‹ Autour du Catholicism socialChapitre 78 sur 106 · Gesammelle Schriften und Aufsätze, II, pp · texte numérisé non relu

Gesammelle Schriften und Aufsätze, II, pp

de bonheur à ce que j'appellerais volontiers le point de vue dynamique. L'Église, dans Moehler, n'apparait pas, purement et simplement, comme une cité de Dieu installée parmi nous et dont on discutera jusqu’à la fin des temps si elle est au-dessus de la société civile, ou si elle est à côté d’elle, ou si elle est contre elle; Moehler nous montre, dans l’Église, le prolongement du Dieu-homme, son incarnation permanente, la figure historique et vivante que jusqu'à la fin des âges il a revêtue; pour Moehler, l'Église, c'est la vie divine s'épandant et se continuant. L'alarme fut vive parmi les théologiens de Ja Réforme. Strauss était une exception à peu près unique, lorsqu'il félicitait Moehler d'être bien plus loyal que les historiens ecclésiastiques protestants et d’avoir très bien conçu et défini le protestantisme, et lorsqu'il se déclarait pleinement d'accord avec cet exposé !. Marheineke, Baur, Nitzsch, se montrèrent singulièrement plus sévères. Nitzsch fit un grief à Moehler du plan même qu'il avait adopté : il le blâma d’avoir suivi un ordre logique, qu'il taxait d’arbitraire, plutôt qu'un ordre historique. C'était reprocher à Moehler son originalité même : si la Symbolique eût été conçue comme le souhaitait Nitzsch, elle n'eût été qu'une réédition, mise au point, de l'Hisloire des Variations. Un autre grief de Nitzsch concernait la méthode de Moehler : le théologien catholique, d’après lui, au lieu de s'attacher, avant tout, à l'étude des symboles mêmes des églises évangéliques, se serait trop complaisamment appuyé sur certains écrits privés des réformateurs, sur des asser-

1 BEpa WEBER, 0p. cit., D. 7.

tions hasardées qui n'avaient reçu aucune consécration officielle {. Le duc Victor de Broglie, grand admirateur du livre de Moehler, attribuait cependant quelque valeur à la critique de Nitzsch. Ce que l'on peut observer, pour expliquer le procédé de Moehler, c'est que le protestantisme, avec le temps, prêtait à ses symboles une valeur plutôt documentaire que dogmatique, et que, dès lors, l'interprétation des symboles par la pensée personnelle des docteurs protestants était en quelque sorte plus instructive, plus riche de substance, intellectuellement parlant, que ne l’étaient les symboles eux-mêmes.

L'ouvrage de Nitzsch était, à proprement parler, une discussion critique; l'ouvrage de Christian Baur fut un essai de construction de la doctrine protestante, et l’auteur se flattait de montrer, au terme de cette tentative architecturale, que le protestantisme n'avait rien de commun avec l’image qu’en donnait Moehler. Mais ce qui tout d’abord éclatait aux yeux, c'est que la synthèse dessinée par Baur et les interprétations de Baur différaient étrangement d'avec le protestantisme primitif. La divergence n’échappait point à Baur : il savait, tout le premier, qu'en regardant l’état de justice originelle comme purement idéal, qu'en ne voyant rien plus, dans le péché originel, que l'opposition universelle de la nature et de la liberté, de la chair et de l'esprit, qu'en élaborant un système théologique qui était une combinaison factice de Schleiermacher et de Hegel, il était conduit à mettre sous les formules dogmatiques un sens

1. WiLLIBALD BEyscuLAG, Karl Immanuel Nitzsch, eine Lichtgestall der neueren deulsch-evangelischen Kirchengeschichle, 2° édit., pp. 161-163. (Halle, Strien, 1882.)

singulièrement différent de celui que leur donnaient Luther et Melanchton !. Mais il se piquait de demeurer d'accord, malgré tout, avec les principes bien compris de la dogmatique protestante : c'était une illusion, et Moehler se complut à la relever. Sous le titre : Nouvelles recherches sur les différences dogmatiques entre catholiques el protestants, Moehler publia un gros volume pour se justifier ?. Il ne lui fut pas difficile de faire la preuve que le protestantisme de Baur n'était pas celui de Luther; de sorte qu'en appendice à la Symbolique et pour défendre la Symbolique, Moehler traçait une sorte de post-scriptum à l’Aistoire des Variations.

1. Voir à ce sujet Enouarp ZELLER, Christian Baur et l’école de Tubingue, trad. Ritter, pp. 35-45. Paris, Germer-Baillière,

2. Neue Uniersuchungen der Lehrgegensätze zwischen Kafholiken und Protestanien. Eine Vertheidigung meiner Symbolik gegen die Kritikdes Herrn Prof. D" Baur in Tübingen, Mayence, Kupferberg, 1834. — M. Raïich, en 1889, en a publié quelques passages spécialement importants sous le titre : Ergänzungen zu Môühler's Symbolik (Mayence, Kupferberg, 1889). Cet ouvrage est le dernier que Moehler ait publié de son vivant. Après sa mort, Doellinger réunit en deux volumes sous le titre : Gesammelie Schriflen und Aufsätze, un certain nombre de ses articles de la Tübinger Quartalschriftet du Katholik; Reithmayr publia d’après les manuscrits de Moehler une Patrologie dont Cohen donna une traduction française en deux volumes (Paris, Débécourt, 1843), et un commentaire de l’Épître aux Romains (Ratisbonne, Manz, 1845); Gams, à son tour, tira des papiers de Moehler une Histoire de l'Eglise traduite en français par l'abbé Belet (Paris, Gaume, 1867). Outre que ces écrits posthumes ont le caractère de manuels, que les progrès mêmes des études historiques ont à beaucoup d'égard rendus surannés, il est souvent difficile d’apprécier dans quelle mesure les éditeurs ont complété ou amendé, avec leurs propres pensées et leurs propres recherches, les brouillons laissés par Moehler.

Un livre classique : c’est ainsi que Doellinger, en 1861, qualifiait l'œuvre de Moehler; et ce jugement reste vrai. On ne peut pénétrer l'intimité du protestantisme, si l’on n’a pas lu Moehler : lors même qu'on accorde quelque crédit aux critiques portées par Nitzsch contre la méthode suivie par l'auteur, la connaissance de la Symbolique demeure indispensable. L'ouvrage de Doellinger sur la Réforme, postérieur de treize ans, a vieilli, comme est plus ou moins condamné à vieillir tout travail d'histoire; l’œuvre de Moehler est demeurée jeune, elle est toujours neuve. Le protestantisme a évolué; la théologie de « Juste milieu », la théologie « moderne », ont créé, dans l’évangélisme allemand, un état d'esprit nouveau; et la Défense de la Symbolique, écrite contre Baur, et visant dès lors un avatar momentané de la pensée protestante, a par là même perdu beaucoup de son intérêt. Mais la Symbolique elle-même est un livre qui vit et vivra, grâce à la rigueur documentaire avec laquelle elle étudie la genèse des opinions dogmatiques dans l'évangélisme du seizième siècle, grâce à la force dialectique avec laquelle elle nous fait apparaître cette genèse historique comme une genèse logique, grâce à l'ampleur et à la sûreté avec laquelle Moehler subordonne tous les fragments successifs de l’évolution dogmatique à une idée centrale et à une nécessité primordiale, forces déterminantes de cette évolution.

Nombreux sont les protestants que ce livre a séduits au catholicisme : l'historien Hurter ‘, le

1. ROSENTHAL, Konverltilenbilder aus dem neunzehnten Jahrhundert, I, 2, p. 294.

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jésuite Hammerstein ‘, le philologue Bickell ?, ont noté, tous les trois, l'influence de Moehler sur leur adhésion à l'Église romaine. En France même, le long manuscrit qu'a laissé le duc Victor de Broglie sous le titre : Extraits raisonnés de la Symbolique de Moehler, et dont quelques copies lithographiées ont été répandues, est un hommage singulièrement significatif à la valeur de ce livre : en près de cinq cents pages, le duc Victor de Broglie analyse Moehler, le discute, le complète, laisse la parole à Nitzsch et la rend à Moehler; et le plus bel éloge, peut-être, qu'on puisse faire de la Symbolique, est de constater qu'un aussi grand esprit la jugea digne d’une étude aussi profonde. Ce travail achevé, il ne prit pas congé de Moehler; un autre manuscrit reste de lui, également propagé par quelques copies, intitulé : Éclaircissements sur le dogme catholique, et portant la date de 1865; il y expose les raisons pour lesquelles, « plus il étudie, plus il réfléchit, plus il devient catholique »; et il déclare « suivre pied à pied le livre de Moehler, non que ce livre lui paraisse à l'abri de tout reproche, mais parce que le plan en est bon, l’ordre lumineux, la disposition sévère et méthodique * ». Ce déiste qu'était le duc Victor de Broglie, « regagné au christianisme, comme il le dit en termes émouvants, par les prières, les entretiens, les exemples d’âmes vraiment saintes, d’âmes nées et nourries dans le sein du protestantisme », avait,

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