VISITE DE SAINT ANTOINE ABK
autre chose qu'une variante du i>acis cultor que le Pinturicchio écrit sur le piédestal de la statue du Bœuf des Borgia, couronnement de l'arc de triomphe au centre de la composition de sa sainte Catherine? Déchiffrons les chroniques du temps, feuilletons ces plaquettes, rarissimes au premier chef, qu'on peut comparer à des « No^^e » qui contiennent des poésies de circonstance, poésies qu'Eucarius Silbcr (Alias Franck A llcmaiius] imprima à Rome en 1493, et nous verrons peu à peu la transformation s'opérer. « Un nouvel ordre divin de choses est né, dit le poète, un héros a revêtu la tiare...
Invicto que lovi est primas cura Honor, •
Voilù Alexandre comparé à Jupiter, il est Dieu, et il apporte avec lui la Paix d'or, la Liberté des choses, la Pieuse justice; la richesse est son œuvre : t Tous ces
Muriage d'Isis et d'Otiris. — Salle de la Vie des Saint».
biens, c'est un nouveau dieu qui te les apporte, ô Rome! » s'écrie le panégyriste dans son exaltation.
On a peine à comprendre une telle ivresse et un tel délire; quand on a vécu dans l'intimité de ces œuvres et quand, pénétré de ces lectures, on entre dans les appartements Borgia, quand on en scrute les allusions secrètes, et dans la main, gravées en filigrane d'or sur les lames superbes, par les aurcjici au ser\'icc du V'atican, les compositions allégoriques où le Bœuf Borgia revient sans cesse, on comprend combien les peintres et les artistes du temps sont imprégnés de cette atmosphère d'idolâtrie créée par les écrivains contemporains.
Le poète a créé ce monde imaginaire et substitué la fiction à la réalité; il chante, il répand les idées, le peintre vient qui Ici traduit. !c<i roflèio, on s.Vn
inspire. Pinturicchio ne précisera pas, il voilera l'idée, mêlant aux formes antiques des pensées, des accents et des types de son temps, mais la fumée des sacrifices sacrilèges monte à son cerveau et tout en peignant les divins mystères, tout en célébrant la gloire des saints protecteurs d'Alexandre, de ceux auxquels il avait dit-on le plus souvent recours, il ne pourra s'empêcher, aux voûtes de l'édifice, de célébrer le pontife sous les traits d'Osiris et d'Apis. Il divinise à son tour le Bœuf de l'écusson, il fait des emblèmes et des imprese des Borgia des constellations qui gravitent dans l'azur de ses ciels, et il
répète avec Francesco Uberti de Cesena, l'un des plus ardents panégyristes des
Borgia :
Vive Diu Bos. Vive Diu Bos. Borgia Vive'.
Mercure tue Argus.
Ialle des Arts libëraux et des Sciences. — Le plan de cette salle qui correspond à celle des Stanze où est peint V Incendie du Bourg a la simplicité de celle qui la précède, et le même arc la partage dans son axe perpendiculaire au mur de refend. Elle offre six panneaux principaux de la cimaise aux voûtes, et cinq champs octogones réservés sur l'arc même. Il faut observer toutefois qu'alors que dans la salle des Saints, l'arc en saillie est décoré de moulures en stuc peintes et dorées, ici le décor n'est que figuré. On suppose que les stucs se sont détériorés sous l'action du temps, et alors que les peintures dans les octogones étaient préservées on aura voulu simplifier la restauration en simulant le relief de l'ornementation par la peinture. Tous les sujets sont empruntés aux arts et aux sciences du Trivium et du Quadrwium ; la tradition veut qu'Alexandre VI, qui, tout en laissant partout une liberté grande au décorateur, lui avait indiqué les saints de sa dévotion et les mystères qu'il devait célébrer
I. — Le manuscrit est à la Bibliothèque La Malatestiana de Cesena, il comprend une série de pièces, toutes relatives aux Borgia, et porte les armes de César Borgia avec des figures de l'école de Parmcgianino.
ifeJSiÊj
1^ Grainniaire.
dans la salle précédente, lui avait aussi donné pour programme la glorification des vertus du prince et rorncmcnt de son esprit : c'est-à-dire la Justice, la lilictoriquc, la Géométrie, V Arithmétique, la Musique, V Astronomie, la Grammaire, \a. Dialectique. Quoi qu'il en soit, le Pinturicchio symbolise chacun des arts par une réunion de figures symboliques et chacune des vertus par un épisode qui la montre en action. La Rhétorique, comme chacun des arts, occupe un des grands panneaux circonscrits par les nervures de la voûte : elle est représentée sous les traits d'une femme assise sur un trône
en forme d'édicule, surélevé de quelques marches, dominant une assemblée de personnages répartis rcguliùrcmcnt de chaque côté du monument : des rhéteurs,
des littérateurs, des orateurs et des poètes. Deux Génies se tiennent de chaque côté du trône, deux autres, au couronnement, soulèvent le baldaquin qui le décore, et relèvent dune main les guirlandes qui retombent sur les pilastres. On lit le mot rhétorique sur la première marche, et un peu plus loin sur la gauche, le nom de Pentorichio. Ce trône à pal mettes au centre avec ses personnages cadencés et, en nombre égal a la droite et à la gauche, les quatre Putti ailés et le fond du pay. sage, sont la parfaite image des Plaquettes des sculpteurs du Nord de l'Italie au xv* siècle. Toutes les autres sciences sont conçues et traitées dans le même esprit et la même forme. On est tenté de se dire que si le Pinturicchio n'avait pas écrit son nom sur ces fresques.
Iji Musique.
La Rhétorique.
on chercherait autour de lui un esprit moins libre, mais beaucoup plus élevé que celui qui a peint le Martyre de Santa Barbara et la Fuite de Santa
Jtiliania dans la salle qui précède.
En général le Pinturicchio a été très sobre de relief dans cette salle; c'est de la peinture plus architecturale, la ligne est plus sévère et il n'y a point de place pour l'épisode familier et la fantaisie, l'ensemble accuse un parti pris de régularité dans la répartition des personnages, il se ressent dés influences vénitiennes, notamment de celle des Bellini.
Les voûtes de cette salle n'offrent point de champ à la composition, elles sont divisées en compartiments irréguliers dont la forme est donnée par les plans qu'offrent les retombées. Il faudrait un échafaudage pour étudier de près les nombreux symboles et les emblèmes, et dire les intentions du décorateur. Tous les éléments des frises sont allusifs aux Borgia, depuis ceux qui ornent les pendentifs, où deux anges portent dans un Tondo un colossal écusson des Borgia qu'un troisième ange supporte à sa base, jusqu'aux angles aigus au point où se rejoignent les voussures, où s'étale la couronne des Imprese. L'effet général est des plus harmonieux, la conception est plus d'un architecte que d'un peintre; la construction des voûtes, plus compliquée de plans, et qui se rapproche des
combinaisons de l'art oriental, donne un caractère spécial à cette partie des appartements dont on peut dire qu'elle a plus d'ensemble que le reste, qu'elle se tient mieux, qu'elle est plus sage et mieux ordonnée, mais moins libre et personnelle.
La Géométrie.
La salle qui suit, dite du Credo, est engagée dans la tour Borgia, par conséquent, en retraite dans le plan général de l'appartement et à un autre niveau, qu'on regagne par sept marches; on sent ainsi le rattachement de la tour, comme construction postérieure, à la partie construite par Nicolas V. Les peintures sont attribuées à Benedetto Bonfigli, de Pérouse, qui certainement a aide le Pinturicchio dans l'ensemble de son travail, comme nombre d'autres de sc$ élèves dont les documents ne donnent point le nom. L'aspect de la décoration est confus, le nombre des sujets, qui sont des demi-fïgures, n'est pas en proportion avec l'espace à décorer; et si l'impression laissée désirer comme décor, l'absence d'un sujet rend aussi l'étude de la salle elle-même moins intéressante à la première vue. Construite à une époque postérieure, cette partien'aplusl'aspcctdcs autres chambres; la disposition des voûtes n'était plus à l'ordre du jour, on revenait aux formes carrées, à l'antiquité, aux grands partis pris droits, à la décoration géométrique. Il y a bien des raisons de croire que c'est le Pinturicchioqui a composé les cartons mais il n'y a plus là trace de ces reliefs, de ces stucs, de CCS émaux qui, combinés avec l'ensemble pictural, donnent un aspect si nouveau, si piquant aux trois salles qui précèdent. Salvatore Volpini désigne cette cinquième chambre sous le nom de salle du Credo\ elle est en effet consacrée aux apôtres, mais aussi aux prophètes et la tradition lui conserve son premier nom; l'œuvre est datée MCCCCLXXXXIIII, au milieu du plafond divisé en compartiments où s'étale l'écusson du pontife en relief, encadré dans un feston d'où s'échappent des rayons: on lit l'inscription : .ALFXANDKR BORGIA PP. VI. KUNDAVrr. Les autres emblèmes d'.'Mexandre VI alternent avec la couronne et les flammes.
La dernière salle est celle des Sibylles, dans la pratique de la vie c'est par celle-ci qu'on accède aux appartements dont le plan va se rétrécissant encore pour donner place à l'escalier qui rachète le niveau; nous nous trouvons ici dans une pièce presque carrée, mesurant 7", 20 sur 8",32, à voûte plate comme la pré-
La Diateciiquc.
cédente. L'artiste, quel qu'il soit, n'a pas appliqué non plus ici le système des décorations en relief relevées d'or et de couleurs, qui reliaient les fresques à l'architecture, la complétaient et faisaient corps avec elle. A part, au centre du plafond, un cadre octogone en relief recevant les armes de Borgia, armes très saillantes; tous les autres ornements sont peints. Le parti adopté est celui qui prévaudra bientôt pendant toute une période de la Renaissance, la division par caissons de formes plus ou moins variées, ayant au centre des rosaces, des enroulement et des mascarons, alternant ici avec les emblèmes des Borgia qui se détachent en or sur des fonds rouges. Dans la frise, les peintures sont reparties sur trois lunettes sur chaque face, chacune d'elles montrant deux demi-figures accouplées sur fond bleu, une sibylle et un prophète.
Les lunettes étant séparées l'une de l'autre par un espace assez large, l'artiste a ménagé entre elles, sur les quatre faces, huit octogones dans lesquels il a symbolisé les planètes, au nombre de sept, réservant le dernier espace à l'Astrologie. Là encore on pourra trouver l'accouplement singulier, et le contraste dénonce sinon la main, au moins les habitudes de pensée du Pinturicchio. Si le plafond, avec sa belle division, en caissons richement ornés, présente une disposition pleine d'harmonie, l'effet de la partie où le peintre a alterné ses sujets est moins satisfaisant; les figures ne sont pas à l'échelle de l'édifice. C'est bien encore à Buonfigli qu'on attribue cette dernière décoration; il est bien difficile cependant, étant donnée la date de l'année 1494, à laquelle Pinturicchio était certainement au Vatican, et, dans le Vatican même, occupé aux appartements Borgia; qu'il n'ait pas eu la responsabilité de la décoration. Le Pinturicchio, à un moment de sa carrière, a subi des influences; sa manière ne s'impose pas toujours, et pour peu qu'un interprète qui, lui aussi, a son caractère et son tempérament, ait reçu la mission de peindre d'après des cartons et, en le faisant, ait exprimé sa personnalité dans l'exécution : ceux qui essaient faute de documents certains d'attribuer l'oeuvre d'après le caractère qui s'y reflète, se trouvent dans un grand embarras. La peinture est certainement ombrienne. Schmarsow et Cavalcaselle ont pensé à Baldassar Peruzzi ;à Rome même quelques maîtres de la critique ont vu là l'influence de Fiorenzo di Lorenzo ; c'est dire qu'il n'y a là ni affirmation ni précision dans l'expression picturale. Pour dire toute notre pensée, même dans les parties les plus intéressantes des appartements il y a des contrastes évidents, des différences de caractère, de style et de tempérament qui rendront
réludc de CCS décorations extrêmement périlleuse pour ceux qui rcntrcprcndroni au point de vue spécial des attributions. Il faut attendre quelque document irréfutable ; et qui nous dit que, selon la mode du temps, il n'y a pas derrière Pinturicchio qui reçoit le prix de l'œuvre, toute une légion d'élèves déjà mûrs qui n'abdiquent pas et qui interprètent certaines parties sur des dessins, des cartons peu précis, alors qu'Alexandre VI, impatienté des retards de Betti, gourmande les habitants d'Orvieto qui le retiennent.
Si l'on passe rapidement dans ces deux premières salles comme ne révélant pas d'une façon irréfutable l'intervention du Pinturicchio, il faut avouer qu'elles se relient cependant à celles qui précèdent par les allusions, les emblèmes, les inscriptions et une certaine préoccupation de former un ensemble. Si on en scrutait les compositions en les soumettant à un examen sérieux et s'appliquant à les particulariser, on pourrait aussi montrer bien des pensées allusives qui échappent au visiteur. C'est ainsi que dans l'un des octogones qui regardent la porte d'entrée, là où, à côté du cadre où il a peint Vénus, l'artiste a voulu caractériser .fl/>o//o«, il a groupé autour du pontife Alexandre, revêtu du pluvial, coitfé de la mitre et donnant la bénédiction, un groupe de personnages, une reine, un souverain, diadèmes en tète, et au milieu d'eux un cardinal de l'Kglise romaine.
Il est à remarquer que toutes ces salles, depuis la plus vaste jusqu'à ces deux dernières,étaient,au temps de Horgia, pourvues de chcminéesdegrandeursappropriées. Il y a là une indication, une preuve de l'usage quotidien, de la vie intime, et si, dans ces salles aujourd'hui vides, les communications avec l'extérieur ont été modifiées, quelques portes et fenêtres ont étéagrandies,et d'autres tout à fait murées pour les approprier à des usages divers, il n'en est pas moins vrai qu'elles furent, comme nous l'avons prouvé, les témoins de la vie quotidienne du pontife Alexandre, sa demeure, son home, puisque le mot caractérise plus chaudement la vie. Selon la tradition acceptée par M. Barbier de Montaut, si autorisé quand il parle du Vatican, dans son dernier volume, et selon la tradition confirmée par le maître des cérémonies d'Alexandre, c'est dans la salle dite des Arts libéraux que le pontife est mort, et c'est dans \asalle des Saints, où le Pinturicchio a peint la sainte Catherine devant l'empereur, que son corps fut exposé; c'est la aussi qu'il fut abandonné par ceux qui, ayant la mission de lui rendre les derniers honneurs, laissèrent ce soin à des subalternes pris de pudeur et de piiié.
|Es Appartements depuis les Borgia jusqua nos jours. — Si nous prenons les appartements Borgia à leur origine comme résidence privée du pontife Alexandre, c'est-à-dire dès i4g2,pour dire quel fut leur sort dans la succession des temps, on verra que le lieu n'a pas toujours été aussi réserve et mystérieux qu'il l'est devenu depuis 1840. En réalité les appartements furent mis à l'index par le pape Jules II ; mais s'il a affirmé, avec sa violence habituelle, sa résolution de n'y jamais mettre les pieds, il les a respectés et la gloire lui revient d'avoir résisté à ceux qui lui proposaient d'y effacer le souvenir de son prédécesseur. « Le 26 novembre (dit Paride de Grassis, le maître des cérémonies du pontife), le pape a établi sa résidence à l'étage supérieur du palais, car, m'at-il dit, il ne voulait pas voir, à toute heure, la figure de son prédécesseur Alexandre, son ennemi, qu'il appelait un Marane, un Juif et un Circoncis. A ces mots, comme ceux qui l'entouraient et moi-même nous nous étions mis à rire, le pontife se tourna vers moi, presque avec aigreur, et me reprocha de ne pas le croire lorsqu'il disait du pape Alexandre qu'il était circoncis. Et comme j'ajoutai que si tout cela lui déplaisait si fort on pourrait faire disparaître cette figure de la muraille, avec tous ses attributs, il me répondit qu'il s'y opposait parce que cela ne serait point décent — « quia hoc non deceret » — mais qu'il se refusait d'habiter les appartements pontificaux qui lui rappelaient cette mémoire odieuse et scélérate'. »
Après Jules II, Vasari a calomnié à la fois, et Borgia et le Pinturicchio, en accusant le pontife de s'être laissé représenter agenouillé devant la Vierge sous les traits de Julia Farnèse. Il n'y a rien de tel dans aucune des parties des fresques, et Vasari est pour beaucoup dans la légende qui s'est formée. On a dû rendre les appartements au service banal vers i583, les appropriations à partir
I. — Paride de Grassis a été en faille successeurde Burckardtcorame maître des cérémonies; nommé clerc surnumécaire le 17 mai i5o4, le 2 5 il est entré en fonctions, et le 28, le pape a contirmé sa nomination; il était désigné d'avance comme un coadjuteur, car sur la liste des conclavistes qui assistèrent à l'élection de Jules H (9 novembre i5o3) on lit : t de Paride de Grassis, futurus magister ceremoniarum », Grassis a laissé un Diarium qui sue la haine contre son prédécesseur Burckardt; celui-ci lui survécut, mais il se retira et fut nommé référendaire des grâces, évèque d'Orta et de Civita-Castellana. En décembre i5o4, Burckardt arrivait même h l'apogée de sa situation : il recevait le sceau pontifical et allait tenir la signature au château Saint-Ange. En vérité Grassis est un ennemi et il est suspect en ce qui touche Alexandre VI, mais la scène à laquelle il affirme avoir assisté en plein Vatican ne saurait être inventée de toute pièce; ou alors il n'y a plus de témoin oculaire auquel on puisse croire.
Il- s M'F'ARTEMENTS BORGIA.
de ce moment turent nombreuses, et Iouicn a étaient pas faites pour assurer la conservation des chefs-d'œuvre du Pinturicchio.
Il est tout il fait avéré dabord qu'en 1527, après Tassaul du 6 mai, qui précéda le sac de Rome, événement dont on n'exagérera jamais les résultats au point de vue de la destruction des objets d'art, les appartements furent occupés par les lansquenets du cardinal de Bourbon. L'occupation dura neuf mois ; les lettres écrites à Charles-Quint par l'abbé de Najera et Francisco de Sala/ar, témoins oculaires, font foi des exactions commises au Vatican : « Le palais pontifical est à sac, quelques appartements sont incendiés, et à l'heure où je vous écris, les chambres précieuses sont devenues des écuries pleines des chevaux de la cavalerie et des cavaliers qui y loge... L'église de Saint-Pierre est à sac; la pièce qui recelait les saintes reliques est au pillage, elles jonchent le sol, la chapelle près de l'autel de Saint-Pierre ruisselle de sang et on y voit jusqu'à des chevaux morts... »
Il est probable pourtant qu'une restauration des appartements mis à nu pendant l'occupation, mais qui ne furent pas sérieusement endommagés au point de vue de la décoration des parties supérieures et des fresques mêmes, fut elTectuée dès le second quart du xvi* siècle, puisque ce n'est qu'après 1 585 que Sixte-Quint les abandonna pour fixer sa résidence dans le palais de San-Damaso, resté jusqu'aujourd'hui palais pontifical. Les appartements vides servirent alors à divers usages, au moment où les offices exigent un déploiement considérable et un personnel plus nombreux que d'habitude. On sait par exemple qu'à la semaine sainte on y dressait lestablcs pour les Bussolanti, les aides des cérémonies, les huissiers, les écuyers, les chanteurs et les acolytes de la chapelle pontificale, lescamcriers des cardinaux de service, les officiers de la garde suisse et les sacristains. On pourrait aussi indiquer dans quelles circonstances elles ont servi aux conclaves; les salles furent alors divisées par des cloisons provisoires, afin de trouver un nombre suffisant de celle pour tous les membres du Sacré-Collège. Cependant les appartements se prêtaient mal à cette appropriation à cause du manque de lumière, et ces diverses affectations successives menaçaient évidemment la conservation des fresques et un ensemble de décorations qui peut aller de pair
I. — Les originaux de ces lettres sont dans la collection dite Salaxar,à la hiblioth^ue de l'Académie de Madrid. — Voir à ce sujet : « Memorias para la historia del asalto y saqueo de Roma >. — Doo
Antonio Rodriguez Villa. — Madrid, 1875.
avec les plus beaux de ritalie, et qui avait heureusement échappé à la barbarie des lansquenets. Au commencement de notre siècle, Pie VII imagina de constituer là toute la collection des peintures du Vatican, et d'y joindre quelques beaux morceaux de sculpture antique épars dans les édifices. Cette destination nouvelle ne devait pas être définitive; faite dans le but le plus louable, elle était peu raisonnée, puisque la décoration des salles elles-mêmes devait absorber l'attention des visiteurs et nuire singulièrement à l'intérêt des peintures exposées. En 1840 enfin, on transporta dans une autre partie de l'édifice toutes les toiles qu'on y avait rassemblées, et on fit des appartements une sorte de dépôt ou de succursale de la Bibliothèque Vaticane. M. Salvatore Volpini, qui est le guide le plus récent qu'on puisse prendre lorsqu'on visite cette partie du Vatican, veut qu'on y ait disposé une grande partie des imprimés, auxquels est venu s'ajouter la bibliothèque célèbre provenant d'Angelo Mai, celle du pape Grégoire XVI et celle de Pie IX. Le pape Léon XIII aurait joint à son tour deux précieuses collections de livres de médecine et de chirurgie, enfin nous y avons vu naguère les vitrines des manuscrits précieux, et, en J'rac, le long des murs, des milliers de volumes qui méritaient un meilleur sort et avaient le tort grave de servir de prétexte à l'interdiction de visiter les appartements.
Depuis cette affectation, ces chambres ont été fermées au public : ce n'est point à dire qu'elles aient été inaccessibles (elles n'avaient d'ailleurs jamais figuré sur l'itinéraire du Vatican, et, pour tout dire, Sthendal, si familier de Rome, de Saint- Pierre, de la Sixtine et des Slan^e, ne les a pas vues); mais si on n'avait point la ressource de relations précieuses, ou si l'occasion ne vous avait point mis en contact avec quelque personne bienveillante qui tînt de près au Vatican, c'était une entreprise difficile de franchir le seuil des appartements, et une tâche presque impossible d'y stationner et d'étudier de près les œuvres du Pinturicchio. C'est ce qui fait qu'une étude comme celle qui précède n'est et ne peut être à l'heure présente qu'un essai. La situation est telle encore que nous n'avons pu nous livrer à une étude prolongée, que nous avons dû nous borner à regarder jusqu'à l'hypnotisme, et qu'enfin, sans les éléments qui nous ont été fournis par le prince Ruffo, par le comte Lemmo Rossi Scotti, par M. Armstrong, et aussi par M. Woodhouse nous n'aurions pu présenter au public aucune reproduction à l'appui de nos observations, de nos notes et de nos souvenirs personnels.
D'autres ont été plus heureux que nous, des influences intimes, le souvenir
LES APPAKlLMLNlà bOKGlA.
de Pérousc, toujours cher au souverain pontife, les a protégés; c'est à une circonstance de cette nature que le Directeur du Department qf science and art de l'Angleterre, M. Armstrong, a obtenu de pouvoir faire exécuter un petit modèle en relief au dixième de l'original d'une partie de l'une des salles les plus intéressantes'. On pouvait être plus ambitieux, mais ceux qui ont entrepris cette œuvre savent le temps et la « santa patien/a » qu'ils ont dépensés avant de pouvoir agir. Tel qu'il est, le résultat de ce travail, exposé dune façon permanente au Musée du South-Kensington,est un véritable bienfait pour l'art. On saura désormais au Vatican tout le désintéressement qu'apportent à ce genre d'études ceux qui, comme nous, y consacrent leur vie et leurs ressources personnelles, et le jour est proche sans doute on les appartements Borgia seront accessibles comme les Stanzc de Raphaël et la chapelle Sixtine. Cette preuve de l'intérêt que le Department of scicnceand art attachait aux appartements, et l'écho des vœux constants exprimés par les historiens, les artistes et les curieux du monde entier, doivent être le prélude d'une décision qui aura un grand retentissement : le pontife a demandé à M. Zeit, auquel on doit de beaux travaux dans la galerie des candélabres du Vatican, un projet, sinon de restauration, au moins d'appropriation des appartements Borgia, dans le but de les rendre a l'étude et à l'admiration du public. Procédant avec prudence, l'artiste a demandé d'abord l'enlèvement de tous les livres et manuscrits déposés dans les salles, la restauration complète du Pavimentn, d'après les carreaux qui existent ça et là (surtout dans la partie de la Tour Borgia , la réfection des vitraux dans leur ancienne forme, enfin un simple et prudent nettoyage des fresques elles-mêmes. On suppose que le pontife a l'intention de réunir dans ces salles ainsi restaurées, les orfèvreries sacrées, les parements, les broderies qui ont un caractère d'art et d'archéologie, tout un monde de curiosités relatives au culte, depuis les premiers temps de l'Église jusqu'aujourd'hui; formant ainsi un musée chrétien à la source même, au lieu de pèlerinage de la
I. — (/esta M. Cuiisoliiri tic Rome, auquel revendu vii.|,i i honneur iJ'«%' cution Ju
modiîlc du grand monument à Victor-Emmanuel, qu'est dû le modèle du > l.c comte
Lcmmo Rossi Scotti n exécute' la réduction des fresques ; nous lui sommes redevables de U communication des photographies directes obtenues par le prince Ruffo. photographies qui, faute d*unc collection d'ensemble qui n'aura plus désormais aucune raison de ne pas exister, donne un certain prix k cet essai. M. le comte Joseph Primoli a bien voulu aussi nous aider dans la lâche de rassembler quelques documents. Nos neveux seront plus heureux que nous, nous savons ce qu'on perd k être un précurseur, cl nous appelons de tous nos voeux un travail critique digne du sujet.
chrétienté. Le projet est sérieux et la pensée du pontife prend une forme, le nom de M. Zeit restera attaché à ce travail. L'exposition du concours ouvert pour l'exécution des Maioliche formant le pavimento a eu lieu avec beaucoup de succès, et on a préparé de nouveaux locaux pour y déposer les livres et manuscrits qui encombrent les salles. Puisse le pontife apporter à cette œuvre pacifique, qui ne peut, qui ne doit en tout cas rencontrer nul contradicteur puisqu'elle sera certainement un bienfait pour l'art, l'énergie, la résolution et le haut esprit qu'il a montrés déjà dans tant de circonstances