Paris, Perrin
longue enquête, ait surpris Lamennais en flagrant délit d'inexactitude volontaire ; il n'y a pas une ligne dans les Affaires de Rome, dont on puisse s'armer pour inculper l’auteur d’avoir écrit sciemment une fausseté. Au demeurant, les grands héros d’orgueil ne s’abaissent point à des mensonges; ils sont trop confiants dans la triomphante justice de l'avenir pour solliciter et dévier en leur faveur l'histoire du passé.
Mais, à la suite des recherches de M. Paul Dudon, l’on peut dire du livre Affaires de Rome, considéré comme source historique, qu'il a, tout à la fois, diminué et augmenté de valeur. En tant qu'il prétendait nous informer de ce qui se passait au Vatican, 1l est singulièrement ébranlé dans son crédit. Mais il n’en devient que plus précieux pour nous faire connaître ce quise passait dans l’âme de Lamennaus, les insuffisances de ses informations, ses erreurs d'optique, ses illusions et tout ce qu'il y eut de téméraire dans les jugements suscités par ses profondes amertumes, et l'impuissance de ce Breton à savoir regarder Rome, la déchiffrer et la comprendre, et les fatales œillères qui l’amenèrent à se tromper au sujet de Rome, et puis à se révolter ensuite, lorsqu'il accusa Rome de l'avoir déçu. On avait coutume d'étudier, dansle livre Affaires de Rome, l'attitude du Saint- Siège et l'attitude de Lamennais. Désormais, les pages mêmes où Lamennais parle de l'attitude du Saint-Siège seront considérées comme des documents sur l’état d'esprit de Lamennais ; on renoncera à chercher dans ces pages l’authentique Grégoire XVI et l’authentique cardinal Lambruschini, et l’authentique cardinal di Gregorio; mais lues à la lumière que
vient d'y projeter M. Paul Dudon, elles apparaîtront comme d'autant plus révélatrices de l’authentique Lamennais.
Lamennais sut mal, et très mal, ce qui s’agitait à Rome. Il fut victime de sa propre confiance dans l’inévitable succès de ses idées ; victime aussi des imprudents amis qu'il avait là-bas, jusque dans le Sacré-Collège, et qui entretenaient son assurance. L'écho de ses propres hypothèses, l’écho de certaines conversations ou de certaines correspondances amicales qui l’informaient à rebours: voilà ce qu'on trouve dans le livre À ffaires de Rome. Lamennais s'y montre à nu, plus à nu même qu’en l’écrivant il ne le croyait, plus à nu que jusqu'ici ne le croyait l'histoire ; et quand on l'y voit, page par page, se tromper, faire des suppositions que les documents démentent, méconnaître la portée d'une réponse ou suspecter arbitrairement des hostilités imaginaires, on remercie M. Paul Dudon pour le profit si durable et si nouveau qu’apporte, aux études menaisiennes, sa pénétrante enquête.
Un ignorant, docile à des diplomates qui le bernent, tel apparaît Grégoire XVI dans le livre de Lamennais. Ce que Lamennais ne savait pas, c’est que, dès 1829, le futur Grégoire XVI, qui s'appelait alors le cardinal Capellari, avait eu à s’occuper de lui, très en détail, dans une affaire délicate. L’ouvrage les Progrès de la Révolution, publié au début de l’année, avait été visé dans un mandement de l'archevêque Quélen ; et Lamennais, dans deux