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Bruxelles, Dévwit, et Paris, Alcan

de la psychologie, elle le réalise, aujourd'hui, dans le domaine de la morale. Ici encore, la pensée catholique, s’assimilant avec une complaisance plus exacte les données précises du thomisme, et pénétrant avec une subülité plus empressée les intentions mêmes de saint Thomas, déserte définitivement les posilions dans lesquelles secantonnail l'éclectisme spiritualiste ; et sans artifice, elle prend, en face de celte nouvelle science des mœurs par laquelle certains philosophes de l'actuelle Sorbonne prétendent remplacer l’ancienne morale théorique *, une position toute personnelle, vraiment originale, sincèrement indépendante.

Ïl n'y a pas à proprement parler de morale sociale, disaient les moralistes de l'école éclectique : Ia s0ciété, pour eux, n’était qu'une collection, rien de plus. Une simple déduction leur suffisait pour dériver de la nature de l'individu les préceptes mêmes de la vie collective ; la science sociale, ainsi considérée, n’était rien autre chose qu'un corollaire de Ja science morale.

Il n'y a pas, à proprement parler, de morale individuelle, inclinent à penser et commencent à dire certains représentants de la science des mœurs ; « l'homme n'est un être moral que parce qu'il vit en société ; faites évanouir toute vie sociale, et la vie

1. Voir spécialement Lévy-BrüL, la Morale et la science des mœurs. Paris, Alcan, 1908.

morale s'évanouit du même coup, n'ayant plus d'objet où se prendre ! »..

Pour les uns, la morale sociale n’est rien; pour les autres, elle est tout.

Elle est quelque chose, et elle n’est pas tout : telle est, depuis huit siècles, la doctrine thomiste. Car saint Thomas ne considère pas que la famille, que l'État, soient purement et simplement des sommes d'individus; ce sont pour lui des groupes, dont chacun forme un tout doué d’une vie propre ; et c’est pourquoi il distingue très nettement, à côté de la morale individuelle, la morale domestique et la morale politique. Mais d'autre part, il ne réduit pas la morale individuelle à n'être qu'un aspect de la morale sociale ; il impose à la conscience d’autres obligations que des obligations sociales ; et les devoirs de l'individu envers lui-même lui paraissent assez graves, assez nombreux, pour jusüfier dans la philosophie morale un chapitre distinct, un chapitre qui ne doit être absorbé dans aucun autre,

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I n’y a pas, à proprement parler, de science des mœurs, alléguaient les spiritualistes du dix-neuvième siècle et, avant eux, Rousseau et ses disciples. Les uns et les autres, nous explique Mgr Deploige, n'avaient «nul souci d'étudier la réalité, d'en découvrir les propriétés, d'en pénétrer la nature. Ils croyaient d'une

1. DURKHEIM, De la division du travail social, 3 édit., pp. 394-395. Paris, Alcan.

foi indéfectible en l’omniscience de la raison et en la toute-puissance de son interprète prétendu, le législateur. Persuadés de tenir le véritable idéal de la vie humaine, ils étaient convaincus que, par la rigueur de leur logique, ils en déduisaient les règles du Droit naturel. Révolutionnaires, l’idée ne leur venait point que, faute de posséder la plasticité qu'ils lui supposaient, la société pourrait bien ne pas se plier à leurs décrets. Conservateurs, 1ls ne soupçconnaient guère le caractère relatif des institutions dont ils affirmaient l'intangibilité t ».

Mais là-dessus interviennent les représentants de la nouvelle science des mœurs; et par réaction contre l'effort de Rousseau et de Cousin pour légiférer sur la conduite des hommes, ils en viennent à dire qu'il n'y a pas à légiférer. À les entendre, leur science ne doit avoir nul souci d'orienter les démarches hunaines; ce serait presque pécher contre le désintéressement, contre l'esprit scientifique, que de vouloir trouver dans cette science, soit des conseils d'action, soit des moyens d’action. Le temps n’est plus, affirment-ils, où l'on s’amusait à construire un art moral sans préoccupation scientifique; et voici qu'entraînés par la brusquerie même du revirement, ils affectent, à certains moments, de n’admettre, eux, pour leur science des mœurs, aucune application pratique. C'est d’ailleurs un effacement auquel ils ne se résignent pas bien longtemps; et l’on voit réapparaître, à tel tournant de page, à telle fin de chapitre, l’arrière-pensée légitime de tirer de leur science même, pour le bien social, quelques

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