‹ Autour de Sainte-HelèneChapitre 6 sur 58 · XXXIV AU LECTEUR · texte numérisé non relu

XXXIV AU LECTEUR

encore espérer qu'on se déterminera à publier leui s souvenirs; pour le troisième, malgré l'abondanc»des documents que j'ai recueillis, il y a encore trop de points douteux et trop d'histoires suspectes. On ne déchiffre point aisément le mystère d'un»' telle vie, la. plus agitée peut-être qu'un homme ait vécue et où, sur tant de ses actes, il s'est ingénié à épaissir Fobscurité.

Quelques études de détail qui ont le même objet, qui portent, soit sur des faits que j'ai essayé (If tirer au clair, comme l'histoire des Lettres des souverains à Napoléoïi, soit sur des figures d'arrièrcplan, comme les Cuisiniers de TEiupereiir, ou cette aventurière de l'Ile d'Elbe, la Comtesse de Rohan Mignac qui trouva encore moyen de se mêler à Sainte-Hélène, complètent cette première série d'études où je souhaite apporter à l'histoire de la Captivité la contribution de quelques éclaircissements et de quelques documents. Je ne dis point que je n'y reviendrai pas : certaines parties du drame me paraissent encore accessibles par des monographies et j'ai déjà recueilli bien des éléments : j'espère qu'il en viendra d'autres. Je dois une partie de ceux-ci aux bontés dont daigne m'honorer S. A. I. le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch de Russie. Grâce à sa haute protection, les archives des Affaires étrangères de Russie ont éh' singulièrement libérales envers moi, et je ne saurais

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sans ingratitude passer sous silence les secours que j'ai reçus de S. Exe. M. Serge Goriaïnow et du prince Galitzyne. Quant aux archives françaises, j'y ai trouva comme toujours un accueil cordial et empressé dont je suis profondément reconnaissant.

Clos des Fées, 15 août 11)08.

au 139-' anniversaire de la naissance du Héros.

AUTOUR

LES MlSSlONxNAlRES DE SALNTE-HÉLÉNE '

Raconter dans le détail ce que furent les six années de la Captivité, je n'en aurais point le temps ici — et nul n'en a les moyens. Tant que les Souvenirs du grand maréchal Bertrand et du valet de chambre Marchand demeureront inédits, une lacune se creusera dans les témoignages français et rendra impossible la critique des sources anglaises . Presque tout ce qui pouvait être déduit utilement des documents publiés l'a été par lord Roseberry . Un Anglais, le premier, a mis en lumière certaines contradictions, suspecté certaines complaisances, formulé un jugement équitable. Pour aller plus loin et faire mieux, il faut attendre.

Mais, si l'on ne doit point songer à un « Sainte-

' Conférence donnée, le 27 mars 11)08, à la Salle de la Société de Géographie, sous les auspices de la Société des Conférences.

2 AUTOUR DE SAINTE-HELEiN E

Hélène vu de Sainte-Hélène », on peut regardei* Sainte-Hélène, d'ailleurs, d'Europe. Non plus alors s'efforcer de suivre les misérables querelles qui s'ag:itent autour du héros, ni les mesquines persécutiond'un geôlier qu'affole sa responsabilité et qui accroît, par ses maladresses, larigueur des ordres qu'il exécute ; non plus s'essayer à dégager la marche de la maladie de consultations médicales dont pas une n'a le caractère scientihque et dont le diagnostic varie, moins selon l'ignorance des praticiens que suivant les instructions qu'ils ont reçues elles intérêts qu'ils servent; mais chercher ce que, d'Europe., on a su de Sainte-Hélène, ce qu'on y a appris du tra itement auquel était soumis le prisonnier, ce que !< souverains et les peuples en ont pensé, sur quels éléments cette opinion s'est formée, quelle répercussion ont eue, sur la destinée du prisonnier, J* récits etles témoignagesde ceux deses compagnon.^ qui l'avaient quitté. ,

Obligé d'aller vite et de franchir en une heure c. six années, je prie que l'on me fasse crédit si j'énonce il quelque moment des faits qui étonnent, si j'allègue des états d'esprit qui surprennent. Jt^ n'avance rien dont je ne sois prêt à fournir les preuves — et dix preuves pour une . Mais ces preuves qui sont, pour la plupart, inédites, au moins eu France, seraient trop longues à présenter et elles ix sauraient trouver place que dans un livre qui ne paraîtra point avant plusieurs mois.

A partir du moment où, cédant à des souvenirs de jeunesse, à de récentes impressions, aux assurances de ses compagnons, aux promesses ambiguës des officiers anglais, Napoléon a mis le pied sur leBei/érophoii et qu'il a disparu avec le navire qui remportait, sa destinée s'est enveloppée, pour les nations d'Europe, d'ombre et de mystère. On a su qu'à cette lettre par laquelle il réclamait l'hospitalité « du plus puissant, du plus constant, du plus généreux de ses ennemis», par laquelle il annonçait qu'il venait, comme Thémistocle, s'asseoir au foyer du peuple britannique, le ministère anglais avait répondu par la déportation dans la plus lointaine et la plus malsaine de ses possessions équatoriales ; mais l'on eût ignoré jusqu'à ce drame suprême si les oligarques avaient pu contenir leurs cris de joie, si les pamphlétaires et les caricaturistes à leur solde ne s'étaient, dans leur triomphe, empressés à célébrer les horreurs de cette île déserte, dont, avec les rats qui y foisonnaient. Napoléon allait devenir le Robinson.

Puis rien . Qu'é tai t-ce même Sainte-Hélène ? A cette page ou, en 1788, le lieutenant Bonaparte, étudiant, à Auxonne, la géographie élémentaire, énumérait les Possessions des Anglais en Afrique, la destinée avait comme arrêté sa main après qu'elle eut tracé ces quatre mots : Sainte-Hélène, jjetite île . C'était alors tout ce qu'il en savait, et, à présent, on n'était guère

mieux instruit. Cet îlot était si loin, si hors du rayon d'action des Français ! Même ceux qui, allant aux Indes, contournaient l'Afrique, évitaient, depuis vingt ans, de passer en vue de cette vigie redoutable (jue l'Angleterre avait dressée sur l'Océan. Quelque chose de grandiose et de sacré s'ajoutait au mystère de ce nom, évoquant à la fois l'impératrice d'Orient telle qu'elleapparaîtdans la splendeurdes mosaïques dorées et l'Invention de la croix d'ignominie sur laquelle mourutun Dieu. Etc'étaitla prison choisie à présent, entre tousleslieuxmalsainsettorrides, pour y déporter le forçat de la Sainte-Alliance. Pour le retenir, ce n'était point assez d'un état-major de geôliers, de deux bataillons d'infanterie, de cinq cents canons, d'une flotte entière : il fallait l'immensité. Ses plaintes, s'il en laissait échapper, se peindraient dans la plainte éternelle des mers, et les flots incorruptibles monteraient autour du rocher une garde plus exacte que l'armée britannique tout entière.

A présent, vers ce point inconnu de l'espace, cinq années durant, rois et sujets ont les yeux braqués; les espérances des uns, les craintes des autres v convergent. La terre a changé d'axe ; un pôle magnétique tire toutes les âmes vers Sainte-Hélène. S'il allait apparaître ; si, comme au l®'" mars 1813, on allait apprendre qu'il est débarqué, qu'il marche. ({u'Il est là, tous les cœurs jetés au-devant de Lui. tous les peuples précipités vers Lui, le héros vengeur des libertés opprimées ! Où qu'il poserait le pied.

LES MISSIONNAIRES DE SAINTE-HELENE o

Amérique espagnole ou portug-aise, États-Unis, Espagne, Italie, Allemagne ou France, le sol tremblerait et Lui fournirait des soldats! Un immense remords étreint les patriotes de toutes les nations ; ils comprennent à présent quelle a été la lutte et de quels intérêts ils ont été les jouets. Ses adversaires les plus acharnés proclament leur repentir. A Son nom seul, les peuples s'émeuvent, comme à Grenoble; et, au nombre des têtes innocentes que tranche le bourreau, on peut mesurer la peur des maîtres. Si le bruit court de Son évasion, écoutez Chateaubriand : « Jeté au milieu des mers où le Gamoëns plaça le génie des tempêtes, Buonaparte ne peut se remuer sur son rocher sans que nous ne soyons avertis de son mouvement par une secousse. Un pas de cet homme à l'autre pôle se ferait sentir à celui-ci. Si laProvidence déchaînait encore son fléau, si Buonaparte était libre aux États-Unis, ses regards, attachés sur l'Océan, suffiraient pour troubler les peuples de l'ancien monde : sa seule présence sur le rivage américain de fWtlantique forcerait l'Europe à camper sur le rivage opposé. »

Ainsi pensent les champions des trônes; ainsi espèrent les champions des peuples. Partout on attend sa venue comme celle du Messie ou de l'Antéchrist : mais il n'est pas un liomme qu'il laisse indifférent, qui no frémisse pour lui d'un amour porté jusqu'au culte ou d'une haine poussée jusqu'à la détesta tion.

Quelque jour on dira la fabuleuse épopée de ces

liommes, dispersés du^çolfe duMexique aux embouchures du Colorado, qui, sans argent, sans navires sans armes, sans contact même des uns aux autres, jetés au milieu de peuples dont ils ignoraient la langue, les coutumes et l'esprit, conspirèrent pouila délivrance du prisonnier ; ici, construisant unf escadrille et formant avec des Français émigrés ou proscrits un bataillon sacré ; là, provoquant les Br*'siliens à la révolution ou s'enrôlant avec les Américains insurgés contre l'Espagne ; partout, s'efforçant, avec une ténacité inventive, à créer des moyen s, à combiner des plans, à imaginer des machines.

Mais si, comme il semble, certains parvinrent, au milieu d'obstacles qui paraissaient insurmontables, à faire passer quelque avis au prisonniei-. même à l'aborder, à l'instruire de leurs projets et à solliciter ses ordres, rien n'en transpira, et le mystère couvre encore leurs desseins, leurs préparatifs, leurs noms même. Nul d'entre eux n'a daigna , après l'échec de ses rêves, révéler ses espoirs, cl €'est là, de la part de ces courtisans de l'adversit»', une des formes du sacrifice les plus impressionnantes et les plus nobles.

Partout, en Europe, l'impatience s'exaspère du mystère dont Napoléon reste enveloppé, du silen<'t' que l'on ordonne sur lui, de l'ignorance oii Ton est Aie ce qui le touche. En France, nul journal ne peut même imprimer son nom. En Angleterre, où l'on est un peu mieux informé, on lit avec avidilé

les Lettres écrites à bord du vaisseau de Sa Majesté le Northumberland et à Sainte- Hélène. Guillaume Warden, chiruro-ien du navire, a employé la traversée à recueillir les confidences des personnes de la suite de l'Empereur qui parlaient angolais ; quant à Napoléon, il ii'a pu Faborder, moins encore lui parler ; mais l'Empereur n'ignorait point qu'il prenait des notes et il a encouragé ses compagnons, Las Cases et les Bertrand, à flatter par des interviews^ comme on dirait à présent, la vanité d'un homme qui, ne manquant pas d'une certaine naïveté, s'est trouvé fort aise d'approcher un grand homme, et qui, par la publication de ses notes, voudra apprendre à ses concitoyens qu'il a eu cet honneur. Par là, des nouvelles filtreront et une première mise au point sera faite vis-à-vis des Anglais. Cela était bien raisonné : en moins d'une année, cinq éditions anglaises et une américaine n'épuisèrent point le succès des lettres de Warden, dont une traduction française parut à Bruxelles en 1817. A la vérité, la plupart des journaux s'indignèrent qu'un officier de Sa Gracieuse Majesté eût parlé de l'Empereur sans l'injurier et (fu'il eût rapporté, sur certains points de son histoire, des versions qui lui parussent favorables ; bien que Warden eût adopté comme épigraphe non ego, sed Democritits dixit, il n'échappa point à un juste châtiment et il fut rayé de la liste des <*hirurgiens de la Marine.

Il n'avait pourtant relaté que de très petits faits

et (les observations très superficielles, des bribes de conversation, des anecdotes controuvées, des noms estropiés ; mais il fournissait un aliment à une curiosité passionnée, qui, chez beaucoup d'Anglais, s'apprêtait à tourner en sympathie depuis que Napoléon leur appartenait. Un tel trophée rehaussait leur victoire, la leur rendait plus sensible et plus glorieuse, et nul détail sur leur prisonnier ne leur devenait indifférent.

D'ailleurs, durant ces vingt ans écoulés, en mêni» temps que l'oligarchie anglaise, poursuivant un but ennobli, sinon justifié, par l'ambition nationale, préparait, par la déchéance du héros et par l'abaissement de la France, la subordination du monde aux intérêts britanniques ; en même temps que. pour une telle lutte, coalisant à sa solde les empereurs et les rois avec les anarchistes et les révolutionnaires, elle usait sans scrupule aussi bien des canons et des baïonnettes que des poignards el des machines infernales; en face d'elle, se perpétuait une lignée forte et glorieuse d'hommes d'EtaL non moins fermes en leur amour pour la patrie anglaise, mais plus scrupuleux en leurs moyen >. moins exclusifs en leur doctrine, plus pénétrés d'humanité, admettant que d'autres nations eusseni le droit d'exister, de grandir, de jouir de la liberle, de choisir leur gouvernement, et reconnaissant que la paix et la bonne intelligence avec elles pouvaieni même profiter à l'Angleterre. Dés qu'ils en avaient eu l'occasion et le pouvoir, ils avaient tenté de

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réconcilier leur patrie et la France consulaire; venus sur le continent, ils avaient appris à estimer Bonaparte, sinon à l'admirer; depuis lors, ils s'étaient efforcés de pratiquer entre les deux nations une entente également honorable à l'une et à l'autre ; ils s'étaient empressés à l'île d'Elbe autour de l'Empereur, et ils avaient achevé de dissiper ainsi leurs derniers préjugés. Cette admirable suite de libéraux conscients, qui, dans la Révolution, n'avaient point vu que des crimes et en Bonaparte qu'un c( aventurier corse », n'était pas si dédaignable qu'ils n'eussent acquis une influence sur une partie au moins de l'opinion, et leur générosité qui, en France, s'était exercée, aux dépens même de la liberté de quelques-uns d'entre eux, en faveur des proscrits, ne leur faisait point envisager comme la conséquence du triomphe britannique la perpétuation d'un système de (calomnieuses attaquescontre le vaincu, d'un système de basses persécutions contre le prisonnier. L'excès des outrages I devait d'ailleurs produire une réaction, et, à force d'avoir été injurié, caricaturé, vihpendé, Little Boney était au moment voulu pour devenir populaire.

Ce que l'opinion attendait pour se déclarer, c'était une parole de Napoléon qui fût une justification et un plaidoyer ; une vue d'ensemble jetée sur sa vie qui en apprît la suite à ceux qui l'ignoraient ; quelque chose comme une confession où les grands accidents de sa carrière, l'ascension et

la chute de sa fortune, fussent présentés sans déclamation, dans une forme brève, personnelle cl pourtant impartiale ; un précis qui exposât, rapprochât, expliquât des faits qui, à la mémoire des hommes, même contemporains, n'apparaissaient que confus, dispersés, revêtus des couleurs dont, les polémiques quotidiennes et les intérêts momentanés les avaient peintes.

Justement alors une brochure parut chez le libraire Murray : Manuscrit venu de Sainte-Hélène iViuie manière inconnue. Impossible d'en méconnaître l'auteur. « Je n'écris pas des commentaires. lisait-on à la première page ; car les événement^ de mon règne sont assez connus et je ne suis pas obligé d'alimenter l'opinion publique. Je donne le précis de ces événements parce que mon caractère et mes intentions peuvent être étrangement défigurés, et je tiens à paraître tel que j'ai été, au: yeux de mon fils comme aux yeux de la postérité, t

Un tel écrit répondait si bien à l'attente univer selle qu'il semblait fait exprès pour la satisfaire En quelques jours, à Londres, les éditions se succé dèrent, bien que le Manuscrit fût en français. NuF ne mit en doute qu'il ne fût de l'Empereur. Ce fut bien mieux lorsque, grâce aux valises diplonuitiques, il eut envahi l'Europe. Comme c'était une rareté, on se l'arracha. A Paris, dans les salons "royalistes, chez la duchesse de Duras, et chez la duchesse d'Estissac, on en faisait avec appareil ' lecture à haute voix devant des auditoires trié

<( Jamais publication de mon temps n'a fait autant d'elïet, a dit M""^ de Boigne. Il n'était pas permis d'élever le moindre doute sur son authenticité, et, plus on avait approché l'Empereur, plus on soutenait Fouvrage de lui. » Tout le monde concluait à la façon de ce Russe, Fedor Golovine, qui se piquait de littérature : « Candide n'est pas de Voltaire, si ceci n'est pas de Buon aparté. »

La magistrature, qui est infaillible, le proclama solennellement en condamnant à la destruction le Censeur européen où Comte et Dunoyer avaient eu l'audace d'imprimer le Manuscrit à titre de document : tribunal correctionnel, Cour royale, Cour de cassation, la magistrature à tous les degrés se porta forte que la brochure était de Buonaparte et qu'elle outrageait le roi.

Des gens avisés en suspectaient bien l'authenticité, publiaient bien en réponse des articles et des brochures, mais ces critiques et ces invectives, dont le public suspectait le désintéressement, ne faisaient qu'accroître sa curiosité et sa passion pour un livre aussi violemment attaqué.

Les éditions clandestines imprimées en Belgique, ai partout où l'on disposait secrètement d'une presse et de caractères, ne suffisaient point à l'émotion générale : nul livre, depuis des temps très reculés, peut-être depuis l'iavention de l'imprimerie, ne fut autant de fois copié à la main. C'est par milliers <[Li'on en trouve des copies. Chaque semaine, à présent, on en propose à ceux qu'on sait rechercher

les vieux papiers, et toujours le possesseur rapporte ou imagine des circonstances romanesques qui ont mis entre ses mains le plus précieux dt'> documents, la vie de l'Empereur écrite par luimême. Et de très grands savants, des historiens hors de pair y ont été pris. Traduit en toutes les langues, constamment réimprimé, au point que Its éditions contemporaines ne sauraient en être comptées, puhlié hier encore en feuilleton dans un journal des Etats-Unis, le Manuscrit venu de Sainte-Hélène est devenu comme un évangile, et, ainsi qu'il convient, il est apocryphe.

Pour se distraire, durant un séjour à la campagne, un Genevois qui avait des lettres et qui avait suivi les événements de son temps, M. Lullin de Châteauvieux, s'était amusé à ce pastiche, et, pour en voir l'efïet, l'avait, cTune manière mconmie^ fait parvenir à l'éditeur Murray. Et la hombe a éclaté. Les aveux grotesques, les erreurs llagrantes, les apologies royalistes, les ironies qui veulent être fines, la méconnaissance ducaractei c de l'Empereur, tout disparaît, balayé, avec les chausse-trapes, par le vent d'enthousiasme qui mue ces pages mystificatrices en un livre sacré et (jui, de ce corps pour la première fois donné à l'histoire éparpillée de l'Homme, fait jaillir la Légende. Cette origine qu'elle prend explique bien des altérations que la vérité a subies ; le caractère réel de d'Empereur en est resté faussé; combien de gens ne se doutent pas qu'ils suivent

encore les errements de Lullin de Chàteauvieux ! S'il était philosophe, ce Lullin, et s'il liaïssait TEmpereur, comme il sied à un bon Genevois, qu'il a dû s'amuser ! De son ermitage aux bords du Léman, il a suivi des yeux la trajectoire de cette bombe 5 il en a entendu l'explosion ; il en a recueilli les retentissements par l'Europe : enthousiasme des napoléoniens, colère des royalistes. C'est une apologie, disent les uns ; c'est un pamphlet, disent les autres ; on se querelle sur l'authenticité ; tout le monde, et Napoléon lui-même, cherche le mot de l'énigme : C'est Maret. — Non, c'est un conseiller d'Etat. — Non, c'est M™^ de Staël, c'est Benjamin Constant, c'est l'abbé de Pradt, c'est Sieyès, c'est un sieur Bertrand, parent de Siméon, c'est tout le monde et ce n'est personne. Car Lullin se tient coi, il laisse dire, il n'avoue ni ne réclame, il assiste au spectacle sans mettre personne dans son secret ; il se tient à cette jouissance, autrement délicate qu'une tapageuse renommée d'un jour, de regarder la fortune que fait son libelle, l'influence qu'il exerce sur le monde, les conséquences qu'il portera dans l'avenir, d'être Tunique à savoir le pourquoi des choses, de comparer à part soi la cause à l'effet et de rire solitairement des hommes.

L'almosphère était créée, la légende était en

marche; pour que Napoléon en profitât, pour que l'opinion imposât quelque adoucissement à captivité, il suffisait d'une occasion : ce furent J' ministres anglais qui la fournirent.

Leur prisonnier leur coûtait cher; tout, mênif les denrées les plus communes, étant apporté du cap de Bonne-Espérance ou d'Europe, la vie d'un Européen à Sainte-Hélène atteignait des prix qui -sembleraient incroyables si les commissaires (\<'> puissances alliées ne les attestaient unanimemeni Napoléon ne demandait pas mieux que de payti' une partie au moins de ses dépenses, mais il st> refusait à dire d'oij il tirerait ses fonds; car on eût aussitôt confisqué ses capitaux. Il avait subsish' jusque-là sur des emprunts faits à Las Cases et à Bertrand — à celui-ci surtout qui avait placé sa fortune presque entière en Angleterre ; puis, sur la vente d'une portion de son argenterie brisée; mais c*s moyens s'usaient, et, d'ailleurs, le gouvernement anglais, sans voir combien cette question de gros sous était misérable pour ceux qui la soulevaient, trouvait exorbitant ce qui restait à sa charge. Pour le restreindre^ il s'était déterminé à diminuer le nombre des compagnons ou des domestiques de l'Empereur. Au premier qu'ils avaient désigna . nulle objection ; c'était un Polonais, nommé Piontkowski, que Napoléon ne connaissait point et n'avait point demandé, que les ministres anglais avaient envoyé à Sainte-Hélène on ne sait pourquoi, qu'ils rappelaient de même et qui, durant son séjour

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inexpliqué, s'était rendu suspect aussi bien aux Français qu'aux Anglais. Pour démêler des mensonges et des hâbleries dont Piontkowski est coutumier uneparcelle de vérité, il faudrait beaucoup de temps et cela serait de pure curiosité. Il suffit de dire que, par ordre, le grandmaréchal lui délivra, presque comme aux domestiques renvoyés en même temps, un livret sur lequel il recommanda seulement aux parents de l'Empereur qu'ils reconnussent Piontkowski dans le grade de chef d'escadrons et qu'ils lui comptassent une gratification d'une année de ses appointements. Piontkowski reçut pour instructions — au moins à ce qu'on peut croire, car lui qui parle de toutes choses reste muet sur ce point, le seul intéressant — de s'aboucher, lors de son arrivée a Londres, avec le comte Lieven, ambassadeur de Russie, et de lui remettre copie de la protestation, en date du 18 août 1816, que l'Empereur avait adressée, sous forme d'une lettre signée par le comte de Montholon, au gouverneur anglais contre le traité du 2 août 1813 qui le constituait prisonnier des cinq puissances coalisées et qui confiait sa garde au gouvernement britannique \

En même temps, trois domestiques avaient été désignés pour partir : le second piqueur Archambaud jeune et l'argentier Rousseau, qui furent

* On trouvera plus loin une étude sur Piontkowski, où, sans avoir la prétention d'éclaircir tout de ce personnage mystérieux, j'ai du moins réuni sur son compte plus de notions qu'on n'en avait jusqu'ici.

chargés par l'Empereur de porter de ses nouvellesau roi Joseph, heureusement arrivé aux Etats-Unis, et l'huissier delà Chambre, Giovan-Natale Santini, qui reçut une mission plus importante.

Ce Santini, qui avait servi aux Tirailleurs corses de l'an XI à 1812, et qui, ensuite, avait été employé comme estafette au grand quartier général, avait spontanément suivi à l'île d'Elbe l'Empereur qui le lit huissier-gardien du portefeuille. De là à Paris, où il eut le même emploi : puis àRocheforL à Plymouth, à Sainte-Hélène. N'ayant plus de portefeuille à garder, il passait ses journées à la chasse, se montrait peu accommodant vis-à-vis des Anglais, et, par attachement pour son maître, il eût volontiers exercé la vendetta contre le gouverneur, sans même la déclarer. Dangereux là, il . pouvait être utile ailleurs. Comme il savait à peine î lire et moins encore écrire, on lui apprit mot à mot la protestation de TEmpereur, jusqu'à ce qu'il la récitât d'une façon imperturbable. On lui en remit de plus une copie écrite à l'encre de Chine sur des bandes de satin blanc, faciles à dissimuler. On s'en rapporta à lui pour le meilleur usage à en faire, soit en Angleterre, s'il en trouvait Toccasion, soit en Itahe, s'il parvenait jusqu'aux parents de : l'Empereur.

Fouillés infructueusement à leur sortie de Loni:wood, transportés au Cap, où, pour un temps plus ou inoins long, devait obligatoirement être gardé en observation toutFrançais qui quittait l'Empereur, les

({uatre serviteurs furent, après deux mois d'attente, embarqués sur l'Orontes, venant de l'île de France. Ils relâchèrent le 31 décembre 1816 à Sainte- Hélène, où on ne leur permit point de profiter des provisions que leur maître leur avait envoyées, et, le 12 février 1817, ils débarquèrent à Portsmouth. Pendant que Rousseau et Arcliambaud repartaient aussitôt pour les Etats-Unis, Santini s'empressa de demander, à destination de Rome, un passeport qui lui fut accordé et, pour attendre une occasion^ il se rendit à Londres. Piontkovvski y était déjà; il avait, semble-t-il, obtenu une audience du comte Lieven, auquel il avait, à Ten croire, remis la protestation de l'Empereur, toute autre chose, à en croire Lieven, mais là s'était borné son zèle. Il trouvait plus avantageux de se prodiguer dans les sociétés, affublé d'un titre de comte et d'un grade de colonel qu'il s'était donnés, d'accepter les dîners auxquels on le conviait, de s'y poser enmni de Napoléon, de rouler carrosse et de prodiguer Fargent, car, par chaque courrier, il recevait de généreux anonymes des bons de 5, 20 et 30 livres, qu'il encaissait aussitôt. Les gens de poids le tenaient pour un aventurier, mais les autres le prenaient au sérieux, et il en profitait.

Santini, durant ce temps, manœuvrait à la muette. Ayant su d'un Italien de sa connaissance, rencontré dans une rue de Londres, quel rôle sir Robert Wilson avait joué dans l'évasion de Lavallette, il se procura son adresse, alla le trouver, et

lui communiqua la protestation de l'Empereur. Wilson le conduisit chez lord Holland, puis chez l'éditeur Ridgway, qui. lui fournit un homme de lettres pour mettre ses récits en anglais. Le 13 mars 1817, en même temps que tous les jouinaux d'opposition reproduisaient la protestation <1h Napoléon, paraissait une brochure : Ajipel à la Aiation anglaise sur le traitement éprouvé par V empereur Napoléon dans ïîle de Sainte-Réléne, par M. Santini, huissier ducabinet de rEmpereur,etloi d Holland s'apprêtait à interpeller le ministère à hi Chambre des lords. Lord Holland s'est défendu d'avoir été déterminé par les récits de Santini : « Ma motion, a-t-il écrit, n'avait aucune connexité a\ ce pamphlet ou son auteur. » Sans doute, un pair du Royaume-Uni, même lorsqu'il s'est appelé Fox. ne sauraitformer ses résolutions sur les confiden< d'un domestique ; mais n'est-ce point là une vanité puérile, lorsque, grâce à ce domestique, on inscrit son nom dans l'histoire de Napoléon, à une pai:c restée blanche : celle de la généreuse pitié envers le vaincu ?

Le retentissement de la motion de lord Holland fut immense. En répondant, lord Bathurst ne put nier les vexations exercées par son agent contre le prisonnier ; il ne put nier que l'Empereur se disait malade, qu'il l'était peut-être et qu'il était médiocrement soigné ; il contesta bien des points ; il ergota, disputa, mentit, se rendit insolent et chercha des suffrages par des violences d'outrage, — ce qui est

d'une tactique courante^ — mais, se rendant compte que l'opinion tournait, il laissa entendre qu'au moins des adoucissements seraient apportés aux mesures imposées par le gouverneur, et il en donna personnellement l'assurance à lord Holland.

Par les voies les moins favorables et les plus inattendues, la vérité se faisait jour. Une lettre que le marquis de Montchenu^ commissaire du roi de France à Sainte-Hélène, avait écrite à un de ses amis et où, au milieu d'invectives contre Buonaparte, il attestait la désolation et l'insalubrité de l'île, le prix fantastique de tout ce qui était nécessaire à la vie, était, on ne sait comment, mise en circulation, copiée par des milliers de fidèles et reproduite dans les journaux anglais ^ Les membres d'une ambassade anglaise à la Gbine, qui, au retour, avaient relâché à Sainte-Hélène, et qui avaient été admis auprès de TEmpereur, s'empressaient, dès leur arrivée, de faire leurs confidences au public.

L'opinion anglaise, toute disposée, à présent, à trouver du génie à l'homme que l'Angleterre avait vaincu et à en accroître son orgueil, s'indignait de la dureté du gouvernement, de la stupidité grossière du geôlier, et elle faisait reculer les ministres qui se cherchaient presque des excuses. D'Angleterre, ces nouvelles sautaient le détroit, se répandaient

^ Voir ci-dessus le texte de cette lettre dans l'étude que j'ai consacrée au Marquis de Montchenu.

par la France, gagnaient l'Italie et l'Allemagne, la Russie même. Partout, malgré les douanes et les censures, on parlait de Lia, on plaignait ses souffrances, on s'attendrissait sur sa captivité. Des poètes mineurs s'enhardissaient à mettre sa gloire en des chansons que les peuples répétaient. C'est ainsi que s'inaugurent les épopées.

Devant ce mouvement d'universelle pitié pour le captif, que menaient dans l'Europe entière 1» s libéraux, mais auquel accédaient des monarchis convaincus, les alliés prenaient quelque honle d'avoir ainsi abandonné à l'Angleterre le prisonnier de la Sainte-Alliance. Les rapports qu'ils recevaieiil de leurs commissaires à Sainte-Hélène leur prouvaient que rien n'était exagéré, ni de la suffisante sottise du geôlier, ni de l'insalubrité du climat, ni de la cherté et de la difficulté de vivre. De tous les côtés à la fois, l'on apprenait que l'Empereur était malade, très malade; malade du chmat que nid Européen ne pouvait supporter longtemps, malade de la claustration à laquelle sa dignité le condamnait; que peut-être il allait mourir. Et la responsabilité de c€tte mort pesait sur eux.

Au moment où ces impressions qui avaient déjà fait admettre des facihtés dans les relations entre le prisonnier et sa famille, pour les envois de fonds. de lettres, de provisions, de vêtements et de livres^

LES MISSIOJ^NAIRES DE SAINTE-HÉLÈNE 21

allaient s'accentuer peut-être jusqu'à produire des résultats plus sérieux, le général Gourgaud arriva à Londres.

A la suite de déplorables incidents qu'on a vainement tenter de pallier et qu'il faudra raconter un jour, le premier officier d'ordonnance s'était séparé de l'Empereur et avait quitté Longwood le 13 février 1818. Il avait été accueilli avec empressement par le gouverneur et par les commissaires alliés et constamment fêté par eux. Il avait beaucoup parlé, — beaucoup trop, — donné à lire ses notes et ses lettres. Il avait dit que l'Empereur se portait à merveille, que toutes les plaintes qu'il faisait sur [sa santé étaient une comédie; il avait dit que l'Empereur avait à sa disposition des sommes considérables et que tout ce qu'il alléguait au sujet de sa pénurie était une comédie ; il avait dit que l'Empereur pouvait s'évader quand il voudrait et qu'il correspondait comme il voulait avec qui il voulait. Il avait raconté toutes les querelles , et même la chronique secrète de Longwood. Il n'avait point fait à Hudson Lowe seulement ce que lord Bathurst appelle sa confession ;\\ l'avait faite au commissaire autrichien Sturmer, qui, aussitôt, en avait donné part au Russe et au Français.

Le 14 mars, dispensé par exceptionnelle faveur du stage obligatoire au Cap, Gourgaud s'embarque pour l'Angleterre : il emporte des lettres qu'Hudson Lowe lui a remises pour les ministres et pour

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cinq ou six de ses amis personnels, des lettres de Montclienupourrambassadeur de France à Londres, le marquis d'Osmond, des lettres de Balmain pour le comte Lieven. Hudson Lowelui a.preté 100 livres, mais TEmpereur lui a envoyé 12 000 francs et lui a assuré ci-devant une pension annuelle de 12 000 francs avec les moyens d'en toucher les arrérages.

Le l^"" mai, il est en vue de Plymoutli; le 8, il est autorisé à débarquer à Gravesend, et, le même jour, il est à Londres. Sa première visite, le 9, est pour le sous-secrétaire d'État aux Colonies, M. Goulburn, auquel il renouvelle sa confession et qui rinvite à dîner. Sa seconde visite est pour le marquis d'Osmond. Ne l'ayant point trouvé, il retourne chez lui le 10. Il a avec lui une conversa* tion de quatre heures. A la fin, il annonce son désir de rentrer en France, son intention de reprendre du service, mais ce ne serait que comme général. Or, les Bourbons n'ont point reconnu les grades donnés par Napoléon durant les Gent-.Tours, et le colonel Gourgaud a été promu général de brigade trois jours après Waterloo, le 21 juin 1815.

Plus tard, beaucoup plus tard, quand se furent évanouies les espérances qu'il avait fondées sur les acquiescements courtois du marquis d'Os-! mond, Gourgaud s'aperçut qu'il avait fait fausse route. Il chercha à se réhabiliter aux yeux des libéraux anglais et des exilés français et à tirer parti des dictées sur la campagne de 1815 qu'il

avait emportées de Sainte-Hélène; pour en assurer le lancement et pour donner un gage, il écrivit à rimpératrice Marie-Louise une étrange lettre qu'il rendit publique, h' Allen Bill \\x\ fut alors appliqué sur la demande de l'ambassadeur de France et il fut transporté à Cuxhaven, d'où il se rendit à Hambourg-. De là, il réclama au prince Eugène, chargé des fonds de l'Empereur, les arrérages de sa pension de 12 000 francs, à compter de 1817, date où Tordre en avait été écrit : ces arrérages [lui furent régulièrement payés et le capital conso— jlidé de sa pension lui fut même versé par le prince Eugène en janvier 18^22 : il avait, dès le 20 mars 1821 — quatre mois avant qu'on connût la mort (1(^ l'Empereur, — obtenu de rentrer en France. Ceci n'importe.

i Le mal était fait, il était irréparable. Les efforts 1 de la pitié universelle, les supplications d'une mère, jles témoignages des fidèles, tout devait échouer \ contre ces allégations de Gourgaud. Là contre va

Sf»

briser l'actif dévouement de Las Cases.

Las Cases, enlevé avec son fils de Longwood, j le 25 novembre 1816, pour avoir, maladroitement I peut-être, tenté de faire passer en Europe quelques \ lettres où il rapportait, non sans violences litté-- 1 raires, les détails de la captivité, s'est consulté

avec lui-môme lorsque le gouverneur, comprenant quel effet produirait en Europe la contrainte exercée à regard du seul homme dont la société fût agréable à l'Empereur, lui a proposé, moyennant certaines conditions, de retourner près du captif. Las Cases a senti la nécessité que Napoléon ait en Europe un interprète autorisé qui parle et écrive : un commissionnaire qui réunisse les fonds nécessaires, les objets utiles, et les fasse passer à Sainte- Hélène, qui s'institue Fintermédiaire entre l'Empereur et sa famille et qui s'ingénie à procurer les adoucissements souhaitables, et à disposer l'opinion. Ce que Santini exécute à la même époque presque inconsciemment, par la seule puissan( e de son dévouement, Las Cases rêve de l'accomplir par ses écrits et par son action. Qu'il voie la gloire d'un tel rôle, qu'il escompte l'immortalité qui s'attachera ainsi à son nom, qui le lui reprochera ? L'illustration qu'on acquiert par la fidélité aux vaincus, par le zèle désintéressé pour les servir, n'est point pour tenter les âmes communes. Issu d'une des maisons les plus anciennes de l'Andalousie, descendant directement de ce Charles de Las Cases qui, ayant accompagné en France la reine Blanche de Castille, s'y établit, acquit de grandes terres et y fit souche, allié à ce qui est le mieux en noblesse, marié à une femme digne de lui, ayant fait, durant son émigration comme au Conseil d'Etat, ses preuves d'intelligence et d'ha- Ijileté, Las Cases eût pu tout demander au roi res-

taure et tout en obtenir : il a préféré Texil et la captivité avec celui qui lui a inspiré la plus profonde des admirations et le dévouement le plus entier. Mieux qu'à Sainte-Hélène, il croit pouvoir à présent le servir en Europe. Il se résigne à y venir, écliangeant ainsi la captivité contre la proscription.

Mais Hudson Lowe a eu vent de ses desseins et il sait en retarder au moins les effets. Parti de Sainte-Hélène le 31 décembre 1816, débarqué au Cap le 17 janvier 1817, Las Cases y est retenu pendant huit mois, jusqu'au 20 août, bien moins par les ordres du ministère que par les suggestions du gouverneur de Sainte-Hélène. D'Angleterre où, le 15 novembre, on ne lui permet point d'atterrir, il doit prendre sa route par la Belgique où on ne le laisse point résider, pour Francfort-sur-le-Mein, où il arrive malade, épuisé, presque aveugle, le 11 décembre. Surveillé par les représentants de toutes les puissances, persécuté par le ministre du roi de France à Francfort, ce Reinhard dant le zèle royaliste surpasse l'ancien zèle républicain ou bonapartiste. Las Cases paraît redoutable parce qu'il est fidèle. Au reste, dès qu'il a obtenu une autorisation de résider, il s'emploie avec une admirable activité à la mission qu'il s'est assignée. Recueillir des nouvelles de la Famille et les expédier à Sainte-Hélène, constituer un fonds pour les besoins du prisonnier, attirer Tattention des puissances sur la situation qui est faite à l'Empereur,

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y obtenir des adoucissements et, s'il est possible, déterminer les souverains, et celui en particulier qui passe pour le clief de la Sainte-Alliance, à désigner un autre lieu de déportation, tel est le travail auquel il s'applique durant les premiers mois de 1818 : le moment semble propice. Uti congrès va s'ouvrir à Aix-la-Chapelle; les empereurs et les rois s'y rencontreront ; pourront-ils résister aux supplications d'une mère et à la pression de l'opinion ?

A vrai dire, les choses n'étaient plus au point où Las Cases les eût trouvées s'il fût arrivé en Europe, comme il avait dû raisonnablement l'espérer, au début de 1817, tout de suite après Saiitini. En Angleterre, la curiosité commençait à se blaser. Si les lettres de Warden y avaient retenti, si les pamphlets de Santini avaient trouvé de l'écho même à la Chambre des lords, si le Maiiuscrit surtout avait été dévoré dans l'Europe entière, la première publication qu'on pût authentiquemeiif attribuer au prisonnier de Sainte-Hélène : les Lettres du Cap de Bonne-Espérance ^ en réplique à M. Warden^ n'avaient point fait tout le bruit qu'on en pouvait attendre, malgré le sous-titre engageant : acec des extraits dit grand ouvrac/e ^naiiitenant en cours pour la publication, sous l' inspection de Napoléon. On n'en était plus à Warden. Sans doute la presse anglaise s'était occupée des Lettres du Cap, et le Times leur avait consacré quatre grands articles, mais les éditions ne s'enlevaient point. 11

fallut près de deux années pour qu'elles francliissent la Manche et trouvassent en Belgique des presses complaisantes. D'autres pamphlets laissaient le puhlic presque indifférent : ainsi le Manuscrit de lile ctElbc^ les Lettres de Sainte- Hélène y les Observations sur le discours de lord Bathurst. La spéculation était encore honne pour O'Meara qui s'était fait le pourvoyeur du libraire Kidgway ; mais la continuelle répétition des mêmes griefs lassait, et les pages élincelantes du Manuscrit de Vile d'Elbe étaient peu ou point comprises.

S'il était ainsi du public anglais, en Europe l'opinion fermentait de plus en plus ; mais ce n'était point à Napoléon empereur qu'elle s'attachait : c'était au général, au consul, au défenseur de la Révolution française, à la Révolution même, à ses doctrines et à leurs effets. Les nations, opprimées depuis 1815 par ceux qui, au nom de la liberté, les avaient précipitées sur la France, se tournaient vers celui qui, dans l'Europe presque entière, avait inauguré, par ses constitutions, ses codes, son administration, un ordre nouveau. Les souverains de la Sainte-Alliance voyaient se dresser du fond de l'Océan celui qu'ils avaient cru terrasser et leurs peuples frémissaient à son nom de criminelles espérances. Que viendrait-on leur parler à présent d'adoucir sa captivité? Depuis le mois de mai 1818, n'avaient-ils point, contre tout ce qu'allégueraient les parents ouïes amis de TEm-

28 AUTt-UR DE S AINTE-HELE.XE

pereur, une réfutation toute prête : les déclarations de Gourgaud?

De cela, ni Las Cases, ni les Bonaparte dont il s'était fait Tavocat, ne pouvaient se douter. Le Congres était réuni : Madame-mère était désignée pour y porter ses plaintes et ses prières. Elle le fit en des termes qu'elle n'eût vraisemblablement point choisis et qui paraissent un peu littéraires ; mais la lettre qu'elle signa était belle et noble. Las Cases crut devoir y joindre des lettres en son propre nom : ce qui était excessif.

La Russie se chargea de répondre. 11 faut lire Fannexe au protocole 31 du Congrès, en date du 13 novembre 1818, et le protocole 42, en date du 30 novembre : pièces essentielles qu'on ne peut que résumer ici.

Rien ne doit être changé au traitement du prisonnier, le général Gourgaud ayant « révélé des particularités qui ne pouvaient manquer de fixer l'attention des alliés ». Et voici ces particularités : « Napoléon, selon lui, n'excite envers le gouverneur de Sainte-Hélène toutes les tracasseries dont il le fatigue que pour mieux cacher ses véritables desseins. Les correspondances secrètes avec l'Europe et le trafic d'argent ont lieu dans toutes les occasions qui se présentent. Le projet d'évasion a été agité par les gens attachés à sa suite et il aurait été exécutable si leur chef n'avait pas mieux aimé le différer. Le moment de l'exécution de ce projet devait coïncider avec celui de l'évacuation du ter-

LES MISSIONNAIHES DE SAINÏE-HÉLÊN E 29

ritoire français par les troupes alliées et avec les troubles que cet événement devait faire naître. »

Comme le Congrès a pour objet principal de combiner des mesures de salut européen « contre tout ce résidu criminel des temps révolutionnaires » ; comme Napoléon Bonaparte est le chef incontesté « des ennemis de Tordre » ; comme « l'odieux que les révolutionnaires de tous les pays cherchent à jeter sur la mesure de sa détention, quoique autorisée par la justice et commandée por la nécessité », devient pour eux comme « un mot de ralliement », il n'y a ([u'à approuver toutes les mesures restrictives prises par le gouvernement anglais, à recommander une surveillance de plus en plus étroite, à interdire, comme attentatoire à la sûreté européenne, « toute correspondance avecle prisonnier, envoi d'argent ou communication quelconque qui ne serait pas soumise àl'inspection du gouvernementbritannique ou de ses commissaires. »

C'en est fait; la porte de la prison est murée; désormais le prisonnier de l'Europe ne peut plus être délivré que par la mort.

Ce n'est point sa santé qui peut émouvoir. Des lelGmai 1818, lordBathursta écrit à HudsonLovve : « J'ai tout lieu de croire, d'après les informations données par le général Gourgaud à M. Goulburn..., que la santé du général Buonaparte n'a en aucune manière souffert de sa résidence à Sainte-Hélène ; que l'enflure des jambes n'a été ni plus fréquente

âO AUTOUR DE S AINTE-IIJgLE.N E

ni plus étendue qu'elle ne l'était parfois antérieurement et cFliabitude, et que les rapports de 31. O'Meaia sont très mensongers. » C'est la condamnation sans appel d'O'Meara : il devra être chassé de Sainte-Hélène. Napoléon, parmi les médecins anglais, n'a confiance qu'en celui-là; il n'adni •! point qu'on lui en impose un autre. Eh bien î il passera de médecin. Aussi bien, il n'est pas malade.

Ill'est pourtant, O'Meara le certifie, mais puisque O'Meara est un menteur! Lorsque, à partir du 17 août, commencent à paraître dans le Morninri Chronicle les documents relatifs à sa querelle av.c le gouverneur, qu'il a envoyés de Sainte-Hélèn lorsqu'on octobre, lui-même, arrivé àLondres, réunit ces pièces en brochure sous le titre : Exposé des événements arricés à Sainte-Hélène depuis la nomination de sir Hudson Lowe, il faudrait, pour jugtila cruauté des hommes qui ont enlevé à Napoléon le seul médecin qu'il veuille consulter, admettre ce j90.s7^?fto«m qu'ilest malade. Mais puisqu'il n'estpoint malade ! C'est une faute contre Thonneur, presque un crime de lèse-majesté, de déclarer qu'il le soit : lorsque, le 17 janvier 1819, sur une crise plus violente que les autres et qui paraît suprême, le grand maréchal Bertrand, ne pouvant se résigner à laisser son maître mourir sans secours, se détermine 'i demander au gouverneur que le docteur Stok( médecin du vaisseau-amiral le Conquero7\ dont Ô'31eara a garanti les talents et la discrétion, vienne

visiter rEmpereur; lorsque Stokoë constate la gravité du cas et qu'il prétend remplir son devoir en honnête praticien et en brave homme, le gouverneur lui fait le même sort qu'à O'Meara — pire même. Incapable de se prêter à ce que qu'Hudson Lowe a exigé de lui ; pris entre sa conscience et des menaces de conseil de guerre, Stokoe a allégué sa santé, il a obtenu un certificat de maladie et il est parti pour l'Angleterre. A peine y est-il arrivé que, sur la demande d'HudsonLowe, on le renvoie à Sainte-Hélëne où Tamirauté ordonne qu'il soit jugé « pour avoir fait des rapports mensongers ». Il est jugé sur de faux témoignages, par desjuges qui se sont rendus ses accusateurs, et il est condamné à être rayé des contrôles.

Ces médecins anglais qui diagnostiquent unanimement une hépatite chronique du caractère le plus grave ne peuvent être que séduits ou achetés par Napoléon. Bathurst et Goulburn, l'empereur Alexandre et l'empereur François ne sont pas si sots que de s'y laisser prendre. Napoléon n'est pas malade. G ourgaud l'a affirmé. Cela suffit.

Toutefois, aux yeux de l'Europe et de la postérité, les geôliers ne veulent point assumer le rôle qu'ils jouent réellement. La pudeur exige qu'on paraisse donner des soins au prisonnier, qu'on paraisse lui rendre un médecin puisqu'il en réclame

32 AUTOUR DE SAIîs'TE-lIÉLÈrs E

un; et comme aussi — pour achever la comédie sans doute — - il demande un prêtre catholiqu» , n'y en ayant pas à Sainte-Hélène, les souverains réunis en Sainte-Alliance, sous Finvocation de la Très Sainte Trinité, ne peuvent le lui refuser : d'ailleurs, c'est le pape môme qui s'est fait i'i l'avocat de Napoléon.

Formulée le 22 mars 1818, au lendemain du jour oii le gouverneur a interdit à O'Meara l'entrée de Longwood, la demande de l'Empereur a été accueillie le 10 août par le g"ouvernement anglais. Lord Bathurst a laissé au cardinal Fescli, agissant au nom de Madame-mère, le choix d'un prêtre catholique romain et d'un médecin français d'ime réjmtation établie : on pourra ésfalement envoyer un maître d'hôtel et un cuisinier pour remplacer un mort et un rapatrié. Pour le médecin, un choix paraissait s'imposer : celui du praticien distingué qui, après avoir suivi l'Empereur durant la campagne de 1814, l'avait accompagné à l'île d'Elbe, avait rempli pendant hs Cent- Jours les fonctions de premier médecin, et n'avait renoncé au voyage de Rochefort que sur Tinjonction formelle de son maître, à cause du mandat de Représentant qu'il avait à remplir. Non seulement Foureau de Beauregard se tenait aux ordres de l'Empereur, mais, pour être plus à portée de les solliciter et de les recevoir, il était venu en Italie servir dans la maison d'un des Bonaparte. Sa nomination ne faisait doute pour aucun des lidèles. Fesch en décida autrement : il désigna un jeune homme

LES MISSIONNAIRES DE SAIiNTE-HÉLÈNE 33

orse, point docteur, pas même médecin, employé

n second dans Facadémie chirurgicale de Florence

>ii il répétait Tanatomie. De même, point de prêtre

pançais : un Corse, de soixante-cinq ans, ancien-

lementcuré au Mexique, venu en 1814 de Corse à

île d'Elbe pour y être aumônier de Madame-mère,

\t, en cette qualité, l'ayant suivie à Paris. Il avait

éjà subi une ou deux attaques d'apoplexie et

parfois il ne pouvait pas s'exprimer )). Vu les

nfirmités de ce Buonavita, Fesch lui adjoignit un

mtre prêtre corse, très jeune, sur lequel il n'avait

)ris aucun renseignement. La princesse Pauline,

j'étant réservé le choix du cuisinier, a donné le

ûen, ancien page de cuisine aux Tuileries, et le

maître d'hôtel est aussi un ancien serviteur de la

tani ille .

j Les décisions prises par Fesch et confirmées par |\Iadame semblaient inexplicables; l'itinéraire tracé ]aux membres de la petite caravane n'eût point été différent s'il eût été calculé à dessein pour retarder fmdéfmiment leur embarquement. Aussi bien, n'était-ce pas le but que se proposaient Fesch et sa sœur '? A quoi bon médecin, prêtres, cuisinier, maître d'hôtel iraient-ils à Sainte-Hélène, puisque l'Empereur n'y était plus? « Je ne sais, écrit Fesch à Las Cases le 5 décembre 1818, quels moyens Dieu emploiera pour délivrer l'Empereur de sa captivité, mais je ne suis pas moins intimement convaincu que cela ne peut pas tarder. J'attends tout de lui : et ma confiance est pleine ; » et le 27 février 1819,

dévoilant une partie de son secret, il écrit : « Quelqu'un nous assure que, trois à quatre jours avant le 19 janvier, l'Empereur a reçu la permission de sortir de Sainte-Hélène et que les Anglais le portent ailleurs. Que vous dirai-je? Tout est miraculeux dans sa vie et je suis très porté à croire encore ce miracle. D'ailleurs, son existence est un prodige et Dieu peut continuer à faire de lui ce qui lui plaît. »

Ce quelqu'un qui a révélé à Fesch et à Madame que l'Empereur a été enlevé de Sainte-Hélène, non par les Anglais, mais par les anges, est une voyantt allemande qui s'est complètement emparée de leui esprit et qui, de 1818 à 1821, sans que rien puisse altérer leur aveugle confiance, les bercera de ses contes bleus, s'interposera entre eux et la vérité el les fera vivre de mensonges. C'est là l'ironit suprême. Au moment oii l'Empereur peut recevoir des siens les secours matériels et moraux qu lui adouciraient le suprême départ, où l'Angietern le permet, où les rois y consentent, que lui envoie Fesch ? Pour le corps, un barbier corse, le plui mal éduqué, le moins exact à son devoir, le plus ignorant dans sa profession ; pour Fàme, un vieuj prêtre hébété et aphone, avec un jeune qui sait! peine lire et écrire !

L'autorisation du ministère anglais était en dati du 10 août 1818 ; la petite caravane ne partit d( Rome qu'à la fin de février 1819 ; elle arriva ; Sainte-Hélène le 20 septembre. L'Empereur, don

'état était déplorable, jugea au premier coup le nédecin et les prêtres : ils ne pouvaient lui être Taucun secours. Qu'importait aux souverains, puisqu'il n'était pas malade ! Qu'importait à Vladame et à Fescli, puisqu'il n'était plus à Sainteîélène ! « Quoique les gazettes et les Anglais, krit Fesch à Las Cases, veulent toujours insinuer qu'il est à Sainte-Hélène, nous avons lieu de croire qu'il n'y est plus ; et, bien que nous ne sachions ni le lieu où il se trouve, ni le temps où il se rendra visible, nous avons des preuves suffisantes pour persister dans nos croyances... Il n'y a pas de doute que le geôlier de Sainte-Hélène oblige le comte Bertrand à vous écrire comme si Napoléon était encore dans les fers, mais nous avons des certitudes supérieures... »

Deux mois avant l'arrivée de Buonavita et d'Antemmarclii, le 3 juillet, M'"^ de Montholon a quitté Sainte-Hélène avec ses enfants. Pourquoi ? dans quel but ? Raisons de santé, besoin des eaux, éducation des garçons ? on ne sait. Dans ses Souvenirs de la captivité, Montholon ne mentionne même pas le départ de sa femme, que, d'après les lettres qu'il lui adresse, il comptait rejoindre en Europe le plus tôt possible, au cas que les trois prêtres ou médecins dont les journaux annonçaient la venue fussent à la hauteur de leur rôle. Comme les Montholon, les Bertrand étaient las de l'exil et de la prison. Cette vie leur pesait ; ils aspiraient à

partir, et le mobile véritable du voyage de M""' de Monlholon, était de cbercher et de trouver, s'il était possible, des suppléants à son mari et au grand maréclial.

Un bomme se présenta de bonne volonté qui, depuis qu'il avait été séparé de l'Empereur à Plymoutb, n'avait aspiré qu'à le rejoindre ; c'était Planât, ancien aide de camp de La Riboisière et de Drouot, officier d'ordonnance aux Gent-Jours; mais des difficultés de tous les genres, soulevées par divers membres de la famille, prolongèrent la négociation durant Tannée 1820 tout entière.

L'Empereur pourtant souffrait de ce dégoût croissant qui menaçait de lui enlever ses derniers compagnons, et qui, en attendant, rendait son existence insupportable ; il s'effrayait et s'indignait de cette solitude menaçante, aussi pénible pour son orgueil que douloureuse à ses derniers jours. Il n'avait pu tolérer plus d'une année cet Antommarchi, qui manquait à son service comme aux usages, mécontentait tout le monde, Français et Anglais, et à tout instant réclamait son congé. Il était las de Buonavita dont la santé s'affaiblissait visiblement Si Planât devait arriver, ce serait quelque cbose^ bien que Planât ne représentât guère et n'eût poini de surface, mais il désirait quelqu'un de plus qualifié pour remplacer Bertrand — car Montliolor ne semblait plus penser aie quitter. 11 se détermine alors à une démarche qui devait singulièrement lu coûter et qui montre d'autant plus le prix qu'il )

attacliait. Les 21 et 30 janvier 1821, il fit parler et écrire au gouverneur pour demander un compagnon, un médecin et un prêtre. Pour cortipagnon, il désiû^nait, au choix, les ducs de Vicence ou de Rovigo, les comtes de Ségur, de Montesquiou, Drouot, Daru, de Turenne, ouDenon, ou Arnault. Pour le médecin, il s'en rapportait à Desgenettes, à Percy ou à Larrey, de même que, pour le prêtre, h qui de droit : qui de droit, ce n'était point sa famille qui l'avait si mal servi : c'était le roi de France. « Tout ce qu'il est nécessaire de faire, écrit Montholon sous la dictée de FEmpereur, ne peut l'être que par l'intermédiaire du gouvernement français ou anglais. »

I M'"" de Montholon, qui avait mis un zèle infini dans la négociation au sujet de Planât, ne porta moins d'activité h la nouvelle affaire dont, en iai>sence de tout autre intermédiaire, elle se trouvait chargée. Près des hommes qu'avait désignés l'Empereur, elle n'ohtint aucun succès. Ils étaient, la plupart, ralliés à la royauté légitime : Ségur, Montesquiou, Daru, pairs de France; les autres ne se souciant point de l'exil et de la captivité. De ceux-ci, qui se récusaient ou qui s'excusaient, elle dut, pour découvrir quelqu'un qui consentît à venir à Sainte-Hélène, descendre à des gens de lettres tels (jue Casimir Bonjour, auquel on offrit la place de secrétaire, et qui refusa parce qu'il avait une pièce à faire jouer. Du côté du gouvernement royal, au contraire, toute facilité. Commissionné

r eu.

ob AUTOUR DE SAINTE-IiELE.NE

par le ministre des Affaires étrangères, le baron Desgenettes désigna, comme médecin, le docte u Pelletan, fils du chirurgien en chef de THôtel-D lui-même homme des plus disting-ués et des plu^ savants, médecin par quartier du roi — et, ce qui ne gâte rien, liomme de cœur.

Quant au prêtre, lorsque M. de Quélen, coadjuteur de Paris et secrétaire général de la grande aumônerie avec future succession, apprit que FEiiipereur demandait un aumônier, il se présenta. Que sa famille diit quelque chose à Napoléon, son frè- ayant été écuyer de Madame et baron de l'Empi lui-même attaché au cardinal Fesch, cela ne con tait point; il voyait plus haut. Le ministre lui ayant confié son embarras pour trouver un prêtre qui voulût aller à Sainte-Hélène ; « J'irai moi-mén dit-il; je m'offre volontiers pour conquérir celle a me à Dieu. »

Le geste était beau. On lit comprendre au coadjuteur qu'il ne pouvait quitter le diocèse donl le grand âge du cardinal de Périgord lui abandonnait la charge, mais on le laissa libre de son choix. 11 désigna un jeune prêtre, dont TEglise attendait beaucoup, quoique, ayant en 1814 interrompu ses études pour combattre l'Invasion, il ne fût ordonné que depuis un an. C'était Fabbé Gaspard Deguerry, celui que nous avons vu curé de la Madeleine, celui qui, le 27 mai 1871, tomba à la Roquette près de son archevêque, fusillé comme lui en haine de la religion dont il avait été l'apôtre et dont il était le martyr

Il fallait qu'on se pressât. Le 17 mars 1821, Tabbé Buonavita, qui n'a pu résister plus longtemps au climat, a quitté Sainte-Hélène.

Il a été ebargé de dire à ceux qui doivent venir de bâter leur départ. L'Empereur, qui n'a point d'illusion ni d'espérance, veut au moins qu'on connaisse la vérité tout entière. Par ses ordres, Montbolon écrit à la princesse Pauline : « 11 meurt sans secours sur cet affreux rocber ; son agonie est effroyable. »

A Farrivée de Buonavita, Pauline veut partir, aller retrouver son frère ; elle écrit à lord Liverpool pour implorer sa déportation comme une grâce.

C'est le 11 juillet : depuis deux mois, là-bas sous l'équateur, la mort a fait son œuvre, elle a délivré le prisonnier.

Un mois jour pour jour avant qu'il expirât, le 6 avril, le grand marécbal, en présence des tortures qu'il endurait, s'est déterminé à appeler le docteur Arnott, le seul médecin qui, dans l'île, soit en une espèce de réputation — et cela malgré qu'Arnott doive faire son rapport au gouverneur. «Il paraît croire, écrit sir Tbomas Reade à Hudson Lowe, que le général — c'est Napoléon — n'est atteint d'aucune maladie sérieuse et que son mal même est plutôt moral que physique. Le comte Bertrand lui ayant demandé son opinion, il a répondu qu il n'y avait aucune espèce de danger. » Trois jours avant la mort, le 2 mai, le commissaire

du. roi (le France et de Tempereur d'Autriche, imarquis de Montchenu, écrit au prince de Mettt m nicli : «J'ai eu l'honneur de mander à Votre Al te s dans ma dernière dépêche que Napoléon avait recommencé à se dire malade. Comme nous sommes accoutumés depuis cinq ans h ces prétendu maladies, quand il méditait un plan nouveau, cela ne voulait dire pour nous que : Tenons-nous sur ?tns gardes. »

Ainsi, jusqu'au dernier jour, jusqu'au demi» iinstant, la consigne de la Sainte-Alliance a t'it- Pidèlement gardée. Pour prouver qu'il était malad» . Napoléon n'avait qu'un moyen : mourir. L'Euro ne lui en demandait pas davantage. Maintena qu'il est mort, on peut constater si ses souffranc ^ prétendues ont été une comédie : on ouvre suii corps; on trouve l'estomac adhérent par toute la partie supérieure à la concavité gauche du foie. A un pouce du pylore, un ulcère en a perforé les parois, et le trou est assez grand pour laisser passer le petit doigt. La surface interne du viscère est un amas de matières cancéreuses ou de squirres * ' décomposition. Sur l'hépatite chronique, le cane s'est greffé. Quelle en a été l'évolution? A quelle époque remonte son apparition? Deux ans, trois ans peut-être. Et pas un secours, pas un palliatif, pas un soporifique, pas un calmant — rien, p même un médecin!

('ela n'a point d'importance : il esl mort.

Il vit pourtant et d'une toute autre vie que les \ i\ants qui nous entourent. Il vit et nous vivons par lui. Tout ce que nous sommes, nous le rapportons à lui ; tout ce que nous pouvons être, nous le (levons à lui. De tous les points du monde, d'autres, (jLii ne sont pas Français, viennent en pèlerinage au tombeau de l'homme de guerre qui reste le maître et le modèle des soldats ; mais, nous autres, Iiançais de France, nous ne glorifions pas seulement en Napoléon le chef des armées, le conquérant et le stratège ; nous réclamons l'organisateur, le pacificateur, le médiateur entre la France ancienne et la nouvelle ; l'homme qui, des débris du passé et des matériaux informes du présent, a construit l'édifice qui, depuis cent ans, abrite notre société. Son nom est le mot de ralliement qu'échangent ceux qui prétendent qu'elle vive. lia suffi que vous appreniez que quelques hommes de bonne volonté s'étaient groupés à dessein de parler de lui, pour que, négligeant vos affaires et vos plaisirs, vous soyez accourus de tous les points de la grand' ville. Vous eussiez voulu qu'on la déroulât entière devant vous, cette existence frémissante de génie et illuminée de gloire qui, à proportion qu'elle recule dans le passé, emplit l'histoire tout entière et jette sur les âges un pan d'ombre d'autant plus épaissi qu'ils s'en éloignent davantage. Vous eussiez

souhaité des voix d'éloquence et de poésie dignes de célébrer le surhomme en qui les civilisations antiques eussent trouvé leur dieu! Mais, pour diic des mots qui s'égalent à lui, qui donc depuis Hugo .' 11 nous reste de l'étudier avec minutie, de le chercher dans le détail de ses résolutions et de ses actes, de discuter les mobiles de ses décisions, de lui demander, pour nos âmes flétries par le néant de nos ambitions, pour les âmes aveulies de ceux (|ui nous suivent et qui semblent renoncer même à nos rêves, la leçon d'énergie dont sa vie est l'étonnante illustration. C'est ce (jue nous avons fait aujourd'hui, c'est ce que nous ferons demain, tant qu'il nous restera une voix et une plunir, racontant son histoire, présentant sa doctrine, dressant, en face de Tanarchie dominante et lâchement subie, cette hiérarchie dont il fut l'instituteur, qui combinait toutes les forces de la nation, respectai! tous ses intérêts moraux et matériels, lui assurait l'honneur, l'ordre et la prospérité.

En d827, sir Walter Scott publiait à Londres The Life of Napoléon qui fut la même année traduite en français, sous le titre de Vie de Napoléon Bonaparte, empereur des Français. Il y établissait (t. IX, p. 189 et suiv.) '^ d'après les rapports officiels de sir Hudson Lowe, gouverneur de Sainte-Hélène, du baron Sturmer, commissaire d'Autriche et de M. Goulburn, sous-secrétaire d'Etat aux Colonies, quelle avait été, vis-à-Vis de l'Empereur, l'attitude prise par le général Gourgaud en sortant de Longwood, d'abord à Sainte- Hélène, puis à Londres.

Le général Gourgaud répondit aux Imputations calomnieuses de sir Walter Scott par une lettre, en

* Je désire mettre sous les yeux du lecteur les pièces sur lesquelles j'ai établi ma conviction, celles au moins dont le texte lut imprimé ci-devant ou qui se trouvent dans des dépôts publics. Elles ne sont point les seules que je pourrais invoquer, mais je ne me crois pas le droit de disposer, en ce moment, de documents dont, à la vérité, les copies authentiques m'appartiennent, mais dont je ne saurais assumer la publication immédiate.

* On trouvera à' l'appendice Pièce I les extraits de la Vie de Napoléon Bonaparte se rapporta,nt au général Gourgaud.

44 AUTOUR DE SAINTE-HfiLENE

date de Paris le 28 août 1827, dans laquelle disait : « C'est seulement... lors des déniarch( qu'exigeait mon embarquement que le gouverm et M. de Sturmer parlèrent devant moi de l'Em] reur qui, bien qu'à des titres divers, intéressait là tout le monde et était le noble sujet de toutes les conversations. Je ne connais pas la tournure donn< m^ dans les dépêches de sir Hudson Lowe aux cho^ que j'avais à répondre, que j'avais à dire dans < conversations, mais j'en trouve l'intention in gnement travestie dans les extraits publiés par romancier anglais. Quoique placé dans une situ<ition aussi délicate que difficile, quoique condamné à des ménagements envers ceux à l'arbitraire do- (juels je me trouvais livré, jamais, comme l'insinue Walter Scott, je n'ai acheté la sécurité de mon retour en Europe par aucune parole indigne <!<' moi... A Londres, je n'ai vu ni lord Bathursl ni aucun des ministres. J'ai été seulement mand(' ' je devais l'être, chez 31. Goulburn, sous-secréta d'Etat. Il paraît qu'il n'espéra pas obtenir beaucoup de moi, car il ne me fit appeler en tout que deux ou trois fois. »

Le général Gourgaud s'étendait ensuite sur « les misérables insinuations, les perfides réticence» d'un étranger, ennemi implacable et insensé de la France et des Français ».

Walter Scott riposta en publiant : 1"* Les nole& relatives aux coinnmnications du général Gourgaud à sir Hudson Lowe et aux commissaires des Puis-

>'/jices alliées à Sainte-Hélène, extraites des 11) volumes de correspondance qui lui avaient été communiqués au Département des Colonies ; 2^ la copie intégrale de la lettre écrite à lord Bathurst par M. Goull)urn, contenant « le rapport officiel des communications du général Gourgaud au sujet de Napoléon et de sa résidence à Sainte-Hélène ^ ». Le général Gourgaud répliqua par une réfutation dont voici, d'après lui-même, le Résumé (Brocli. publiée en 1827, p. 41). « Toutes les prétendues informations , communications, que me reproche sir Walter Scott, se réduisent à des conversations sans importance comme sans effet. Et, quand on songe combien il est difficile de reproduire avec fidélité les paroles d'un entretien dans une langue étrangère, quand on songe également à l'intérêt ciue le gouvernement anglais pouvait avoir alors à préparer, ou, depuis, à se créer des moyens de revêtir de quelque apparence de nécessité les atroces persécutions dont Napoléon fut l'objet, on s "étonnera sans doute que la correspondance citée par sir Walter Scott et extraite de seize volumes 111-4" de lettres se soit bornée à répéter des allé-* gâtions tellement puériles pour la plupart que je pourrais les avouer aujourd'hui, sans crainte d'être accusé d'avoir manqué à aucun sentiment, à aucun devoir. »

Les documents publiés par sir Walter Scott et

* Pièce IL

les témoignages allégués par lui se sont trouvés, depuis 1827, confirmés et complétés :

1° En 1843, par la publication faite par \Y aller Henry, chirurgien du 66® [Events of a niilitari/ Life, Londres, in-S"*, t II, p. 46 etsuiv.), des confidences ({ue le lieutenant Jackson avait reçues à Sainte-Hélène du général Gourgaud ^ ;

2° En 1853, par la publication faite par Forsyth dans Y Histoire de la Captivité de Napoléon à Sainte - Hélène, d'après les documents inédits et les manuscrits de sir'Hudson Loive (édition anglaise, 3 vol. in-8^, t. H, p. 246 ; édit. française, 4 vol. in-8 . t. H, p. 399), des extraits des minutes du major Gorrequer, d'un mémorandum de M. Baxter, de deux lettres de sir Hudson Lowe à lord Bathursl des 14 et lomars 1818et(édit. angl.,t.ni, pièce 12"). p. 392; édit. française, t. IV, pièce 118) des lettres du baron de Sturmer au prince de Metternich*.

3° En 1870, par la publication faite dans les Russkie Archiv. (Exercice 1869, Moscou, in-8'', p. 6o3 et suiv.) des rapports du comte Balmain en date des 25 janvier, 18 et 27 février, 14 et 16 mars ^ ; • 4° En 1886, par la publication faite par le D'Hanns Schlitter, dans Berichte des Kais. Kùn. Commissars Bartholomœus Freihernn von Sturmer aas St-Helena (Vienne, in-8", p. 121 et suiv.) des

' Pièce m.

* Pièce IV.

^' Pièce V.

rapports de SturnitT en date des 23 février (trois rapports), 14 et 31 mars et de la lettre de Jackson à Hiidson Lowe (p. 288) ' ;

5° En 1894, par la publication, d'ailleurs fragmentaire et infidèle^ faite par M. Georges Firmin-Didot dans la Captivité de Sainte-Hélène cVaprès les rajjports inédits du marquis de Monte henu (Paris, in-8^ p. 132, 134, 137) d'extraits des rapports de çè commissaire ' ;

6° En 1903, par la publication des Notes et réminiscences of a staff-officer lieutenant-colonel Basil Jackson (Londres, in-8^, p. 148 etsuiv.)^.

Ces témoignages concernent ce qui s'est passé à Sainte-Hélène, et les communications faites par le général Gourgaud, au gouverneur anglais, à ses officiers et aux commissaires des puissances alliées.

En ce qui touché les communications faites à Londres, les pièces publiées par sir Walter Scott se sont trouvées confirmées :

1° En 1853 par la publication faite par Forsyth (t. IV) du rapport de M. Goulburn à lord Bathurst déjà publié par Walter Scott' ;

2*" En 1888, par la publication faite par le ])■■ Hanns Schlitter, dans Kaiser Franz I und die Napoleoniden, Vienne, in-8% p. S66) du post-scrip-

' Pièce VI.

^ Publiés d'après les textes. Pièce VIL

■ Pièce VIII.

' Pièce IX.

48 AUTOUR DE SALM ElIÉLÈrs E

tum du mOnie rapport de Goulburn à Batliurst ; 3° En 1908, par la publication faite par M. Fremeaux dans les Derniers jours de rEmpereur (Paris, in-18), des dépêches adressées par le marquis d'Osmond, ambassadeur de France, au duc de Richelieu les 12 et 13 mai 1818 '.'

En ce qui touche les conséquences des commu^ nications de Cxour^aud, les faits ont été établis ; 1" par la publication faite par Forsyth des lettres de lord Bathurst à sir Hudson. Lowe en date des 5, IG et 18 mai ' ;

2"^ par la publication faite par le D' Hanns Schlitter, dans Touvrage cité plus haut (p. 571), de Fannexe au protocole 31 du Congres d'Aix-la- Chapelle, en date du 13 novembre 1818, et du protocole 42, en date du 31 novembre ^

Telles étaient (mis à part les Récits de la captivifr du général Montholon et le Journal du général baron Gourgaud) les sources imprimées d'après lesquelles il était permis de former sa conviction. Les sources manuscrites n'ont apporté à- un tel ensemble que des confirmations. Ainsi, les dépêches originales du marquis de Montchenu, commissaire de France à Sainte-Hélène; l'ensemble de-

* Pièce X.

* Pièce XI.

•'' Pièce XII. L'annexe publiée postérieurement par M. Georg< Firmin-Didot, La captivité de Sainte-Hélène. Pièce justitîcati\ n" 8, p. 293.

dépOclies (lu marquis d'Osmond, ambassadeur de France et du comte Lieven, ambassadeur de Russie à Londres. D'ailleurs le journal de l'acteur principal, tel que le fournirait une publication intégrale présente toutes les précisions qui seraient désiral3les — telles qu'elles ont été données dans la conférence : Les Missionnaires de Sainte-Hélène.

. A la suite de cette conférence, faite le 27 mars à la salle delà Société de Géographie^ le petit-fils du général Gourgaud se tint offensé par les appréciations données par quelques journaux du rôle prêté à son grand-père par le conférencier et lui fit demander des explications qui, après divers incidents, motivèrent le procès-verbal suivant :

« M. le baron Gourgaud a prié deux de ses amis, le prince Murât et le colonel Nitot, de demander à M. Frédéric Masson des explications au sujet des analyses données par certains journaux d'une conférence sur les Missionnaires de Sainte- Hélène.

(( M. Frédéric Masson a mis ces messieurs en relation avec MM. Maurice Barrés et Edouard Détaille.

« Les quatre témoins ont constaté que certains journaux avaient prêté à M. Frédéric Masson, à propos du général Gourgaud, des termes que le conférencier n'avait pas employés et des conclusions qu'il n'avait pas tirées. Les quatre témoins ont décidé de s'en rapporter à M. Frédéric Masson pour

rectifier ces inexactitudes par une lettre aux journaux.

« Cette lettre ayant été publiée^, les témoins déclarent que l'incident est clos.

« Le deux avril 11)02.

Pour M. le baron Gourgaiid : Pour M. Frédéric Maison :

Signé: Jm. Murât. Signé : Maurice Barrés

S. NiTOT. Edouard Detailu

La conférence, telle qu'elle avait été lue sj épreuves, a paru, sans aucun changement, dî le numéro de la Revue hebdomadaire portant li date du 4 avril.

Le 3 avril, le Figaro publia l'article suivant DOCUMENTS POUR L'HISTOiUE

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