‹ Autour de Sainte-HelèneChapitre 43 sur 58 · PIÈCE XVII · texte numérisé non relu

PIÈCE XVII

INSTRUCTIONS QUE LE COMTE DE MONTHOLON PRÉTEND AVOIR ÉTÉ DICTÉES PAR L'EMPEREUR DANS LA NUIT DU 10 AU 11 FEVRIER 1818 \

Ceci devra servir de hases à toutes communications verbales ou écrites.

* Pub. Aî^ch. Russes, 1870, 655.

* A la date du 11 janvier Montholon écrit : « Communication, mportante du comte Balmain transmise parle général Gourgaud. sèves d'un retour en Europe et d'une hospitalité royale en. Russie. » (H, 246).

' Montholon. Récits H, 231 (édition française). Il est remar^

276 AUTOUR DE SAINTE-HÉLEiS G

Jai toujours regardé la paix générale comme la première condition de la régénération de lEurope.

Comme consul, ma première pensée a été d'ouvrir des négociations pour la paix.

. Je n'ai point à me reprocher d'avoir rompu la paix d'Amiens, ni aucun des traités que j'ai signés.

Comme empereur, toutes mes victoires ont été l'occa-

^uable qu'aucune allusion n'est faite dans l'édition anglaise é cette pièce d'une si grande importance. Et ce n'est point pom abréger que Montholon agit ainsi. Les quatre volumol'édition anglaise renferment une série de dictées de i'Empi d'une étendue extrême, et certaines d'un intérêt médiocre : Tome i Le Roi Louis et la Hollande. — Sur les Bourbons. Tome II Première campagne d'Italie. — Consulat. — Prisons d'Etat. — Poli tique des gouvernements étrangers. — Affaires de Rome et Con cordât de Fontainebleau. — Corse. — Russie. — Egypte. — Paul I"

— Kléber. Tome III. Retour de l'Ile d'Elbe. — Position de la Franc( vis-à-vis des puissances étrangères. Tome IV. Fragments sui les campagnes d'Autriche, de Prusse et de Russie. — Sur TAr mée. — Projet de Constitution. — Sm- l'Expédition d'Egypte Certaines de ces dictées font double emploi avec les publication! antérieures et ne semblent avoir été reproduites que pour grossi les volumes. On est donc en droit de penser que ces Instructiom

— en admettant qu'elles ne soient pas apocryphes — ont et retrouvées par Montholon, entre la publication de l'édilioi anglaise et la publication française. De même est-il remarquable que nul passage des rapports de Balmain rie semble se rap porter aux trois questions qui, selon ces instructions, auraient ét( posées par lui.

Si Ton veut admettre que ces instructions émanent de lEm pereur, on ne saurait les prendre que comme suggérées par dei illusions bien étranges, puisque l'Empereur pose « qu'il accepti comme étant d'un frère les assurances qui lui ont été trans mises de la part de l'empereur Alexandre par le comte Balmair ainsi que l'hospitalité qu'il lui offre dans ses Etats » ; puisqui prend comme un fait que l'empereur Alexandre le rétablii-a su; le trône et qu'il lui offre son alliance. Tout en regardant ce; instructions comme une rêverie qui ne ferait point honneur i l'Empereur, on ne saurait en tous cas les tenir que comme un* dictée de premier jet, échappée dans la fièvre, où le prisonniei de l'Europe s'est retrouvé le maître qui lui dictait des lois e dont l'alliance était la plus précieuse garantie des empires.

LE CAS GOL'RGAUD. — PIÈCE XVII 277

sion du renouvellement de mes intentions pacifiques. Après Austerlitz, après Friedland, après Wagram. enfin avant de franchir le Niémen, j'ai offert la paix au roi d'Angleterre.

Toutes mes conquêtes, je les destinais à des arrangements conciliateurs entre tant d'intérêts rivaux, lors de la négocialion pour la paix générale. Mes dépêches à mes ambassadeurs ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet, notamment la correspondance du duc de Bassano avec lord Castlereagh et ma correspondance personnelle avec mon ambassadeur à Varsovie pendant mon séjour à Dresde, avant la campagne de Russie ; il est facile de se la procurer.

Si ^ 'avais eu une autre ambition que celle d'employer l'ascendant de mes armes à la réorganisation de l'Europe dans l'intérêt des nations qu'elle renferme, je n'aurais pas hésité à ratifier par ma signature le projet de pacte secret que m'expédia de Saint-Pétersbourg le duc de Yicence avec la signature ne varietm^ de l'empereur Alexandre, puisque ce traité m'assurait le partage du monde et plaçait siu* ma tête la couronne de l'Empire d'Occident. ()n doit pouvoir s'en procurer la copie dans les archives des Affaires étrangères ou dans les papiers personnels du duc de Vicenee.

Je n'ai jamais fait la guerre par esprit de conquête ; j'ai accepté les guerres que le ministère anglais a soulevées contre la Révolution française.

Jai fait beaucoup de mal à l'Angleterre ; je lui en aurais fait beaucoup plus encore si la guerre avait duré plus longtemps, mais, toujours, j'ai eu une haute estime de la nation anglaise. Malgré le martyre que ses ministres m'imposent, mon estime reste au peuple anglais.

Si Fox avait vécu, la paix eût été durable entre la France et l'Angleterre, car j'ai toujours reconnu à l'Angleterre le sceptre des mers, je voulais seulement qu'un vaisseau français fût respecté sur mer comme un fourgon anglais le serait dans les Etats soumis à mon sceptre : réciprocité entière dans les rapports de ces deux grands peuples entre eux.

Quand jai reçu de la nation française le mandat de la gouverner, j'ai compris la nécessité de mettre son organisation sociale en harmonie avec celle des autres nations de

l'Europe, afin de fermer le gouffre des révolutions et d'opérer la réorganisation de tous en me servant des rois pour satisfaire les besoins légitimes des peuples. Ce système, exécuté avec fermeté, modération et bonne foi, devait avoir pour résultat infaillible daccroitre la splendeur et la sécurité de la royauté, tout en donnant aux libertés publiques toute satisfaction : seulement, son application devait être plus ou moins libérale suivant le degré de développement de l'intelligence et de la civilisation des peuples auxquels il s'appliquerait.

Jamais pensée plus vaste et, tout à la fois, plus royale et plus populaire, ne fut conçue pour la réconciliation des deux grands intérêts devenus ennemis par les effets de la Révolution française : les vieilles royautés et les peuples.

L'oligarchie anglaise s'est laissée aveugler par quelques émigrés incorrigibles ; elle ne m'a pas compris. Elle le regrettera, si elle persiste à, vouloir imposer au peuple français le joug d'une dynastie qui renie toute une ère de gloire immortelle et d'affranchissement du servage féodal.

La Pologne et Constantinople m'ont toujours apparu comme deux intérêts français. La Pologne, parce qu^, aussi longtemps que ce royaume ne sera pas rétabli, l'Europe occidentale serait sans frontières du côté de l'Asie : Constantinople parce que c'est le marais qui empêche de tourner la droite française.

Cependant, ni la question polonaise, ni la question de Constantinople n'étaient insolubles, du moment où je ne voulais pas en faire des annexes de mon empire et que tout ce que je désirais était simplement d'en faire des barrières de sécurité réciproques, comme le Congrès de Vienne loi-squ'il a créé le royaume hollando-belge.

J'ai la conscience de navoir jamais trahi la foi jurée à Tilsitt et à Erfurth. Je rends à l'empereur Alexandre la justice de croire qu'il a été dominé par des circonstances plus fortes que sa volonté personnelle et j'accepte, comme étant d'un frère, les assurances qui m'ont été transmises, de sa part, par le comte Balmain, ainsi que Ihospitalité qu'il m'offre dans ses Etats, en exprimant le regret que je ne la lui ai pas demandée au lieu de me fier à la foi britannique.

ceci bien établi, répondre aux trois questions posées par eet agent par ordre de l'empercu) Alexandre :

i^ L'occupation du duché dOldembourg n'a pas eu Heu par mon ordre. C'est l'initiative du prince d'Eckmûhl qui était, par sa nature, homme de police et de vigueur et qui, sachant que ce duché était l'entrepôt et l'embouchure de l'écoulement des marchandises anglaises en Allemagne, malgré ses quatre vingt mille soldats et ses douaniers, en prit de l'humeur et se persuada qu'il me plairait en occupant militairement le littoral d'Oldembourg par ses troupes légères. 11 savait bien que je me refuserais à autoriser ce manque d'égards vis-à-vis d'une princesse du sang impérial de Russie, mais il espérait que j'accepterais un fait accompli, lorsque j'aurais acquis la preuve de son utilité par l'immense valeur des produits anglais saisis dans le pays d'Oldembourg.

Le maréchal Davout se persuadait que la couronne de Pologne serait un jour sa récompense, parce que je lui avais donné 200 000 francs de rente en Pologne et son ambition interne le poussait à tous les actes qui pouvaient amener une complication dans mes rapports avec le cabinet de Saint-Pétersbourg. Je désapprouvai sévèrement la violation du territoire d'Oldembourg, et j'étais décidé, malgré les grands avantages qu'en retirerait évidemment l'industrie française, à ordonner le retrait de mes troupes, lorsque je fus arrêté par le ton de menace de la note remise à cette occasion par le cabinet de Saint-Pétersbourg, qui demandait l'évacuation immédiate et la cession de Dantzick comme port russe ou ville libre pour le commerce russe, comme réparation de l'occupation du territoire oldembourgeois. C'était évidemment vouloir rompre tout rapport de bonne entente. Du moment où l'honneur fi*ançais entrait en cause, je ne pouvais plus désapprouver le maréchal Davoui, quoi qu'il m'en coûtât.

Si l'intervention de la Russie avait été celle d'un cabinet ami, je lui aurais donné satisfaction complète. Que me faisait, au bout du compte, qu'il entrât quelques marchandises anglaises par le Oldembourg puisqu'il m'était facile de les

saisir à la sortie de ce petit pays t Et puis, moi-même, n'en faisais-je pas entrer en France au moyen des licences ?

Sur la deuxième question, répondre :

Que j'ai prouvé à l'empereur Alexandre ma répugnant à lui faire la guerre et la sincérité de la foi fraternelle que je lui avais jurée à Erfurth, quand je lui ai envoyé le comte de Narbonne, mon aide de camp, pour lui tendre encore une main amie et lui proposer une entrevue qui rétablirait la bonne harmonie entre nous. Ce n'est pas ma faut»' s'il n'a voulu recevoir ni Lauriston, ni Narbonne. Ce n'est pas davantage ma faute si la mission de l'aide de carni» Balacheffn'a pas eu la paix pour résultat. Il est faux que j»' lui aie dit : « 11 est trop tard, le gant est jeté î » puisque, loin de là, j'ai offert de neutraliser Wilma pour y traiter personnellement de la paix avec l'emperein* Alexandre, en lui faisant dire que, du moment où il me ferait donner l'assurance qu'il était disposé à rentrer dans le système continental, il n'y avait plus de questions sérieuses de discii> sions et que mon armée se retirerait derrière le Niémen, si l'armée russe se retirait derrière la Dwina. Poùvais-je faire plus ?

Il est vrai qu'après avoir passé le Niémen à la tête <l' quatre cent mille hommes, j'ai dit dans mon intérieur : « Il est trop tard, le gant est jeté et ramassé. » Mais, du moment où j'avais reçu et écouté le messager de l'empereur, la paix devenait possible et elle aurait été rétablii^ sans qu'une goutte de sang eût été versée, si l'empereur Alexandre l'avait voulue franchement, ou, pour mieux dir(\ s'il avait pu la vouloir contrairement à la volonté de s^ boyards qui, eux, voulaient la guerre à tout prix, par< qu'ils étaient ruinés par le système continental et qu'ilvoulaient, coûte que coûte, vendre leur suif, leiu* chanvre et leur cuivre à l'Angleterre.

En résumé, j'ai fait, malgré moi, la guerre à la Russie, .le savais mieux que personne que l'Espagne était un chancre dévorant qu'il me fallait guérir avant de me lancer dans une lutte terrible dont le premier coup serait donné à cinq cents lieues de mes frontières.

l.a Pologne et ses ressources nétaient que de la poésie dans les premiers mois de 1812. L'empereur Alexandre le sait aussi bien que moi et il ne peut me croire assez idiat pour avoir compté sérieusement sur l'aide d'une armée polonaise.

Sans doute je comptais sur la bonne foi de l'empereur François. Les liens de famille m'ont toujours paru sacrés, et, encore aujourd'hui, je ne puis pas me décider à croire qu'on puisse les rompre sans déshonneur et sans manquer à ce qu'il y a déplus saint pour l'homme. Mais je ne comptais sur la Russie qu'autant que je serais vainqueur. Et certes, je n'avais pas la folie de croire, comme Charles Xll, que je vaincrais la Russie sans d'immenses efforts. Je connaissais la valeur de l'armée russe; la guerre de 1807 m'avait prouvé, du reste, qu'il n'y avait rien à espérer de l'influence des idées françaises sur ces peuplades à demi civilisées. Je ne pouvais pas oublier que, lorsque je parlais de liberté aux serfs polonais, ils me répondaient : « Oui. nous en voulons bien : mais qui nous nourrira ? qui nous logera? qui nous habillera? » etc. J'aime le soldat polonais, mais j'aime avant tout la France et je n'aurais pas fait la guerre de Russie uniquement pour servir les intérêts de la noblesse polonaise et pour faire un Poniatowski roi -de Pologne. Sans doute, la Pologne est la barrière naturelle de l'Europe occidentale contre la Russie. Le rétablissement du royaume de Pologne avec la Galicie, le littoral de la Baltique, était dans ma pensée l'œuvre de ma diplomatie. L'empereur peut se rappeler que ce fut le sujet de nos conversations à Erfurth et qu'il m'offrit alors d'échanger les provinces polonaises contre Constantinople. Dans cette combinaison, la Syrie et l'Egypte auraient remplacé pour la France la perte de ses colonies. Constantinople, qui était en 1811 une difficulté énorme, en esta peine une aujourd'hui.

J'aurais été fou si j'avais fait la guerre de 1812 pour faire une chose que je pouvais avoir comme résultat facile de

Sur la troisième question :

Je désirais franchement épouser la grande-duchesse. Si

le comte Balmain dit vrai, on a indignement trompé la religion de l'emperem* Alexandre et la mienne dans toute cetlr affaire. Il est vrai que j'ai consulté un conseil privé, maicela n'a eu lieu que pour sauver les. apparences du refii> que dictait limpératrice mère et qui déjà commençait u être l'objet des confidences des salons diplomatiques; et seulement quand j'avais perdu l'espoir de ce mariage que mon amitié pour l'empereur Alexandre et ma politique me conseillaient également et que je désirais fort.

En résumé : 1<^ Si l'empereur Alexandre a franchement reconnu que le règne des Bourbons est un état de chose forcé et que ma dynastie est la véritable garantie de l'intérêt royal comme de celui des peuples, il peut compter smla sincérité de mon alliance.

2*^ Si un traité de commerce est le chaînon nécessaire d'un entendement avec l'Angleterre, dire que j'ai toujourété d'opinion d'une réciprocité complète et que, si nous ne nous sommes pas entendus, c'est la faute de l'Angleterre; que d'ailleurs les circonstances ne sont plus les mêmes.

PIEGE N*^ XVUI

EXTRAITS DES DÉPÊCHES DU COMTE BALMAIN AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES SUR UNE COMMUNICATION QUE L'EMPEREUR EUT DÉSIRÉ FAIRE A L'EMPEREUR ALEXANDRE \

Sainte-Hélène, le 15 janvier 1818, n. st.

... On a dit en Europe que lord Amherst. avait remis au Prince Régent une lettre de Bonaparte. Cela est faux. 11 n'y a eu de lettre envoyée de Longwood que celle à lord Liveipool dont il est fait mention dans mon rapport S. 1. n*^ 22. « L'Empereur, me dit Bertrand à ce sujet, a l'àme fière, élevée. Il est entier dans ses opinions et ayant à se plaindre du Prince Régent, il ne s'abaissera pas à lui écrire. C'est à l'empereur Alexandre, si l'occasion s'en présentait, qu'il

i^xtraits des Archives Russes, année 1869.

ferait un tableau de nos malheurs, car il aime ce prince ; il a grande confiance en son secours et lui reconnaît de belles qualités. » Bertrand voulait m insinuer quon me chargerait volontiers d'une lettre pour notre auguste maître, mais je feignis de ne pas deviner sa pensée et je gardai un silence qui les dérouta...

Sainte-Hélène, le 10 avril 1818, n. st. *

. . Ces jours derniers, le comte Bertrand me fit une étrange proposition. En me parlant des souffrances et malheurs de Bonaparte, il me dit tout à coup : « L'Empereur, accablé d'ennuis, traité inhumainement sur ce rocher, abandonné de l'univers entier, veut écrire à l'empereur Alexandre, son seul appui. Chargez-vous de sa lettre, je Ypus en conjure. » Et il fit un mouvement pour la tirer de sa poche.

— Non, lui répondis-je, cela m'est impossible. Ce serait manquer à mon devoir.

— Nullement, reprit-il, car l'Empereur Napoléon fait à l'empereur Alexandre des révélations importantes. 11 ne s'agit pas uniquement de protéger un grand homme opprimé, mais de servir la Russie. On y lira cet écrit avec plaisir, empressement. On en sera ravi. Ne pas l'envoyer à votre cour est négliger, perdre de vue ses intérêts ou plutôt les sacrifier aux Anglais. Je vous observe en outre qu'on a fait de vous un portrait qui va pousser votre fortune.

— Je vous promets, lui dis-je, de rapporter fidèlement à ma cour ce que vous me dites de vive voix. Mais je ne puis me charger d'aucune lettre. Je n'en ai pas le droit et, si je le faisais, on me désavouerait.

— Bah ! s'écria-t-il, on vous désavouera à Sainte-Hélène

On doit se souvenir que Gourgaud a quitté Longwood le 13 février et s'est embarqué pour l'Europe le 14 mars. La première tentative dont Baimaln rende compte est donc postérieure d'un mois au départ de Gourgaud.

pour la forme et, en Russie, on vous récompensera. T -^n sûr. Enfin, pensez-v mûrement. »

Et là-dessus il me quitta.

Sainte-Hélène,, le 11 juillet 1818.

Par le Northinnberland, de la Compagnie des hvi

... Napoléon est indigné que FAutricheeût rappelé son commissaire. Il m'a fait dire par Montliolon quil se réjouissait de me- conserver près de lui ; que j'exerçais sur ce rocher un contrôle indirect et tacite, essentiel à sa sûreté ; quil espérait de la magnanimité de notre auguste maître quil n'abandonnerait pas un prince malheureux ; qu'il le conjurait, parle souvenir d'une ancienne amitié, de l'arracher à cet affreux exil, de lui en désigner un autre moins insalubre : quêtant l'arbitre de l'Europe, il le pouvait aisément et que la po-'' rite la plus reculée admirerait sa conduite noble, subli envers un homme qui a porté la guerre dans le sein de son empire. En même temps, il permit à Montholon de me communiquer divers écrits curieux et intéressants, entre autres:

10 Les anecdotes de son mariage avec Marie -Louise (cette pièce a été insérée dans les journaux anglais ou le sera in samment).

2'=' Une relation de la bataille de Waterloo (celle que le général Gourgaud veut publier en France n'est pas la véritable).

3° Une revue des campagnes du Grand Frédéric (c'est le héros de Napoléon].

4° La Campagne de 1814 et les particularités secrètes de son retour à Paris en 1815.

Pour recueillir et copier tous ces écrits, il faudrait être plus libre que je ne le suis, et de voir les Français à Longwood, et de les recevoir chez moi.

Sainte-Hélène, le 14 août 1818, n. st.

.., Ces jours derniers, le comte Montholon me sollicita avec toutes les instances possibles de me charger d'une lettre de Napoléon à notre auguste maître. « Votre devoir, me dit-il, vous y oblige strictement et vousj trouverez aussi votre avantage. » Je ne lui répondis pas un mot. « Le baron Stûrmer, reprit-il, s'est mal conduit à Longwood. Etant commissaire de famille, il pouvait y jouer un beau rôle. On ne lui demandait que des nouvelles de Marie-Louise et il a refusé d'en donner. 11 est parti sans argent. L'Empereur désirait lui prêter cent mille francs ou lui remettre des mémoires historiques qu'il eût vendu 6 à 7 000 £. Mais il nous témoignait peu de confiance et s'est fait grand tort à lui-même. » On devine aisément ce que M. de Montholon voulait minsinuer en parlant du baron Stûrmer. « C'est, ajouta-t-il, en abandonnant le profit.de nos rédactions à des voyageurs, officiers, marchands, capitaines de Store Ships, que tout passe et s'imprime en Europe. Les Observations sur lè discours de Lord Bathurst y sont arrivées ainsi et nous avons maintenant un manuscrit précieux qu'on veut mettre au jour. Le voulez-vous? On vous l'offre de bon cœur. » Je assurai en plaisantant que, si j'étais en possession des écrits de Napoléon, je les enverrais de suite à l'empereur /Alexandre.

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