‹ Autour du Catholicism socialChapitre 72 sur 106 · BEA WEBER, 0p. cil., pp · texte numérisé non relu

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2. Tous ces fragments sont réunis dans les deux volumes de Gesammelle Schriften und Aufsätre, publiés après sa mort par Doellinger.

comme une étape dans un « développement interne et permanent ». Ne fût-ce que pour se mettre à même de faire des monographies de détail sur l'histoire ecclésiastique, Moehler, avec une admirable passion de sincérité, avec un impérieux désir de voir à fond, se précipitait dans l'étude des premiers Pères, afin de regarder l'Église, de la sentir, de vivre avec elle et en elle. Ainsi la tâche d’historien du christianisme présupposait, à ses yeux, un contact personnel, familier, immédiat, avec les origines de l'institution chrétienne.

Nous disons : un contact, et non point seulement une connaissance ; et c’est là une nuance essentielle, par laquelle l'histoire de l'Église se distingue de toutes les autres histoires. Pour traiter de la République athénienne, ou bien de la République romaine, il suffit d'aller aux textes, et de nous faire, d’après les textes, une idée de ces républiques. Mais quand il s'agit de l’Église, nous ne la pouvons comprendre, d’après Moehler, que si nous vivons en elle et si sa doctrine vit en nous; c’est en nous mettant au dedans d’elle et en la cultivant au dedans de nous que nous pourrons, avec compétence, la prendre comme matière de nos recherches; et Moehler affirme la nécessité d’une sorte d’immanence de l'Église dans l’âme de l’historien, et d’une sorte de sensation mystique collective à laquelle l'historien doit forcément participer pour avoir du catholicisme une idée adéquate. La vie de l'Église crée comme une atmosphère en dehors de laquelle l'Église ne peut pas être discernée, en dehors de laquelle l'optique de celui qui s’essaie à regarder l’Église est inévitablement vicieuse ; et par une1ronie singulièrement frappante, Moechler,

après avoir observé dans les facultés de théologie protestante comment devait s’enseigner l'histoire ecclésiastique, en rapportait une théorie toute personnelle, d’après laquelle, logiquement, on ne peut pas prétendre connaître le passé de l'établissement catholique si l’on n’est pas catholique‘.

« Le livre sur l'Unité dans l'Église, a écrit le bénédictin Gams ?, ne fut pas seulement un travail scientifique, ce fut un acte moral. » L'expression est d'une exactitude parfaite : nous avons sous les yeux, dans ces pages, une démarche d'âme. Avec un laborieux effort de recherches, avec une tension émue qui est par elle-même une prière , Moehler veut acquérir le sentiment, et de ce qu’est l'Église, et de l’idenlité de sa conscience de croyant avec la conscience collective de la primitive Église; etje ne sache aucun

1. Cf. dans les Gesammelle Schriflen und Aufsälze, 1, pp. 284-285, une page dans laquelle Moehler, reprenant cette idée, ajoute que, même pour bien connaître et bien pénétrer les autres religions ou les hérésies, il faut « partir du point de vue de la totalité de la vérité chrétienne », et qu'inversement le païen ou le chrétien fragmentaire qu'est l'hérétique ont un point de vue trop étroit, en soi, pour pouvoir pénétrer dans la compréhension de l’Église catholique. Et l’on s'explique cette théorie si nous rappelons ici la définition que donne Moehler de la conception chrétienne de l'histoire (id., op. cil., IT, p. 263) : « L'histoire est le plan de Dieu avec l'humanité, plan éternel se développant dans le temps : en vertu de ce plan, Dieu se prépare à lui-même, dans l'humanité, par l'intermédiaire du Christ, l'honneur et la glorification qui lui sont dus, honneur et glorification résultant des libres hommages des hommes eux-mêmes. »

2. FRiebricu, op. cit., p. 8. Le bénédictin Gams publia en 1866 une biographie de Moehler, écrite par Balthazar Woerner, et accompagnée de quelques lettres de Moelhler, et en 1867 trois volumes d'Histoire de l'Eglise, d’après les papiers de Moehler et les notes de ses cours. (Ratishonne, Manz.)

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livre dans lequel l'étude des textes, érudite et critique, offre au même degré la profondeur d’une méditation. Il y a de la joie dans ce livre grave; une joie qui se laisse sentir plus qu’elle ne s'exprime, une joie qui vibre lors même qu’elle se tait, et qui effectivement est trop profonde pour n'être pas silencieuse. « L'étude sérieuse des Pères, écrit Moehler à son ami Lipp, le futur évêque de Rottenburg, a éveillé en moi beaucoup d'impressions : c’est en eux que j'ai découvert pour la première fois un christianisme si vivant, si frais, si plein; et Christ a voulu que je ne lusse pas sans fruit ceux qu'il vivifia et qu'il fit surgir pour le défendre ‘. »

Plus d’un demi-siècle après, Doellinger se rappelait l'apparition de l'ouvrage de Moehler : « La chaleur et l'intensité de vie intime dont témoignait ce livré, écrivait-1l en 1879 ?, le talent avec lequel l’auteur lraçait le tableau de l’Église d’après l'esprit des Pères, était pour nous tous, jeunes gens, un véritable charme. Nous estimions que Moehler avait dégagé, des décombres et des végétations parasites des âges postérieurs, un christianisme frais el vivant. L'idéal del'Église chrétienne semblait surgir, soudainement, devant nos yeux éblouis; et plus 1l serait élaboré dans ses détails et pleinement épanoui dans sa beauté, plus il exercerait, pensions-nous, d’attirance et de séduction. Devant nos yeux planait, comme but, une Église purifiée de ses lacunes et de ses abus, le plus proche possible de l'idéal de l’ancienne Eglise; le développement de la science théologique devait, à

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