‹ Autour de Sainte-HelèneChapitre 5 sur 58 · XXXII AU LECTEUR · texte numérisé non relu

XXXII AU LECTEUR

renoncer, c'est reconnaître que l'Europe a un droit sur lui ; abdiquer son titre, c'est abdiquer sa gloire, c'est renoncer pour son fils au trône qu'il lui prépare. Il est l'Empereur, il reste empereur, ne serait-ce que pour ces deux Français qui demeurent seuls près de lui et qu'il tient debout devant lui, en uniforme et l'épée au côté. Car c'est rester l'Empereur devant l'Europe, et c'est le rester devant la postérité. Et il meurt, l'Empereur.

Mais quelle existence pour ceux qui ont partagé sa prison!

Dans ces recherches Atitoti?' de Sainte-Hélène, j'ai été amené par Le Cas du général Gourgaitd, ce personnage éminemment représentatif de ^'officier de fortune tel que l'ont fait les guerres de l'Empire, à en étudier quelques autres qui ne sont guère moins figuratifs : D'abord Antommarchi dont je n'ai point suivi le rôle à Sainte-Hélène, parce qu'il a été suffisamment mis à jour, mais dont j'ai tenté de reconstituer les aventures à son retour eu Europe, en m'attachant surtout à ce qui lui vaut seulement un peu d'intérêt, V Affaire du masque : c'est le hâbleur corse ; puis ce Piontkowski qui, on ne sait par quelles protections ni par quels moyens, parvint à rejoindre l'Empereur à Sainte-Hélène, y vécut à peu près une année, fut retiré de Fîle on ne sait pourquoi et, depuis lors jusqu'à sa mort, vécut sur son prétendu dévouement. Nul. n'avait tenté

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d'éclaircir ce qu'avait été au juste le Colonel Comte PioîUkowski ; sans me flatter d'être arrivé à saisir cet être mystérieux, j'ai du moins réuni sur lui plus de renseignements qu'on n'avait fait jusqu'ici. Celui-là c'est l'aventurier. EnQn, malgré qu'une publication décevante et creuse ait été faite, presque à son sujet, j'ai voulu recueillir quelques informations sur ce ynarquis de Montchemi^ commissaire de S. M. T. G. à Sainte-Hélène dont la physionomie m'intriguait. C'était justice : Vainement essaierait-on, avec des couleurs empruntées, de peindre un tel personnage ; il faut le voir et Tentendre : C'est V émigré. Il m'a entraîné plus loin que je ne comptais aller, mais c'est que, bien difficilement, trouverait-on son pareil, non pas qu'en 1814, il n'y en eût légion et que je n'en aie rencontré jadis qui lui ressemblaient fort lorsque je regardais les dépêches et les dossiers des diplomates du début de la Restauration, mais qu'on chercherait vainement, avec une telle abondance de renseignements directs et de confessions plaintives, une carrière plus vide, un dévouement plus inactif, une foi plus platonique — et en même temps une plus âpre convoitise d'honneurs et d'argent.

Je sais fort bien qu'en face de ces trois types il en faudrait trois autres, Bertrand, Marchand et Montholon. Pour les deux premiers, je veux

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