‹ Autour du Catholicism socialChapitre 41 sur 106 · MONTALEMBERT, Discours, II, pp · texte numérisé non relu

MONTALEMBERT, Discours, II, pp

2. LECANUET, Monfalembert, I, pp. 184-190. (Paris, Poussielgue, 1895). Cf. dans Jues Gay, le Mouvement démocraligue ei les catholiques français de 1830 à 1880, p. 15 (Paris, Bloud, 1911), une interprétation, un peu différente de la nôtre, des sentiments de Montalembert à l'endroit de la démocratie. ; :

8. MONTALEMBERT, l'Eglise libre dans l’État libre, p. 65. (Paris, Douniol, 1863).

crates; c'était au notaire, à l’avocat, au médecin démocrates, « myrmidons de l'intelligence, se posant fièrement comme les représentants du progrès, comme les dépositaires de la raison humaine et les bienfaiteurs de l'humanité », c'était surtout, pour citer ses paroles de 1831, «au maître démocrate de quelque usine, bâtie avec les pierres du château ou du monastère voisin, qui entasse dans ses fabriques une population exploitée avec une impitoyable persévérance ; qui la prend dès la plus tendre enfance pour mieux l’abîimer, qui la force de travailler le dimanche et la laisse s’enivrer le lundi, enfin qui la livre systématiquement à tous les genres de corruption ». Montalembert avait pressenti que certaines flatteries bourgeoises à l'égard de la démocratie cachaient et permettaient l’exploitation du travailleur par certains bourgeois démocrates : de là, sa colère, à certaines heures, contre l’étalage du mot démocratie. « Je ne me déclarerai jamais l’adversaire de la démocratie, expliquait-il à Lacordaire dès 1831, mais je lui dirai ses vérités toutes les fois que je le pourral, parce que je crois qu'il est du devoir de tout chrétien de parler haut et ferme à toute puissance qui use de sa force ou qui menace d'en abuser. » Des gens habiles, jaloux de faire oublier au peuple le joug économique dont ils le surchargeaient, essayaient de l’amuser et de le distraire en disant à leur esclave : tu es le maître dans l’État, tu es dans J'État un souverain absolu. Montalembertétaittémoin de ces manèges ; 1l savait, au surplus, qu'aux yeux de l'Église le droit et la justice ne peuvent étre subordonnés aux caprices absolutistes d'aucune souveraineté humaine, individuelle ou collective; son respect

même pour le peuple et la rigueur même de sa foi s'insurgealent contre ces propos de « démocrates »; et il tenait aux électeurs, lui, un tout autre langage.

« Les classes ouvrières, disait-il, le 29 avril 1848, dans son remerciement à ses concitoyens du Doubs, ont conquis de nos jours la première place dans les préoccupations de tous les esprits politiques, de tous les bons citoyens. Comme toutes les puissances, elles ont leurs courtisans et leurs adulateurs, qui ne songent qu'à exploiter leur force en caressant leurs passions. Pour moi, je veux les servir etnon les flatter. J'étudierai avec respect leurs besoins et leurs droits, je suis prêt à tous les sacrifices nécessaires pour soulager les uns et conserver les autres !. »

Ce placard électoral définit bien l'esprit avec lequel Montalembert envisageait la question sociale.

Candidat, il inclinait à s’accuser d’ignorance; élu, il promet qu'il étudiera. Serviteuril l’a toujours été, en souvenir, peut-être, de cette belle définition de Lamennais : « Le seigneur est un serviteur. » Courüisan, 1l ne le sera jamais. « Il faut que tout ce qui est possible soit fait, il faut que tout ce qui ne sera pas fait soit reconnu impossible... ? ». Ainsi parlait-il, le 12 juillet 1849, dans le bureau de l'Assemblée Législative, au moment où l'on nommait la commission d'assistance. Nous avions tout à l’heure la définition de son attitude; nous avons, en ces deux lignes nouvelles, le programme de son action.

Page 1