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reprit conscience de ses devoirs et le Saint-Siège conscience de sa force : ces débats vengeurs furent la première œuvre commune d’une monarchie temporelle qui avait définitivement survécu aux violences anglaises et aux intrigues bourguignonnes, et d’une monarchie spirituelle d'autant mieux assise, désormais, qu'elle venait d’être plus vigoureusement attaquée; et ces deux grandes puissances, consolidées, renouvelées, ressuscitées, parurent fêter leurs destinées nouvelles en travaillant à la gloire de celle qui les avait servies toutes deux, et qui avait péri pour toutes deux.
Car Jeanne est morte — nous laissons encore la parole à M. Hanotaux, — Jeanne est morte « parce que sa mort était nécessaire pour réparer les deux désordres qui affligeaient alors la chrétienté, le désordre du royaume et le désordre de l’Église: ce sont là les vraies raisons de son supplice, et c’est à ces deux désordres que sa mission et que sa mort ont porté remède: voilà le sens profond de celte magnifique histoire t ».
Et poursuivant cette pensée, nous pouvons dire que sa réhabilitation ne fut possible que parce que ces deux désordres avaient cessé; et qu’ainsi celle réhabilitation ne fut pas seulement une revanche de son honneur et de sa conscience, mais qu'elle fut l'ultime triomphe de ses desseins religieux et politiques; qu’elle scella pour un long avenir les efforts tentés par Jeanne et par toutes les forces populaires dont Jeanne était l’incarnation, prédicateurs ambu- Jants, moines mendiants, en faveur de ces deux chefs
sans cesse invoqués : à Rome le Pape, en France le Roi. La mère de Jeanne leur faisait appel, et la réhabilitation de Jeanne témoignait qu'ils étaient vraiment redevenus les maîtres.
Dès le début du hvre de M. Hanotaux, quelques lignes, discrètes et voilées, esquissent l'indication d'un autre service que rendit à Rome la conscience religieuse de la Pucelle :
Jeanne d'Arc, écrit-il, fit, à elle toute seule, sa « réforme », non dans le sens de la révolte et de la rupture, mais dans le sens de la discipline et du respecti
Trois cents pages plus loin, cette phrase s’éclaire, se développe. L'auteur met en relief la coïncidence qui fit des juges de Jeanne les représentants, au concile de Bâle, de l’oligarchie ecclésiastique, et les meneurs de la politique antipapale.
Cette coïncidence, insiste-t-11, apparaît comme un de ces contacts surprenants d’où jaillit la lumière. Partout, dans la chrétienté, la question de discipline, la question de l’autorité, était posée. Or Jeanne, en son bon sens, trouve, la première, les vraies formules capables de la résoudre. En les opposant aux personnages qui furent, à la fois, ses juges et les Pères du Concile, elle remplit sa destinée, mais avec une {elle justesse etune logique si transcendante, qu'il est bien difficile de ne pas reconnaître là quelque chose de supérieur à la