‹ Autour du Catholicism socialChapitre 87 sur 106 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

On dit beaucoup, et à juste tre, que notre tempérament nous destine à être les apôtres de l’Idée : voilà pourquoi, sans doute, les « gestes de Dieu » et les « Droits de l'homme » ont tour à tour réclamé notre concours. Ce n'est point ici le lieu de mettre en balance ces deux objets d’apostolat, ni même de commettre un parallèle entre les pacifiques missionpaires qui, plus perspicaces que M. de Voltaire, nous conquéraient au Canada de nombreux arpents de neige, et les « grenadiers héroïques et burlesques » — comme les appelle quelque part Renan — «qui semèrent à tous les vents les idées de Ia Révolution. » Qu'il nous suffise de constater que l’apostolat officiel des « idées révolutionnaires » est un rôle dont nous avons commencé de nous lasser depuis le jour, trop instructif, hélas ! où sont écloses à nos portes certaines « unités nationales » que nous avions géné-

reusement couvées. Tout au contraire, malgré les efforts que fit parfois la politique pour déconcerter nos missionnaires, leur nombre se multiplie et leur domaine s'étend. Taine, 1l y a vingt ans, notait, en des pages qui furent presque ses dernières, la prodigieuse opulence des vocations religieuses, qui est l’un des traits les plus significatifs de l’histoire de l'Église de France au dix-neuvième siècle : les missions ont eu leur part de cette richesse, et cette part fut abondante.

Les patriotes des nations voisines s’en inquièlent, et pour des motifs tout autres leur inquiétude semble partagée par les intransigeants philosophes de certaine commission du budget. Les missionnaires sont des gens qu'il faut laisser se débrouiller tout seuls : qu'ils s'entendent avec le Pape, leur souverain; et que le Pape les fasse protéger par ses nonces, à supposer que les empires non chrétiens agréent des diplomates de cet ordre : cela ne regarde point la France. Telle est, en substance, la thèse qu'esquissait jadis, en ses Principes de colonisation !, M. J.-B. de Lanessan etque plus récemment il reprenait dans son livre : les Missions el leur protectorat?. « Cela ne regarde point la France » : la proposition fait école: elle est répétée, de plus en plus impérieusement, par certains catholiques de l'étranger. Désireux d’abriter leurs missions sous les serres de l’Aigle Noir ou sous les bras, un peu timides encore, de la

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