‹ Autour des Borgia; les monujents - les portraits, Alexandre VI - César - Lucrèce, l'épée de César - l'œuvre d'Hercule de Fideli, les appartements Borgia au Vatican; études d'histoire et d'art. Avec 18 planches en couleur, en noir et sur cuivre, et 156 illus. d'après les monuments contemporainsChapitre 4 sur 30 · FUITE ET MARTYRE DE SANTA BARBARA · texte numérisé non relu

FUITE ET MARTYRE DE SANTA BARBARA

Sallo Je 11 ViV det Saimti.

il ressemble d'une façon étrange à son père. — Voici la médaille de Mahomet; on la comparera au profil du cavalier du Pinturicchio avant de conclure, et quant à moi, j'incline à voir Djem dans ce personnage.

Quant au personnage en turban blanc, en caftan clair, tout près du trône, ia place même qu'il occupe à côté de l'empereur, le regard qu'il fixe sur le spectateur je ne sais quoi d'européen dans l'attitude, qui sent le costume emprunte, l'âge enfin du personnage, tout me porte à croire qu'il faut voir là, non pas César, mais son frère aîné qu'il va faire assassiner, le duc de Gandia, qui aimait ù revêtir le costume oriental.

Les compositions qui ornent les tympans formés par les arcs aigus 2, 3, 4, 5 et 6, représentent : La capture de sainte Julienne. — La Fuite et le Martyre de Santa Barbara. — Le Martyre de saint Sébastien. — La Visitation de la Vierge et la Visite de saint Antoine, abbé, à saint Paul, premier hermite.

Nous reproduisons ici la Fuite de Santa Barbara et la Visite de saint Antoine ù saint Paul, en faisant observer que dans la première de ces compositions la figure du soldat semble sortir d'une

toile du Pérugin, tandis que la figure de la suiuic, ci, dan;> la \'isite, le groupe des trois Esprits pervers envoyés par le démon pour tenter le cénobite, sont influencés par le souvenir de Botticelli. Dans la fuite de Santa Barbara, la prison de la sainte est bizarrement figurée en relief par une application de stuc, et la perspective est réelle. Il y a là quelque chose de naïf qui donne une singulière vie à la scène; on entre volontiers dans le sujet, qui se déroule dans un paysage décidément Ombrien, avec des collines,des vallées, des montajnes. un lac, et, au premier plan, un gazon diapré de fleurs.

Le Martyre de saint Sébastien occupe l'espace vide au-dessus et autour de la fenêtre. Il est bon de remarquer que la plupart des compositions du Pinturicchio, même les plus avancées et les plus étranges par les cléments qu'il y fait entrer, ne sont point affranchies de la loi des pendants. Ici le saint Sébastien est

La Visite de taint Antoine, abM, à Mint Paul.

au centre déjà percé de flèches et attaché à une colonne. De chaque côté de la

fenêtre se tiennent trois archers, celui-ci prépare son arc, l'autre tire, le troisième vient de lancer sa flèche. Un messager de Dioclétien, vêtu à 1 orientale, avec

le turban, assis à terre à la droite, assiste au supplice; la scène se passe dans un paysage qui, comme dans toutes les autres compositions, joue un rôle considérable. Çà et là sont semées des ruines ; le Colysée se dresse à droite, et plus loin un temple. Ainsi que dans la Sainte Caiherins, le sol est jonché de fleurs en relief émaillées par les couleurs, les oiseaux traversent Tair; au plus haut des cieux plane un ange qui apporte au saint la palme du martyr.

On doit insister sur la liberté avec laquelle toutes les parties sont traitées, architecture, ligure ou paysage; malgré la part de convention, rien n'est plus moderne.

La Visitation de la Vierge.

La visite ù sainte Klisabeth est curieuse par le parti pris de la composition, l'architecture y joue un grand rôle: le Pinturicchio,sans se rappeler que sainte Elisabeth est de la tribu de Juda et habite Hébron , a transporte la scène en Italie, installant au milieu de sa composition un portique très orné à grands arcs, qui rappellent ceux des Palais dcl Commune. Sur un des arcs du milieu on lit le nom d'Alexandre VI, dans le tympan des retombées des arcs, un médaillon en relief renferme un sujet guerrier traité à l'antique; sur l'entablement en terrasse deux femmes accoudées assistent à la scène. Les fonds de paysage sont traités librement, avec des perspectives profondes, des vallées, un torrent, un fleuve et des barques. L'esprit dans lequel est conçu le sujet a quelque chose de familier qui constitue son originalité; au lieu de la spiritualiscr et de l'élever, le Pinturicchio l'a mise dans la nature, en contact avec la vie. Sous l'une des arcades, huit figures de jeunes filles occupées au soin de la maison de sainte Rilisabeth, agissent sous les yeux de Zaccharias grand prêtre et mari de la sainte, vieillard à longue barbe blanche, vctu selon la mode d'Orient, et tenant un livre à la main. Le groupe est remarquable par la vie qui l'anime, mais la peinture a un peu souffert ou plutôt elle semble voilée et retrouverait probablement son brillant si elle était légèrement dépouillée de la poussière qui la couvre et de la fumée qui l'altère.

Le détail du plan nous a montré la salle coupée en deux par un arc d'une certaine saillie et assez large pour avoir reçu, encadrés dans des octogones, cinq sujets épisodiques de Vhistoirc d'Iris et d'Osiris, épisodes du sujet que le Pinturicchio a réservé pour les voûtes. Le dessin de la projection d'une partie de la voûte elle-même avec celle de l'arc qui la décore, en dira plus aux yeux des lecteurs qu'une ingrate description. Il y a une incohérence évidente entre les sujets de la Vie des saints et cette évocation du mythe ô,'Isis et d'Osiris; mais ce n'est pas au hasard que le Pinturicchio, au milieu des aU'abulations de la mythologie toute entière, a choisi la vie du fils de Jupiter et de Niobé. Osiris ayant enseigné aux hommes l'art de cultiver la terre, les prêtres de son culte pour

l.a Vierge cl le* Anges.

rappeler ce prince dont ils avaient fait un dieu, choisirent le bœuf, patient et lourd, lent et ferme, qui symbolise Tagriculture; et l'animal ainsi divinisé conserva dans le culte le nom de bœuf Apis, nom que le fils de Jupiter avait abandonné après sa conquête de l'Egypte, pour prendre celui d'Osiris. Il faut voir là une allusion permanente au Bœuf de 1 ecusson des Borgia qu'on a divinisé aussi, l'associant d'abord au bœuf Apis, pour le confondre bientôt avec lui. Quand dans un des triangles de la voûte, les prêtres font fumer devant l'autel aux pieds du Bœuf Apis, quand ils portent en procession l'idole sacrée, l'encens, en réalité, brûle pour le Bœuf Borgia, et on reconnaît là une allusion familière, qui n'est que la traduction de certaines poésies faites en l'honneur de la famille par des panégyristes à gages qui, groupés autour du pontife Alexandre, de son fils César, et même de Lucrèce, reçoivent leurs faveurs et les paient en encens. Autour d'eux gravite toute une pléiade de poètes latins et de poètes en langue vulgaire au premier rang desquels on compte Hieronymus Portius (le Porcari), Fileno, Francesco Uberti,et le protonotaire Agnello. Poètes lauréats ou pourvus de bénéfices par la curie romaine, tous célèbrent chaque fait de la vie du pontife, un mariage, une conquête, une fondation, un jubilé. Le premier qui a exalté Alexandre et, du premier coup lui a dressé un autel et fait fumer à ses pieds l'encens comme devant une divinité, c'est Agnello le protonotaire : « Rome était grande sous César, elle est plus grande encore aujourd'hui...

... Sextus Régnât Alexander : ille vir iste Deus.

Tous sont prompts à l'adoration; le jour même du couronnement l'adulation est arrivée à son paroxysme, mais il faut dire que l'élévation d'Alexandre ne fait qu'exalter aussi ceux qui adulaient déjà en lui le chancelier de l'Eglise et avaient escompté et prédit son avènement. Alexandre est « sanctissimus , » ces deux mots « Pacis Pater » que Bernardino Corio', qui nous a transmis le récit de la cérémonie du couronnement, lit ce jour-là sur un arc de triomphe, qu'est-il

1. — La relation de Bernardino Corio sur le couronnement d'Alexandre VI est imprimée à Milan en i5o3. Elle est pleine d'intérêt en ce qu'elle peint la transformation de Rome ce jour-là, décrit les fêtes, les décorations, donne les inscriptions, les vers, les manifestations plastiques, etc. Le livre étant rare, on la trouvera à la page 62o(documents) du deuxième volume du Diarium de Burckardt, édition Léon Thuasne. — Leroux, édit. Paris.

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