‹ Autour du Catholicism socialChapitre 24 sur 106 · PA ALT · texte numérisé non relu

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le salut national. Des historiens ou des politiciens, au cours des récentes années, s'étaient essayés à chicaner les mérites de Jeanne, à rétrécir la portée de ses plus beaux faits d'armes. La revanche de Jeanne et de la vérité ne s’est pas fait attendre ; elle est allègre, décisive, provocante. Non seulement M. Hanotaux élève au-dessus de toutes discussions les batailles ainsi contestées ; mais l’apparente défaite de Compiègne se transforme, dans son récit, en une victoire profonde et définitive. En face des détracteurs qui faisaient Jeanne moins victorieuse que l'opinion courante ne le croyait, voici surgir un historien qui la fait au contraire plus victorieuse que l'admiration commune n'avait même osé l’admettre.

On s’imaginait qu’à la longue, qu'à la fin, Jeanne avait échoué. Nullement : Jeanne connut l'heure où la personnalité même du vainqueur est victime de sa propre victoire, où le sacrifice de cette personnalité consomme sa mission. L'on croyait que malgré tout ce qu’elle avait de grand, elle avait fini par être malheureuse, et puis prisonnière, et puis condamnée ; mais elle avait, au contraire, à cause même de tout ce qu’elle avait fait de grand, atteint l'instant critique et décisif où les grands ouvriers de l’histoire humaine achèvent leur besogne par leur propre immolation, où l’éclipse momentanée de leur prestige personnel est comme la rançon de leur complet triomphe, où leur gloire obscurcie, où leur vie méprisée, deviennent comme la pierre angulaire, momentanément invisible, sur laquelle achève de s’édifier leur œuvre ingrate et féconde.

Silence désormais au persiflage, et silence à la haine! La gratitude nalionale, bien loin d' exagérer

l’action de la Pucelle, n'en soupçonnait pas encore toute l'étendue : elle doit saluer, en M. Hanotaux, un nouveau maître de ferveur.

Il est une école d’esprits qui, soucieux de prodiguer à Jeanne les couronnes civiques et d'honorer en elle la grande Française, sont comme offusqués par l’auréole dont l’Église a paré son front, et travaillent, comme ils disent en leur langue spéciale, à «laïciser » la Pucelle. Ils méditeront avec fruit sur le livre de M. Hanotaux. « Si j'aieu un parti pris, déclare-t-il, c'aété d'essayer de rétablir, autour de cetteadmirable Française, l'accord de tous les Français !. »

Les fêtes traditionnelles par lesquelles Orléans commémorail chaque année sa délivrance réalisaient, autour de Jeanne, l'accord de tous les habitants ?; elles sont aujourd’hui démembrées, disloquées, par la volonté souveraine de ceux qui visent à «laïciser » Jeanne d'Arc, Et comme les mots « laïque, laïciser, laïcisalion » sont maintenant, dans notre pays,un d'apeau de désaccord, comme ils sont exploités pour le morcellement moral de la France, comme ces pauvres mots un peu lourds, et peut-êlre un peu benèêts, sont devenus vraiment méchants, et systématiquement agressifs pour toutesles consciences préoccupées de l'au-delà, 1l va de soi qu'une Jeanne d’Arc

ES ED MES à 2. Voir notre brochure : Jeanne d'Arc devant l'opinion allemande, pp. 1-5. Paris, Perrin, 1907.

qui prétend à réaliser l'accord de tous les Français n'aura rien de commun avec la Jeanne d'Arc laïcisée. S1 le souvenir de Jeanne demeure un lien permanent — indestructible comme l'histoire — entre la France et l'Église, c’est assurément un gros ennui pour ceux qui aspirent à «laïciser » la Pucelle; mais j'ai peine à y compalir , en songeant avec quelle désinvolture ils ont en somme laissé tomber dans l'oubli la noble proposition d’un bon philosophe, M. Joseph Fabre, en faveur d’une fête nationale de Jeanne d’Arc, fête civique, fête laïque (au sens décent du mot). C'est qu'en effet la proposition, pour être d’origine républicaine, ne s’en heurtait pas moins à l'hostilité formelle de la franc-maçonnerie française”. La franc-maçonnerie estimait, apparemment, que Jeanne d'Arc ne pouvait être assez complètement laïcisée pour qu’on püût en toute sûrelé l'honorer : mieux valait donc voilier une gloire française que coopérer, sans le vouloir, à l’ascendant de l'Église. Mais on ne put empêcher que Rome, trois ans après la séparation, contribuât, elle, à l’ascendant moral de la France, en élevant sur les autels, dans toute la chrélienté, la Pucelle d'Orléans. Or «les sentences de l'Église, comme le dit en excellents termes M. Hanotaux, sont, elles aussi, de l’histoire ? » ; et son livre nous montre comment Jeanne, enfant de l'Église, servante de l'Église, fut à un degré éminent, par tout son rôle, une bienfaitrice de l'Église.

Les intérêts de la France et ceux de la chrétienté, durant tout le moyen âge, parurent liés. La Vierge

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