‹ Autour du Catholicism socialChapitre 26 sur 106 · Paris, Hachette · texte numérisé non relu

Paris, Hachette

senter éloquemmnent toutes nos grandeurs; je n'aurais demandé qu’à relire, dans ce triomphal raccourci de notre histoire, quelques-unes de ces pages de sa Jeanne d'Arc, car on n’en pourrait désirer de plus convaincantes ni de plus fortement étayées, ni de plus glorieusement joyeuses, sur la vocation mystique de la vieille France.

Au quinzièmesièclespécialement, sauverla France, c'était sauver l'Église. Supprimez un instant Jeanne de l’histoire du monde, et laissez M. Hanotaux vous développer les conséquences d'un tel vide :

Si la France avait succombé, explique-t-il, si Ia France fût devenue anglaise, ou si elle eût été partagée entre l'Angleterre et une Bourgogne à demi flamande, si le duché de Bourgogne s'était élargi et installé en royaume sur la Meuse et sur le Rhin, laissant Paris, Nantes, Bordeaux et peut-être Toulouse aux Plantagenets, c'en était fait de la pensée et de la civilisation méditerranéenne, en tout cas, de la tradition romaine.

Rome, encore sous le coup du schisme, n'eût pas résisté à l'assaut formidable que la Réforme extérieure à l'Église se préparait à lui livrer. Dans l'anarchie paienne de l'Italie, dans la floraison du luxe violent et sensuel propre à l’'hégémonie bourguignonne, l'écroulement du trône de Charlemagne et de saint Louis eût creusé un gouffre qui, probablement, n’eût jamais été comblé. Donc, si la volonté divine eut jamais à corriger ou à prévenir les conséquences des erreurs humaines, ce fut alors. L'Église catholique ne fait que remplir un devoir de gratitude en élevant Jeanne d'Arc sur ses autels #.

Ainsi les victoires de Jeanne profitèrent à l'Eglise en même temps qu’à la France; et l'historien mon-

tre, en un autre endroit, comment les intérêts de ces deux puissances s’associèrent et se mêlèrent pour provoquer leur commun effort en faveur de la réhabilitation de la Pucelle. Épiant l’état d'esprit des hommes d'Église qui s'honorèrent par ces assises réparatrices, M. Hanolaux nous explique, avec une subtile acuité :

Les raisons qui les font agir sont faciles à discerner : avant tout, seconder les intentions du roi de France, qui désire venger son « honneur et état »; exécuter les ordres de Rome qui sont de travailler à réconcilier la France, redevenue prépondérante dans les affaires européennes, tandis que l'Angleterre vaincue est absorbée dans ses dissensions intérieures; s’'armer de la faute commise par l'Université de Paris, pour mettre au jour les vaniteuses imprudences de ce grand corps, à l'heure où on se donne à tâche de le diminuer et de le réformer; préparer, si possible, les bases d’un accord entre le Saint-Siège et la royauté, à l'encontre des prétentions aristocratiques et corporatives qui viennent d'échouer dans l’agonie déplorable du concile de Bâle; enfin, en restaurant l'idéal religieux et l'idéal national, s'employer à l'œuvre de reconstitution si nécessaire, après les désastres du grand schisme et de la guerre de Cent Ans fi.

En 1431, la France divisée contre elle-même, l'Église divisée contre elle-mème, avaient laissé faire les juges de Rouen; le « corps à corps imminent entre les deux grands pouvoirs de l'Église », concile et papautlé, n'avait pas permis à ce second pouvoir d’épier les échos du long procès rouennais ?. C'est au procès de réhabilitation que Charles VIT

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