UNE RÉPONSE A M. FRÉDÉRIC MASSON
^'0S lecteurs savent [ils ont su les premiers) que le barc Gourcjaud avait prié deux de ses amis de demander à M. Fré
^ Cette lettre, insérée dans le journal Le Temps, était ainsi côl çue :
Mon cher directeur,
L'analyse que votre distingué rédacteur M. Maurice Dumoulin a faite, dans le numéro de vendredi, de la conférence que j'avais donnée à la Société de Géographie sur les Missionnaires de Sainte- Hélène, me prête, sur le général Gourgaud, des termes que je n'ai pas employés *et des conclusions que je n'ai pas tirées. Je vous serais obligé de bien vouloir le dire.
Croyez, etc.
Signé : Frédéric Masson.
jric Masson des explications au sujet des analyses données par Hains journaux d^uiie conférence sur « les Missionnaires de lintc-lîélène ». Après une conversation qui eut lieu entre les 'moins, il fut décidé de s'en remettre à M. Frédéric Masson nir rectifier ces inexactitudes dans une Icttne qui a été rendue iblique. C'est ce qui a été fait très loyalement. L'incident nvé relatif au conférencier est donc clos. Mais la « Keviie conimporaine » {^ic), ayant donné hier le texte complet delà confémce, le baron Gourgaud ajugé qu'il devait répondre maintenant Vhistorien, pour rétablir, en Vhonneur du grand nom qu'il ortc, la vérité méconnue par M. Frédéric Masson. M. Masson prétend que le général Gourgaud, en arrivant Londres en mai 1818, déclara au sous-secrétaire d'Etat aux olonics que la situation de Napoléon T''" était contraire à celle ue celui-ci dénonçait, que l'Empereur se portait à merveille, ue ses plaintes sur sa santé étaient une comédie, etc. Quatre documents, que nous sommes heureux de publier, èmentent formellement la version de Vémincnt conférencier» t la lecture en est aussi probante c^u' émouvante. Quand le général Gourgaud quitta Sainte-Hélène, l'Empeeur lui donna des instruction secrètes qui ont été publiées avec 'Jîi Journal de Sainte-Hélène » {page 351, tome II) . Il devait en, utre écrire à Joseph en Amérique, à Marie-Louise et av prince digène. Voici les lettres qui établissent avec quelle fidélité il 'acquitta de la mission qui lui avait été confiée.
Ces quatre dociiinents sont :
1" La lettre du général Gourgaud à Farcliiduhesse Marie-Louise, duchesse de Parme, en date lu 23 août 1818, telle qu'elle fut publiée, en sepeinhre 1818, dans les journaux et, en 1822, dans le Recueil de pièces autheîitiques sur le caj)tif de >aint-Hé/ène (t. IV, p. 292);
2' La minute, portant la date du 2 octobre, d'une
lettre écrite par le général Gourgaud à Tempereu de Russie;
3° La minute, portant la date du 2o octobre, d'un lettre écrite par le général Gourgaud à Fempereu d'Autriche ;
4'' La minute sans date, mais présumée de no vembre 1818, d'une lettre écrite par le général Gour gaud au prince Eugène ^
Tels étaient les documents qui « démentent for mellement la version du conférencier. » Ils sont comme on vient de le voir, en date des 25 août, '1. c 25 octobre.
Le général Gourgaud, dès sa première leltii à sir Walter Scott, avait glissé sur la durée -1 son séjour à Londres : « Bientôt après (ces deu: ou trois audiences de M. Goulburn), écrivait-il. 1 gouvernement m'appliquant avec une atroce rigutu FAlien Bill, me fit enlever dans mon domicile fit saisir mes papiers et me jeta sanglant sur ui coin du continent - » .
Dans la seconde lettre il était aussi affirmatif Il disait : « Revenu en Europe... j'ai assuré qu'i était temps de prévenir les effets combinés ducha grin et du climat... C'est dans cet esprit qu'a et conçue ma lettre à Fimpératrice Marie-Louise
Cette lettre à Marie-Louise porte la date Ji
^ Ces documents sont intégralement publiés pièce XIII. - Réponse, p. 46.
^ Réponse, p. 36.
lo-août 1818. Elle n'a certainement été rendue ublique que postérieurement au 8 septembre, où e général Gourgaudla communiqua, encore manuscrite, à diverses personnel^, mais peu importe : la ettre a^té écrite le 23 août; soit!
Gourgaud a quitté Longwood le 13 février, ainte-Hélène le 14 mars : c'est du 13 février au .4 mars qu'il a tenu les discours rapportés par ïudson Lowe, Jackson, Balmain, Sturmer et klontchenu. Il est arrivé à Londres le 8 mai : C'est lu 8 au 30 mai qu'il a tenu les discours rapportés )ar Goulburn, d'Osmond et Lieven — lesquels discours ont provoqué les restrictions du gouvernement anglais et les décisions du Congrès d'Aix-la- Cbapelle.
La question n'est point de faire valoir ce que Gourgaud a dit, écrit ou imprimé postérieurement au 25 août 1818 , mais d'infirmer les témoignages concordants et identiques sur les discours qu'a tenus Gourgaud du 13 février au 31 mai.
Que le général Gourgaud se soit ensuite déjugé et qu'il ait tenté de contredire les discours qu'il avait tenus ci-devant; c'est ce qui se trouve officiellement constaté par cette lettre écrite par M. Goulburn à sir Hudson Lowe, le 14 novembre 1818, le jour même où TAlien Bill était appliqué au général Gourgaud : « Vous aurez probablement vu par les journaux la lettre adressée par le général Gourgaud à la duchesse de Parme ; elle contient, sur la santé du général Buonaparte et sur la manière
ôi AUTOUR DE SAINTE-IIÉLÈ> E
dont il est traité, des dètaïh en désaccord eu* v tout ce qu'il nous avait dit antérieur eme m à vous et à ynoi ;d'oLi provient ce changement de conduite de sa part, c'est ce qu'il nous est impossible de dire, mais il s'est complètement associé dans ces derniers temps avec O'Meara et d'autres personnes connues pour être dans la confidence du g^énéral Bonaparte. Comme la permission de résider ici ne lui avait été donnée qu'il la condition de s'y conduire convenablement, les dispositions de l'Alii en-act lui ont été appliquées et il a été envoyé à Hambourg d'oii, je suppose, il promulguera de temps en temps, sur la manière dont on traite le général Bonaparte, des récits semblables à ceux que ses anciens compagnons de voyage se sont plu à fabriquer dans d'autres parties d'Europe. * »
Quant aux lettres à l'empereur de Russie et à l'empereur d'Autriche, elles existent sans doute, dans les archives du général Gourgaud, à Fétat de minutes, mais toutes les recherches faites aux archives du ministère des Affaires étrangères à Saint-Pétersbourg pour retrouver l'expédition de la seconde ont été infructueuses et, si la première existait aux archives de Vienne, M. le D' Hanns Schlitter n'eût point manqué de la publier.
L*a simple constatation des dates fait donc justice de la valeur historique de ces pièces et rend
* Forsyth III, 131. Voir aussi Jackson pièce VIII et (I'Osmond pi(>ce X.
LE CAS DU GENERAL GOURGAUD o5
.;iutile d'y insister. Même si elles existent aiitrelent qu'en minutes, même si elles ont été expéit't's et qu'elles soient parvenues à leurs destinatires, elles ne présentent, dans le cas particulier, iicun intérêt. C'est des discours tenus par Gouraud de février a mai 1818 qu'il s'agit, non des iscours qu'il a pu tenir et des écrits qu'il a pu édii»er d'août à octobre. Qu'on démontre que les lémoins qui, pour les avoir recueillis h SainteléKne et à Londres, avaient identiquement rapporté 'S propos du général Gourgaud, ont faussé volon- ,Lure,mentla vérité : qu'on annule leurs témoignages »ar des témoignages certains, concordants etsynlironiques, l'on pourra discuter, mais il faudra jue ces trois conditions soient remplies ; il faudra l'autorité des témoins et la validité de leur parole ; l faudra l'identité des témoignages ; il faudra que es témoignages aient été rendus à l'époque même m les faits se sont produits, qu'ils ne puissent être li suspectés de complaisance, ni taxés de partialité. Encore, comment ces témoignages, quels qu'ils )uissentêtre et de qui qu'ils puissentémaner, sup- )nmeraient-ils les conséquences produites par le& iscours attribués à Gourgaud, savoir les restricionsde 1818, le départ d'O'Méara et les protocoles lu Congrès d'Aix-la-Chapelle ?
Ce sont là des faits que nulle puissance divine li humaine ne saurait effacer. Ils sont acquis à l'histoire et rien ne peut faire que l'histoire ne les liit pas enregistrés.
Reste pourtant une hypothèse, que soulève l'ar ticle du Figaro : celle d'une mission que l'Em pereur aurait confiée au général Gourgaud. « Quatu le général Goiirgaiid quitta Sainte-Hélène, écrit h rédacteur du Figaro, fEmpereur lui donna de. instructions secrètes qui sont publiées avec sot journal de Sainte- Hélène (p. 331, t. II). )>
Si Gourgaud a reçu de TEmpereur une mission tout ce qu'on a pu penser et dire est invalidé : l'oi peut trouver qu'il a étrangement rempli cetti mission, qu'il y a donné des conséquences tra giqu'es, que, par l'inconséquence de son langage il a fourni aux ennemis de l'Empereur des armei dont ils se sont hâtés de profiter, mais c'est alor maladresse, inadvertance, même excès de zèle : li mission couvre tout.
Dès lors, il convient de rechercher :
1° Quelle serait cette mission ;
2" Par quelles preuves cette mission serait au thentiquée ou démentie ;
3° De quelle façon/ cette mission aurait été rem plie.
Jusqu'en 1846, l'on n'en entend point parler L'on est trop près des événements et l'on trou verait trop de témoins qui le démentiraient. L bruit des querelles entre Gourgaud et Montholon été trop répandu pour que les biographes, mem
es mieux disposés, soient dispensés d'y faire allu- \ion. Ainsi, lesTéàdcieur^ AelsiGaiene hist07nque des 'Contemporains^ favorables pourtant à Gourgaud,
crivent : « Revenu en Europe en 1818, à la suite le quelques différends survenus entre le comte de ^ontholon et lui, le général Gourgaud s'est fixé en Angleterre où, vers la fin de la même année, et à la
uite d'une prétendue conspiration tramée à Saintelélène dont les fils s'étendaient dans TEuropë et :[ui, disait-on, avait pour but de rendre la liberté i Bonaparte, le général Gourgaud est devenu, de
Sa part du ministère, Tobjet d'une persécution à la ois odieuse et ridicule... )) 'Uie les Montbolon, et en paticulier M™® de ilholon, fussent la cause de son départ, Gourujiiid, en cette année 1819, n'en faisait point .kiiystère, au moins à ses amis. Peut-on même dire ►fjuece soit un ami, le général — vraisemblablement nFlabaut — auquel, de Hambourg, le 19 septemluv 1819, il adresse cette lettre à laquelle les édi- U'urs AxxJournaloni, parmégarde, donné place dans ! appendice - et dont voici le début : « Mon cher i'ral, le départ de Londres de notre ami commun, |l uibin-Janson^ me fait avoir recours à votre obli- ^i«'ance pour vous prier de me rendre un service; , prends que M""^ de Montbolon vient d'arriver a Angleterre, et je désirerais bien vivement :
' Bruxelles, 1819. V. 184.
'"LivnaL II, 549.
'i8 AUTOUR DE SAIiNTE-IIÉL ÈNE
l"" avoir des nouvolles de toutes les personnes qu< cette dame vient de quitter: 2" que cette dame, qu m'a forcé de me séparer de celai à qui je m' état dévoué en entier, pût savoir que, quelque G^rands qui soient mes malheurs, son ouvrage, j'en comprima en ce moment le ressentiment dans mon cœur et <jue si je puis lui être utile pour diminuer les souffrancei de l'Empereur, elle peut compter sur moi en tou et pour tout... »
Gourgaud ne fait donc alors aucun mvsleie dt ses querelles avec les Montholon. Mais l'Empereui meurt; ses compag-nons reviennent en Europe Gourgaud court à Londres : il se réconcilie avei Montholon; il va commencer avec lui la puhli cation des Mémoires pour servir à l histoire di France sous Napoléon écrits à Sainte-Hélène pai les généraux qui ont partagé sa captivité ^ On es convenu de jeter un voile opportun sur les dissensions de Sainte-Hélène et, pour couper court au? hruits qui courent, l'on imagine la version suivant* qui, gràceàlapuhlicité qu'elle reçoit dans la Biogra phie nouvelle des Contemporains- , devient officielle « A peine arrivé à Sainte-Hélène, le général Gour gaud y tomha si dangereusement malade qu'après un séjour de plus de trois années, les médecins décidèrent qu'il devait clianger de climat. Il fui donc
' 1822-1825. 8 vol. in-8'.
- Rédigée par Arnault, Jay, Jouy ot Norvins, elle est l'elïor du parti bonapartiste en face do la Biofiraphie des hommes vivants d'esprit royaliste.
onJamné a se séparer du o;rand homme malheureux pour lequel il avait tant de fois exposé sa vie sur le champ de bataille. De retour eu Europe à ^époque du Congrès d'Aix-la-CIiapelle, le général Grourgaud écrivit aux empereurs de Russie et d'Auriche pour leur faire connaître le sort déplorable iuquel Napoléon était réduit et engager ces souverains à donner quelque adoucissement à une aussi grande infortune. On croit pouvoir attribuer cette démarche Tenvoi à Sainte-Hélène d'un aumônier, d'un médecin et de trois domestiques. Ce fut aussi dans ce sentiment que le général G our-
aud écrivit de Londres, le 25 août 1818, une lettre tant de fois imprimée, où Ton remarque les pas-
ages suivants... Fatigué d'entendre journellement
injurier à Londres l'armée française qui avait combattu à Waterloo, le général Gourgaud pubha a relation qu'il avait rédigée de cette bataille à Sainte-Hélène. Cette publication et les démarches u'il avait faites en faveur de Napoléon, indispo- ^isèrent contre lui le duc de Wellington et le minisiric. qui, dans la supposition que des papiers importants seraient trouvés chez lui, le lirent arrêter, piller, presque assassiner et, à la lin, jeter sur le continent au rivage de Cuxhaven'. »
Gourgaud, s'il n'a point donné le texte de cet ^article, en a assurément fourni la traîne. Certains renseignements — sur les lettres à l'empereur de
* Biographie nouvelle des Contemporains. Vllf, 261.
Russie et à l'empereur d'Autriche en particulier, — ne peuvent venir que de lui. Certaines phrases lui serviront de nouveau pour ses lettres à Walter Scott de 1827. Les rédacteurs de la Biographie (ks Co7itemporains sont ses amis, et ils ont mis hui amour-propre à donner un air de vraisemhlance au roman qu'ils signent. Pourtant, si on y reg:arde, les dates suffisent à en démentir tous les traits : Du 14 octohre 1815, oii les passagers du Northiimberland aperçure]it Sainte-Hélène au 13 février 1818. il ne s'écoula pas « plus de trois ans », mais deus ans et quatre mois; Gourgaud n'arriva point er Europe « à l'époque du Congrès d'Aix-la-Chapelle): qui ouvrit en octobre, il y arriva en mai ; Gourgaud ne put avoir aucune influence sur l'envoi à Sainte- Hélène d'un aumônier, d'un médecin et de troif domestiques, puisque, formée par l'Empereur k 23 mars 1818, soutenue par le cardinal Consalv que Madame mère remercie le 27 mai, cciti demande est accueillie le 10 août par le gouvernement anglais. Chaque daté qu'on vérifie déiii"'^' cette version, mais on ne vérifie point, et telle sau moins pour vingt années, la version officielle^.
11 n'y est, comme on voit, nulle part questior d'une mission. •
De même, n'en est-il pas question dans la leftrt
' Contestée dans la Biographie des Hommes du jour qui repro duit les accusations de Walter Scott (1833, iri-4», t. III, ^-^ partie p. 151 et suiv.) elle est accueillie et développée en 1836 tlan; la Biographie universelle et portative des Contemporain^^ T. Il ,p. 1931).
que le 7 août 1824 ^ Gourgaud a obtenue de la complaisance des g:énéraux Bertrand et Montholon et par laquelle ils attestent que « le général Gourgaud, dont le nom ne se voit pas sur les listes (des légataires de l'Empereur) qui ont été publiées, a ^té l'objet d'une disposition spéciale de l'Empereur, en reconnaissance de son dévouement et pour les services qu'il lui a rendus pendant dix ans, comme officier d'ordonnance et aide de camp, soit sur les champs de bataille en Allemagne, en Russie, en Espagne et en France, soit sur le roc de Sainte- Hélène )).
Bertrand a pu s'associer à cette déclaration qui contenait une part de vérité : l'Empereur ayant constitué, le 11 juillet 1817, sur la tête de M"'" Gourgaud une pension de 12 000 francs réversible sur son fils '. Eût-il été plus loin, cela est douteux. Si l'Empereur avait, confié une mission à Gourgaud, comment Bertrand et Montholon eussent-ils négligé d'en parler, alors qu'ils amplifiaient ainsi les services de Gourgaud, qui, officier d'or-
^ Lettre au Galignani 's Messenger, publiée Antommarchi. Mém. II, 4o4, republiée Lettre de Sir Walter Scott et réponse du général Gourgaud. Pièce XVII, p. 76.
. niontholon a publié [Récits de la Captivité, II, o05, édition française), une note que l'Empereur aurait écrite au crayon pour servir à la rédaction d'un testament qu'il brûla le 7 avril 1821. Dans cette note Gourgaud figure sous le n" 10 pour une somme de 150 000 francs. La môme note avait été publiée. Tannée précédente, par le même Montholon, dans l'édition anglaise [History of tke Captivity of Napoléon, III, 171), Gourgaud n'y figure point. N'y eût-il que ce fait que tout le monde peut vérifier, rauthenticité des Récils se trouverait anéantie.
âbnnance du 3 juillet 1811, n'a point servi l'Empereur pendant dix années, mais au plus durant sept, et qui, général et aide de camp du 21 juin 1815, n'a paru en cette qualité sur aucun champ «le bataille ?
Trois années plus tard^ en 1827, paraît V Histoire de Napoiéo7i Bonaparte par sir Walter ScoM (jourgaud y est formellement mis en cause et 1< accusations portées contre lui sont d'une extrêi! gravité. Le moment* est venu à coup sûr d'invuquer cette mission et d'en fournir les preuves. Bertrand et Montholon sont vivants, et il est sans doute bien d'autres témoins : Madame, Fesch, Joseph, Lucien; seul Eugène est mort. Bien sûr, Gourgaud va parler; il va requérir et ceux qui oui VU; l'Empereur l'investir de sa mission, et ceux A ers qui il fut envoyé. Quel inconvénient? L'Empereur est mort depuis six ans. Tous ses compn gnons de captivité sont rentrés en France. L* publications sur Sainte-Hélène abondent. O'Meaia a publié en 1822 l'édition française de Napolêo" en exil ; Las Cases a publié en 1823 Xq Mémorial Antommarchia publié en 1825 Les dernier s morne n de Napoléon. Quel inconvénient à révéler que Napoléon a tenté de faire améliorer son sort ? Oi*. dans ces lettres oii il é ramassé tous les argumen en sa faveur, présenté tous les certificats, recueilli dix-sept pièces justificatives, que dit Gourgaud? — Simplement ceci :
« Mon départ de Sainte-Hélène ne fut causé ni
par le besoin de revoir ma famille, ni par Faffaiblissement de ma santé. L'allégation de maladie au foie ne fut de ma part qu'un prétexte. J'avais subordonné à Napoléon malbeureux toutes mes affections, tous mes intérêts et, à Sainte-Hélène, ma seule ambition était de mourir pour lui; mais n'importe quelle fut la cause de mon départ, je quittai Longvvood le 13 février 181 8^ »
Oili est la mission? Qu'attend-on pour l'invoquer? Quel moment sera meilleur pour la dévoiler? — Non, le silence! Et voici les Glorieuses, l'apothéose de Napoléon, les histoires qui sortent de tous côtés, les biographies des compagnons de la Captivité qui s'accumulent. Gourgaud commande l'artillerie des places de Paris et de Vincennes (5 août 1830), il est confirmé dans le grade de maréchal de camp pour prendre rang du 1^' janvier 1816 (21 février 1831), il est grand-officier de la Légion d'honneur (20 avril 1831), il est aide de camp du roi (20 avril 1832), il est lieutenant général (31 décembre 1833). Que peut-il craindre? ^'\rrut et Saint-Edme le mettent en demeure de
xpliquer : Silence. Lorsqu'il parle, c'est dans (il Biographie portaiice des Contemporains pour reproduire littéralement, sur son départ de Sainte- Hélène, la version donnée en 1822 dans la Biographie d'Arnault.
Il y a mieux : En 1846, M. de Montholon publie
* Lettre de sir Walter Scott et réponse du général Gourgaud^ p. 43.
à Londres, en anglais, la première version d<'> Récits de la Captivité^. On est en droit de penser qu'elle a été rédigée durant la captivité de Ham, à une date sensiblement antérieure, car il a fallu du temps pour la traduction des quatre volumes ; vraisemblablement remonte-t-elle à 1844 où Montholon fait cette déclaration reproduite en fac-similé à la tète du premier volume :
« Ham, 30 octobre 1814.
« Les instructions de l'Empereur en date du 25 avril 1821 m'imposent un dernier devoir : publier ses dictées sur son retour de Tile d'Elbe et sur sa guerre d'Egypte.
(( J'avais cédé au désir que le général Bertrand me témoigna de se charger de ce soin et je lui avais remis copie de ces dictées. Sa mort me rend religieusement responsable de l'exécution des dispositions de la volonté de l'Empereur. »
\JHistory of the Captivity of Napoléon at S/- Helena contient surtout en effet des dictées de l'Empereur ; elle est grossie d'un récit du retour
' Londres, Golbiirn 1846, 4 vol. in-8«. Un écrivain récent a déclara ceci : « L'édition anglaise ne ditïère de l'édition française qi^ pour ce qui est des dictées de Napoléon insérées dans Touvragi [Les origines et la légende napoléonienne, par Ph. Gonnai p. 167, note 2.)0navu ci-dessus, à propos du testament brûlé 7 avril 1821, combien cette assertion est pou fondée ; les exempl qu'on va trouver plus loin prouvent, ou que M. Ph. Gonnard na point fait la comparaison des textes, ou qu'il y a porté une singulière légèreté, ou qu'il a été mù par une e.xtrème complaisance.
LE CAS DU GÉNÉllAL GOUUGAUD 65
des Cendres sans aucun intérêt ; mais certains chapitres au moins renferment quelques détails sur le séjour à Sainte-Hélène. Là, sans aucune préparation, sans aucune explication préalable ni postérieure, est timidement énoncée, pour la première fois, la prétendue mission \
C'est en ces termes : « Le départ du général Gourgaud était devenu nécessaire en raison du mauvais état de sa santé et l'Empereur s'était convaincu lui-même de l'opportunité de faire connaître en Europe la vérité réelle concernant ses souffrances. Le souvenir de la fraternelle amitié que l'empereur Alexandre lui avait offerte à Tilsitt et ui avait solennellement jurée à Erfurth, la -sainteté des liens qui l'unissaient à l'empereur d'Autriche, lui apparaissaient par moments comme des lueurs d'espérance d'un meilleur sort. Nul ne pouvait être mieux désigné pour remplir cette mission que le général Gourgaud, parce qu'il avait eu souvent riionneur d'approcher ces souverains et que son service dans la Maison de l'Empereur l'avait fait admettre dans l'intimité de l'impératrice Marie- Louise. On pouvait donc entretenir l'espoir qu'il obtiendrait d'être entendu et, la vérité une fois connue, Fespoir d'un changement pouvait raisonnablement être nourri.
c( Le général Gourgaud obtint de sir Hudson Lowe
* T. II, p. 3.
* L'unique mention qui soit antérieurement faite des afîaires privées de Gourgaud est celle-ci (T. II, p. 498) : « Le général
la permission d'éviter la sévère peine de faire à son voyage l'addition inutile de 2 000 lieues, ce qui aurait été le cas, s'il avait été obligé d'aller en Europe par la voie du Gap de Bonne-Espérance ; il s'embarqua sur un navire frété directement pour l'iVngletorre. Immédiatement àson arrivée kLondi (S il écrivit une lettre d'un grand intérêt politique au grand maréchal et, peu après, donna une preuve éclatante de ses efforts dans la lettre suivante qu'il adressa à Fimpératrice Marie-Louise. »
Suit le texte de cette lettre : celle du 23 août 181(S.
Montholon énonce un fait matériellement faux lorsqu'il écrit que le général Gourgaud eut souvent riionneur d'appprocber l'empereur de Russie et l'empereurd' Autriche, puisque, nommé officier d'ordonnance le 3 juillet 1811, il n'a pu accompagner TEmpereur ni à Tilsitt, — il était alors lieutenant en premier, aide de camp du général Foucher — ni à Erfurth — il était alors capitaine en second au 6^ d'artillerie ^ — et ce sont là les deux seules oeca-
Gourgaud était mélancoli(]ue ; dos lettres qu'il avait reçues de sa mère l'avaient beaucoup aflligé : l'Empereur avait constaté sa tristesse, mais avait en vain cherché à en connaître la cause. Deux ou trois jours se passèrent. Un vaisseau allait faire voile pour l'Europe. L'Empereur envoya chercher Gourgaud et lui mit dans les mains une lettre ouverte, lui commandant de l'envoyer à l^aris et lui permettant d'en lire le contenu. C'était un ordre pour une pension de 12 000 francs à payer à M"»* Gourgaud et après la mort de celle-ci, à son fils. Cette manière de prouver à ses officiers l'intérêt qu'il leur portait était une habitude deTEm pereur, je l'ai souvent expérimenté. »
' Etats de services.
sions OLi TEmpereur a rencontré Fempereur Alexandre. Gourgaucl n'a pas davantage accompagné l'Empereur à Dresde, ainsi qu'en témoigne le /oz^rnal des voyages * . et c'est la seule occasion où l'Empereur ait rencontré l'empereur François.
Nulle part, dans les documents manuscrits qu'on a entre les mains, il n'est fait mention de la lettre d'un grand intérêt politique que Gourgaud aurait écrite au grand maréchal aussitôt après son arrivée à Londres.
A ce moment, l'unique preuve que donnât Montlîolon de la mission Gourgaud était la lettre que Gourgaud avait adressée à l'Impératrice le 25 août.
C'est là tout ce qu'on trouve dans l'édition anglaise relativement à la mission, sauf mention, à une date indéterminée, de l'arrivée d'une lettre de Gourgaud qui serait parvenue à Sainte-Hélène avant le 15 août 1820. « Une lettre du général Gourgaud nous^\i beaucoup rire- : ilcomparait notre captivité à un plan d'asperges semé en 1815; mais ilnous croyait meilleurs jardiniers que nous n'étions, car aucun de nous ne savait au bout de combienx d'années le semis d'asperges doit donner. Nous n'aurions point compris du tout la comparaison, si l'Empereur n'avait eu l'idée d'interroger Noverraz qui,
I * Doc. part. Aucun des officiers d'ordonnance ne paraît à I Dresde dans la suite de l'Empereur.
* Dans l'édition française : « fit beaucoup rire l'Empereur ».
étant Suisse, pouvait avoir appris toutes ces choses dans sa jeunesse. »
Il n'y a point lieu de s'arrêter à ces asperges.
Comme on voit, cette première version est bienveillante, mais sans plus. Montholon, sans doute^ omet tout ce qui touche à ses querelles avec Gourgaud, mais c'est là le mot d'ordre suivi depuis 1821; il entre dans la prétendue mission près de l'empereur Alexandre, mais cette mission est anodine; il n'en apporte aucune preuve, il n'y rattache aucun document, et l'unique pièce sur laquelle il insiste est cette lettre à Marie-Louise qui, depuis 1818, sert de texte à toutes les justifications ^^^ Gourgaud. De fait, sauf la révélation des asperfji c'est la version adoptée par Arnault, Jay, Jouy et Norvins, abstraction faite toutefois des démarches de Gourgaud pour l'envoi à Sainte-Hélène du médecin et de l'aumônier.
Un an s'écoule avant l'apparition de l'édition française des Récits de la Captivité. Dans l'intervalle, des faits se sont produits dont on ne peut jusqu'ici affirmer, faute de documents probants, la répercussion sur Montholon, mais dont Ténoncé fournit une hypothèse au moins vraisemblable.
M. le comte de Montholon n'a-t-il pas contracté des obligations envers son ancien ennemi de Sainte- Hélène et ne prétend-il pas lui prouver sa reconnaissance'? Si M. de Montholon, condamné par la
^our (les Pairs à vingt années de détention, pour .voir, en 1840, pris part à la tentative du prince
cuis Napoléon sur Boulogne, a été libéré en uillet 1846, ne peut-on penser qu'il doit quelque >art de cette faveur à l'aide de camp du roi, lieutelant général et pair de France, qui a eu pitié de a détresse et de sa déchéance?
Quels moyens emploiera-t-ll pour lui témoigner a i^Tatitude, et, au moment de faire argent de ses ouvenirs de Sainte-Hélène, comment esquiverai-il le récit de ses luttes avec Gourgaud qui ont prmé un des épisodes les plus retentissants des lernières années de son séjour? Les passer silence, cela est bien, mais, quand même, il HUL donner une explication quelconque du départ {Q Gourgaud.
(le sera la Mission.
Plus tôt, nul n'eût osé de la risquer. Mais peu h peu nt disparu tout ceux- dont le témoignage profant se fiit opposé à un roman plus ample. Que la iunille Bonaparte gardât des ménagements vis-
\is d'un ancien serviteur de l'Empereur, dont le rince Eugène et sa veuve avaient seuls eupersonellement à se plaindre^; que le grand maréchal ùl quelques complaisances pour un compagnon
Il mes auquel il avait accordé toujours de l'amitié, jiKluel le liaient tant d'anciens souvenirs et dont 'hostilité n'eût point été négligeable, cela s'expli-
Mém. du Prince Eugène. T. X, p. 411.
quait; mais Bertrand, comme la mère, l'oncle et les frères de TEmpereur, n'eussent point été jusqu'à donner leur estampille à un roman qu'ils eussent reconnu apocryphe.
Madame est morte le 3 février 1836, Fesch le 13 mai 1839, Lucien le 29 juin 1840, Bertrand le 31 janvier 1844, Joseph le 28 juillet 1844. Des témoins, restent seuls Montholon et Gourg-aud.
L'édition française des Récits de la Captivité diffère totalement de l'édition anglaise en ce qui concerne la mission Gourgaud. A présent, Montlio- Ion, en note et en décrit la genèse : elle a été provoquée par une suite d'entretiens confidentiels que Gourgaud a eus, depuis le milieu de 1816, avec le comte Balmain, commissaire de Russie, entretiem| 011, au nom de l'empereur Alexandre, des proi messes ont été faites qui prouvent son entièrf^ bonne volonté à Tégard de l'Empereur.
Par quel procédé, M. de Montholon parviendi a t-il à accréditer une telle fable? En interpolant daii sonjournal, àdesdatesprécises,desnotesétablissiin la continuité des relations de Gourgaud et de Bal main. Quel danger court-il? Qui peut le contredire « Nulle de ces notes ne figure dans le texte anglais mais qui vérifiera?
La première mention que fait Montholon d« l'arrivée à Sainte-Hélène des commissaires de puissances alliées est sous la date du 18 juin 1816*
^ Montholon, I, 309.
Sous la date du 22 juin, il se fait dire par TEmpereur : « Vous devez connaître quelqu'un de la Tamille du commissaire français? — Mais non, Sire ! — Bah! c'est impossible... Vous vous lierez facilement avec lui. . . Gourgaud se cJiargeradii Russe.. . ^ » Sous la date du 22 juillet il écrit : « Quant au comte 3almain, il affecta de ne se mêler de rien, de res- Decter tous les caprices de sire Hudson Lowe ; mais l manœuvra si bien qu'il se mit en intimité avec lous et vit presque chaque jour le général Gour-
'fl'-. ))
^ous la date du l^*" janvier 1817 ' : « Le général
ioLirg-aud rencontrait assez souvent dans les pro-
[iienades à cheval le comte Balmain, commissaire
ii^se, et leur conversation avait toujours plus ou
ns d'intérêt. Le compte qu'il en rendait à l'Empereportait en général ses pensées vers des évé- K iiienls qui le distrayaient des impressions de 'Longwood.
Heureusement le hasard voulut que le même ,our (d'une scène avec Hudson Lowe) le retour du Vénérai Gourgaud lui apprît des nouvelles impor-
t's et qui effacèrent momentanément le souvenir île la scène scandaleuse que venait de faire sir
' .MOXTHOLON, I, 314.
^' ^NTHOLox, I, 335. Balmain rend compte, le 8 septembre 1816,
'{uil a appris de l'Empereur et de ses entours (Dép. 3) :
argaud, neveu de Dugazon le comédien, est un officier de
'I lune, brave et fanfaron. Il ne se mêle pas d'intrigues, mais il
-t tapageur, fat et suffisant. C'est tout ce qu'on en peut dire, o