‹ Autour des Borgia; les monujents - les portraits, Alexandre VI - César - Lucrèce, l'épée de César - l'œuvre d'Hercule de Fideli, les appartements Borgia au Vatican; études d'histoire et d'art. Avec 18 planches en couleur, en noir et sur cuivre, et 156 illus. d'après les monuments contemporainsChapitre 12 sur 30 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Oevite lie Céwr B<irgia. — Kriic de ton Épi*.

TROIS! f;mk partik

Ses origines. — Elle vient aux mains de l'abbé Galiani. — Son enquête sur Ce»«r. — Sn proi«tt d'écrire une monographie. — Travail de M. Adcmollo relatif à Galiani. — Comment l'anne pasac des ■MÎiis de Galiani h celles des ducs de Sermoncta. — Description de l'épie. — Lei cmblèmei. — Leur tuerprétation. — Le Fourreau de l'cpëe. — Recherches sur la personnalité et le nom de l'anifie. — Armes du même Maiirc dans les diverses collections d'Europe. — Dessins du Maître. — Documeots qui nous révèlent sa personnalité.

L'épée, ou plutôt l'une des épces, de César Borgia, qui appanient aujourd'hui au duc Onorato de Sermoneta, le chef de la famille Gactani de Rome, jouit d'une célébrité sans seconde dans le monde des amateurs, où elle est connue sous le nom de « La Reine des èpèes. » Si on la considère au point de vue de l'arme en clle-mémc et de l'excellence du travail, elle est supérieure par la ligne gtinéralc. la simplicité de la conception, son unité, la richesse des compositions qui décorent la lame, et le style de l'œuvre, d'un caractère large et grandiose. Les nombreuses inscriptions qui nous affirment l'origine de cette arme et son authenticité, les

allusions qui se dégagent des compositions, la propriété des termes aussi bien que l'esprit qui préside à la conception justifient le rapide jugement porté par l'historien des Borgia, F". Grégorovius : «Le duc de Sermoneta possède une épée de César Borgia, décorée de gravures pleines d'allusions au César antique, qui font comprendre quelles idées bouillonnaient alors dans l'esprit du cardinal. »

Ce point de vue seul, incontestablement justifié par les sujets gravés sur la lame, fait de cette arme un document considérable, en ce sens qu'il exprime, selon une expression à la mode aujourd'hui « un état d'âme » de César Borgia à l'époque de sa vie où, enchaîné par les liens ecclésiastiques, il rêvait de rentrer dans le siècle pour ceindre une couronne et se tailler un royaume à coups d'épée. Le document est important aussi au point de vue de l'esprit qui anime l'époque et de l'atmosphère dans laquelle on vivait au Vatican ; les influences de l'antiquité, le retour au paganisme engendré par l'étude et l'intimité des contemporains avec les grecs et les latins se lisent clairement dans ces compositions qui éveillent nos souvenirs, excitent nos pensées, nous portent à retourner en arrière ; de sorte que l'arme que César a portée, un des seuls témoignages de son passage ici-bas, se lie étroitement à l'histoire du héros que nous avons étudié, et devient l'illustration la plus intime et la plus indispensable à sa biographie.

Par une fatalité qui s'attache au nom des Borgia, la lame est séparée de son fourreau aujourd'hui conservé dans les vitrines du South-Kensinyton de Londres. Des lois inéluctables, font regretter qu'il n'en puisse plus jamais sortir, comme le fer, conquête précieuse pour la famille des Gaetani, ne sortira jamais non plus des archives de la famille'. Nous les rapprocherons l'un de l'autre afin de les étudier dans tous leurs détails ; pas un n'est indifférent, en ce sens qu'il est personnel au héros ou nous parle de lui, et nous montrerons dans tout leur relief, avec leur étrange saveur, les emblèmes et les compositions dont on a pu tirer des conclusions si hautes. Là critique historique ne néglige plus les monuments, et elle s'en trouve bien ; l'architecture, lépigraphie, la numismatique, les objets d'arts eux-mêmes, qui ne semblaient destinés qu'à charmer les yeux, parlent souvent avec plus d'éloquence et surtout plus de sincérité que les documents

I . -^ On verra plus loin que le fourreau de l'épée de César, que nous reproduisons sur toutes ses faces, n'a jamais été terminé, et conséquemment, a pu ne pas être livré, il a été trouvé dans ces trente dernières années par M. Spence,un grand amateur de Florence, qui l'a cédé au South-Kensington pour la somme de cent livres sterling.

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écrits ou les témoignages des contemporains que lu passion nous rend »u&pccts ; quand on les étudie avec persévérance, il jaillit parfois de ces muets témoin» une lueur qui éclaire une époque, montre les replis d'un caractère et nous fait mieux comprendre une personnalité.

L'arme a son histoire, curieuse à coup sûr, mais dont on ne connaît guère que les dernières péripéties ; un écrivain italien contemporain, grand investigateur des archives, auquel on doit nombre de notices historiques sur divers sujets, M. A. Adcmollo, sous le titre La Spada del Duca Valcntino en a fait l'objet d'une description minutieuse publiée il y a quelques années dans un journal de Rome La Faufulla. Les diverses informations données à son sujet par M. Adcmollo, complétées encore par sa publication intitulée La Famiglia e l'Eredità del rabbate Galiani ' nous permettent de remonter non pas aux origines premières, mais à 1734 seulement.

Cancellicri, dans une lettreà SebastianoCiampi sur lesépées célèbres (.S/^aie cclcbri), a constaté le premier l'existence du glaive sanscepcndant l'avoir vu, puisque les quelques lignes qu'il cite à son sujet sont erronnées ; il est évident qu'il a écrit sous la dictée de correspondants mal informés, car il affirme que la devise Aut César aiit niliil est gravée sur chacune des faces de la lame, alors qu'elle n'y ligure nulle part. En 1788 le père Agostino Cesaretti, dans son Histoire de lapritt' cipauté de Piombitw, fait à son tour une allusion avec beaucoup plus de certitude, ayant été en relation avec le possesseur, qui n'est autre que le fameux abbé Galiani. Ami de Diderot, de Grimm, de madame d'Kpinay, collectionneur, latiniste de premier ordre, archéologue à ses heures, et secrétaire de l'ambassade de Napics à Paris, l'abbé, disgracié, rentré dans sa patrie depuis 1769 est resté en correspondance avec la coterie philosophique, et, dans une lettre à madame d'Kpinay du 2 octobre 1 773, il a fait à ses amis de Paris la confidence de sa trouvaille, sans cependant leur en révéler l'origine*. Galiani garde l'épée dix années, pendant les-

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