FERDINAND DREYFUS, op. cit., p. 197, note
grâce au rapport de 1850, que l’ancien rédacteur de l'Avenir, que le futur orateur de Malines, mérite d’être considéré, par les catholiques épris de l’action sociale, comme « un maître et un précurseur ». Le trait essentiel du catholicisme social est d’avoir restauré cette idée que dans la vie économique, l’absolutisme des volontés humaines ne saurait créer la justice; que les « libres contrats» ne sauraient annuler certains droits primordiaux de la créature humaine ; que ces droits subsistent et survivent, et qu'avec eux survivent, aussi, des devoirs correspondants, non moins sacrés; que si d'eux-mêmes un certain nombre de citoyens, les pauvres, sont impuissants à faire respecter leurs droits, l’État doit intervenir pour les y aider, et que si des entraves matérielles s'opposent à ce qu'ils réalisent leurs devoirs, parmi lesquels se placent, au premier rang, les devoirs envers Dieu, l'État doit intervenir pour les affranchir de ces entraves. Le droit de l'enfant au développement physique et à la santé morale, le droit de la classe ouvrière à l'intégrité et à la liberté de la vie chrétienne, furent, au nom de ces maximes, soutenus par Montalembert en des termes qui, pour l'époque, parurent étrangement nouveaux.
« Je demande aux gens de bonne foi, écrivaitl’abbé Martin de Noirlieu, quelle que soit d’ailleurs leur opinion, ce qu'est en réalité, pour l'amour chrétien, celle liberté religieuse conquise au prix de tant dé sang versé depuis soixante ans. Les disciples impitoyables du Coran disaient autrefois : Crois ou meurs. Aujourd'hui on place le père de famille chrétien entre la loi de sa conscience et la nécessité de travailler le dimanche ; on lui dit : Travaille
aujourd’ hui ou demain tu mourras de faim ! ».
Ainsi Martin de Noirlieu profitait-1l du rapport de Montalembert pour s'opposer, au nom de la foi chrétienne, à ce que le mot de liberté économique déguisât une oppression : le curé de Saint-Louis d’Antin s’associait à l’illustre orateur pour défendre le « droit du pauvre à jouir des jours de Dieu ».
Montalembert, dans son Journal, notait, avec une tristesse priante, les abandons et parfois les injures qu'il avait à subir de la part de certains, qui, par crainte peut-être d'entendre revendiquer le droit du pauvre, faisaient trop bon marché du droit de Dieu. Il ne cachait pas qu'il en éprouvait une souffrance.
« Je cherche, disait-1l, à en profiter pour mon âme qui à tant besoin de semblables coups et qui, heureusement, tout en étant inondée d’amertume, sait reconnaître la main d’où ils partent et la vénérer À.»
Ces pages « catholiques sociales » de 1850, qui sur l'heure ne furent profitables qu'à son âme, sont devenues, avec le temps, l’une des plus fermes assises de sa gloire *.