LE VERBALISME ET L'ACTE DE PRIÈRE : LE CHAPELET
D'être une prière machinale, mécanique, routimère el servile, c'est de quoi certains accusent le Rosaire; et si la façon dont parfois on le récite donne prétexte à ces jugements, il n’en est pas moins vrai que ces jugements mêmes, qui se flattent d’être éclairés, reposent, au contraire, sur une conception étroite et formaliste de la prière.
Ils accusent de psittacisme l’égreéneur de rosaire, mais ce sont ces détracteurs mêmes qui, par leur attitude, paraissent ramener la prière à n'être qu’un pur verbalisme. C'est eux-mêmes qui attachent aux mots plus d'importance que ne permet de le faire une exacte philosophie de Ia prière.
Qu'est-ce donc que la prière parfaite? Ce sont des parokes brèves ou longués, s'achévant en un long silence durant lequel Dieu remplit la pensée. Ce qui rend les mystiques enviables, c’ést lindicible silence
succédant, chez eux, aux paroles que, comme tous les chrétiens, 1ls articulent.
Les mots sont des béquilles à l’aide desquelles l’âme tente de s'élever, insensiblement, vers ce que j'appellerais l’état de prière, couronnement de l'acte de prière.
Les mois ne peuvent enfermer, ni tous les hommages, ni toute la gratitude, n1 tout le repentir que nous devons à Dieu ; dans leurs aspirations, il y a de l'impuissance.
La prière tend à dépasser les mots ; elle n'accepte leurs rigides contours que pour s’en évader. Ces mots qui se murmurent, qui s'attardent, qui se répètent sur les lèvres priantes, font barrière entre l'âme qui prie et l'assaut des préoccupations exlérieures ; mais l’âme qui prie ne leur permet pas, à ces pauvres mots humains, naturellement étriqués et imparfaits, de faire barrière entre elle et Dieu. Par delà ces mots elle veut, si j'ose ainsi dire, penser Dieu sans leur secours ; à l'abri de leur protection, elle tend aux intuitions qui se passent d'eux.
Mais voilà précisément ce que tente le Rosaire ; en essayant de deviner et de mesurer l'élan de la prière, c’est Le Rosaire que nous avons défini.
Les Ave, dont l’un remplace l’autre, disent toujours la même chose; et ce rythme exalte l'âme dans une atmosphère de prière. [Il est scandé, ce rythme, par l’achèvement de chaque dizaine ; et chaque fois, c'est, pour l'âme qui prie, l'occasion d'une contemplation nouvelle. Les mots que les lèvres prononcent, protègent et soutiennent les méditations successives sur les mystères ; ils deviennent comme une écorce à l'abri de laquelle une sève spirituelle s’épanouit et