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LE VERBALISME ET L’ACTE DE PRIÈRE : LE CHAPELET

circule ; la pensée priante les déserte en même temps qu'elle s’en imprègne. Au delà d’eux, quinze fois de suite, elle contemple les mystères dont elle se réjouit, dont elle souffre et dont elle triomphe ; l'atmosphère même qu'ils lui composent est propice et nécessaire à cet essor. Cette prière qui paraît esclaveest la plus émancipée de toutes ; cette prière qui paraît verbale est la plus spirituelle de toutes ; cette prière rudimentaire est la plus contemplative de toutes, et peut devenir la plus personnelle de toutes.

Sur le canevas que l'âme s'impose, la méditation, à son aise, à son gré, lisse l’image vivante de quinze mystères ; et qui dira tout ce qui peut exister d’origiginalité puissante dans les contemplations de certains humbles qui, courbés apparemment sur leurs grains de chapelet, prennent leur envolée, bien loin &es Ave ? Le Rosaire pour eux, c'est, si l’on peut dire, une longue « distraction » vers Dieu ; dans la direcon qu'impriment leurs lèvres, leur âme monte et s'élève ; il semble qu’elle laisse les mots derrière elle, et devienne aïnsi plus proche de Dieu.

Telle est l'inouïe richesse de cette oraison des humbles. La plus profonde des prières est en même temps la plus coutumière, la plus accessible à tous. L'art de lire les cathédrales, que le peuple a perdu depuis qu'il lit les livres, aidait à cette appréhension des mystères par le peuple croyant : les verrières lui redisaient l'histoire de Dieu, joies et douleurs; les rosaces lui promettaient le règne de Dieu, la gloire. Les doigts suivaient les Ave, les yeux suivalent les scènes de vitraux; et les âmes montaient, montaient toujours.

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