski raconte de lui-même — ou presque tout — est mensonge ; son origine est aussi mystérieuse que son nom même est peu sûr; sa vie échappe jusqu'au moment où il arrive à file d'Elbe ; nul ne sait pourquoi il est venu à Sainte- Hélène, ni qui l'y a envoyé. N'est-il qu'un comte d'industrie? Est-il un espion? Est-il dévoué jusqu'au fanatisme et a-t-il, par ses importunités, vaincu la froideur britannique? Sa femme, qu'estelle ? La maîtresse de quelque Anglais puissant qui a voulu lui assurer un nom et un état, puis s'est débarrassé du mari en l'envoyant à Sainte Hélène? Pourtant, la fortune qu'elle a faite est médiocre pour une aussi jolie femme. Pourquoi cette pension de la Russie ? S'il fut un agent russe à Sainte-
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Hélène, ses rapports se retrouveraient: Lieven aurait su quelque chose de lui. — Qui sait ? Peutêtre, cette pension, rien autre cliose qu'un bienfait de l'empereur Alexandre, envers celui qu'on lui présente comme un brave soldat, un serviteur fidèle jusqu'au martyre.
L'explication la plus simple, et peut-être la vraie, serait qu'on se trouve en présence d'un de ces simulateurs de naissance, qui font à ce point, dans leur vie, alterner le mensonge et la vérité, les événements qu'ils imaginent et ceux auxquels ils ont assisté, qu'ils n'arrivent plus à distinguer les uns des autres ; leur existence s'écoule ainsi dans un rêve que traversent çà et là des réalités dont ils sont inconscients. Tout est faux de la personnalité qu'ils se sont faite, mais ils peuvent croire qu'elle est réelle ; la puissance de mensonge qu'ils ont de naturel peut s'exercer même sur les autres, en obtenir ce qui ne serait accordé à personne. Cette puissance chez Piontkowski, ne produit point des actes notoirement malhonnêtes. Point de dettes, point d'escroqueries caractérisées que signalent les polices, toutes attentives et éveillées à ses actes. Certes, il vit des titres, des grades et des décorations qu'il usurpe et des récits qu'il imagine, il côtoie à tout instant la police coi-rectionnelle, mais, s'il se pare d'un crédit qu'il n'n point, on ne relève point de plaintes d'individus qu'il ait lésés et l'on peut croire qu'il s'est contenté d'escroquer des gouvernements.
(Jiloi qu'il en soit, il paraît bien difficile qu'on arrive sur lui à la vérité : si Ton trouve de Piont- :-kowski une sorte de confession, elle ne pourra |être quB mensongère, comme est sa biographie. Si on parvient à retrouver à'oii il vient et oii il a passé avant d'arriver à l'île d'Elbe, le départ pour Sainte-Hélène, le maringe, le rappel, resteront toujours incompréhensibles, et c'est un agacement de rencontrer, dans ces jours tragiques, ce fantoche mystérieux qui couvre son secret — peut-être si médiocre ! — de cette inépuisable imagination de