Discours ei mélanges politiques, 11, p
dent. « J’attache peu de prix aux traités de 1815, y lisons-nous : c'est une lettre morte. La France, quand elle aura pour elle le droit et l'énergie, trouvera facilement à créer un faisceau dans le monde contre l'esprit des traités de 1815. » La réaction européenne arborait ces traités comme une charte intangible ; mais Falloux, au moment même où 1l réclamait l'expédition de Rome, qualifiée de réac- Uonnaire par les gauches, affirmait expressément, au contraire, dans le secret des délibérations ministérielles, que cette prétendue charte avait fait son temps. {l'avait compris que le futur Napoléon III voulait, en Italie, se substituer à l'Autriche ; il savait lui présenter un système politique en vertu duquel la France pourrait, d'un même élan, protéger le Saint-Siège et secouer les exigences jadis imposées par la Sainte-Alliance.
Avec cette souplesse dialectique qui savait, tout à la fois, traquer l'interlocuteur et puis le rassurer, Falloux, en 18/9, prévenait le désir qu'avait le Prince Président d’être agréable aux catholiques, et cajolait en même temps l’irrésistible rève qui poussait l'héritier de Napoléon [* à vouloir disloquer la bâtisse de 1815, échafaudée par l'Autriche sur les décombres de l’Europe napoléonienne. Ce fut une merveilleuse manœuvre: Pie IX en bénéficia et le futur Napoléon III ne s’en plaignit point. Le second Empire se débattra dans les complexités de la question italienne : l'Empereur, apportant dans les jeux de la politique son âme aimante et charitable, aura le souci d'ébaucher envers tout le monde des générosités et l'ennui de ne les pouvoir achever envers personne ; des mécontentements surgiront ; des 1m-
possibilités apparaîtront ; alors certaines lettres de Persigny feront appel à Falloux comme à l’« arbitre possible de la situation ».
Mais à cette époque, après avoir rendu à la France une liberté et au Pape une garantie de liberté, Falloux était descendu dans la retraite ; 1l avait inauguré, pour la poursuivre jusqu'à sa mort, sa longue carrière de cultivateur angevin. Le serviteur du Prince Président n'avait pu servir l'Empereur. Les légitimistes élaient mis en disponibilité ; mais Falloux leur représentait qu'ils formaient le parti de la propriété foncière et qu'à ce titre ils conservaient des devoirs *. Il observait qu'en politique on avait trop souvent ajourné desréformes nécessaires, et que cet ajournement avait été payé par des révolutions ; il invitait les propriétaires à ne pas renouveler une faute qui avait coûté cher aux rois. « La propriété, déclarait-il, sous peine d’avoir le même sort que les souverainetés, doit, dans notre siècle, se hâter de racheter son principe par des bienfaits ?. » Du fond de son bourg d’Iré, il donnait aux châtelains, ses voisins, des conseils toujours opportuns. « Quand on se plaint, leur disait-1l, des sentiments de la commune qu'on habite, de ses dispositions hostiles, de ses tendances anarchiques, on peut entamer son examen de conscience : et si l’on a hérité d’un domaine, on arrive à découvrir qu'on subit la peine soit de ses propres torts, soit des torts de quelque grand-père *. » Deux études signées Falloux, qui s'intitulent : Dix ans d'agriculture et l'Agriculture
l. Mémoires d'un royaliste, IT, p. 167.