‹ Autour de Sainte-HelèneChapitre 42 sur 58 · PIECE N^ XVI · texte numérisé non relu

PIECE N^ XVI

EXTRAITS DES DEPECHES DU COMTE BALMAIN CONTENANT LE DÉTAIL DE SES RELATIONS AVEC LE GÉNÉRAL GOUR- GAUD DEPUIS LE MOIS DE JUILLET 1817 JUSQU'EN JAN- VIER 1818.

Sainte-Hélène, le 23 juillet 1817 n. st.

Monsieur le comte, je crois devoir informer Votre Excellence que, depuis ma dernière explication avec le gouverneur, j'ai de nouveau rencontré le général Gourgaud prés de Longwood. Gomme je n'étais pas seul et que le général Bingham me suivait à quelques pas, rien ne m'obligeait cette fois à me retirer et je continuai ma promenade avec ces messieurs.

Gourgaud me parla de ma visite à Bertrand. « Le Co?iqueror est arrivé, me dit-il, pouvons-nous espérer de vnîr» les commissaires ? »

Je lui déclarai tout uniment que j'en avais écrit au g-'uverneur selon la coutume à Sainte-Hélène, mais qu'il formait des difficultés sur cette affaire et que je devais me soumettre à sa décision.

« Comment, reprit-il, pas même un petit bonjour à M"^*^ Bertrand ?

* Pub. Aroii.. Russes, 1869, p. 1953.

— Non, répondis-je, (ant que Longwood et Plantation House seront en guerre, que la porte de Bonaparte sera fermée à sir Hudson Lowe, pas même un petit bonjour à jyjme Bertrand. Faites la paix avec lui ; c'est un brave homme; il n'est pas méchant ; il désire se rapprocher de vous. Vous ^erez de ses dîners, de sa société. On ira chez vous de fois à autre et le temps vous paraîtra moins long.

— Ah! Monsieur, dit Gourgaud, il a pris de fausses directions au commencement. Le mal est sans remède. »

Ici finit notre entretien. J'en ai rendu compte au ministère impérial parce que la circonstance est assez délicate et que le gouverneur met de limportance aux plus petites choses.

Jdi l'honneur d'être, etc. ^

Sainte-Hélène, le 10 septembre 1817.

Conversation de Balmain avec sir Hudson Lowe.

...Le gouverneur — Ma position vis-à-vis de vous est vraiment embarrassante. C'est tout ce que je puis dire : la vôtre n'est pas agréable, mais à Longwood notre position est la même. Je ne vois jamais Bonaparte et cela doit vous consoler.

— Quant à mes rencontres avec Gourgaud que vous me reprochez dans cette note'^, veuillez m'expliquer votre intention, vos désirs ; établissez de suite un règlement là-dessus, je vous promets de m'y conformer, mais je vous préviens qu'il me cherche partout et j'avoue de bonne foi que je n'aime pas à me détourner de son chemin. C'est humiliant. 11 serait plus naturel, ce me semble de défendre à ces messieurs de nous suivre.

Le gouverneur. — Otez-vous de l'esprit que j'aie songé à vous

* Pub. Arch. Russes, 1869, p. l'J55.

* Voir au texte, page 95, la partie de la note relative aux rencontres avec Gourgaud et les réfutations de Balmain.

en faire un reproche. Vous êtes parfaitement en règle avec moi et Gourgaud est un brave homme, un franc militaire. Ce n'est pas lui que je crains. Mais, si je n'y prends pas garde, on vous décochera Bertrand ou Montholon et je n'ai pas d'eux la même opinion. Ce sont des intrigants.

— Ce que Gourgaud m'a communiqué ne peut vous intéresser. Il m'a parlé de son service, de ses campagnes, de In bataille de Waterloo. Je lui débitai tout au long des minutie ~ . ..

Sainte-Hélène, le 1»^ octobre 1817.

Monsieur le comte, lorsque Bonaparte apprit que les commissaires des puissances alliées ne pouvaient, même comme particuliers, le voir par le canal de Bertrand, que le gouverneur s y opposait à toute force, sa mauvaise humeur le prit à un tel point que personne n'osait l'aborder. Il fut dix jours sans sortir de sa chambre, dînant seul, ne s'occupant à rien et brusquant ses entours. Gourgaud surtout en essuy.i ' rudes bourrasques et ne parlait alors que de se tuer, d détruire.

« L'Empereur, me disait-il, .est méconnaissable. Quand 9 était à la tête de ses armées, on le servait avec plaisir. Aujourd'hui, les malheurs lui ont aigri l'esprit. C'est un autre homme. » Aujourd'hui, cet orage a passé. Bonaparte s'est consolé de ce contre-temps et n'y pense plus...

Sainte-Hélène, ce 14 octobre 1817.

... MM. Gourgaud et 3Iontholon mont assuré que Bonaparte souffrait beaucoup et que le manque total d'exercice lui altérait le tempérament. « Pourquoi, leur demandai-je, ne sort-il jamais, ne monte-t-il pas à cheval? Tâchez donc de l'y engager. — Chaque fois, me dirent-ils, que Bertrand»

' Pub. Arch. Russes, 1869, p. 1961.

nous ou d'autres lui en parlent, il répond avec colère : « Laissez-moi donc tranquille. Puisqu on veut me tuer, qu'on me tue et que cela finisse... »

Sainte-Hélène, le 2 novembre 1817*.

... Le général Gourgaud, que j'ai vu ce matin à la promenade, ma assuré que Bonaparte devenait mélancolique et tombait par degrés dans une complète apathie : « 11 ne travaille plus, me dit-il, à son histoire. Il a tout abandonné et passe sa vie à niaiser ou ne rien l'aire. 11 lui en coûte même de se raser. Depuis cinq semaines, il dîne seul, sisole entièrement et ne parle que de sa mort. Hier, il nous fit un tableau de son infortune qui me déchira le cœur. J'eus peine à retenir mes larmes...

Sainte-Hélène, le 25 janvier 1818.

... Etant malade depuis environ quinze jours, je n'ai vu personne ni rien appris de nouveau. On m'a dit seulement que Gourgaud, ne pouvant saccorder avec Montholon, a demandé à Bonaparte la permission de retourner en Europe et que celui-ci a répondu : « Ce n'est pas la peine, mon ami, patientez un peu. Encore douze mois et vous m'enterrerez "^ >k

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