‹ Autour du Catholicism socialChapitre 93 sur 106 · PRE NT PTS · texte numérisé non relu

PRE NT PTS

créant, depuis dix ans, vingt et une paroisses nouvelles, l’archevèque de Paris en a d'ores et déjà dessiné une quarantaine d’autres ; il espère qu'en cinq années, dix au plus, elles seront à leur tour fondées.

L'Étatrévolutionnaire aimait régnersur desatomes, qu'il proclamait libres en droit, égaux en droit, mais qui demeuraient des atomes ; il les isolait les uns des autres, comme pour mieux les affaiblir. L'Église n’aime pas cetle façon de régner ; et dans une ville comme Paris, où l'individu, qualifié théoriquement de souverain, risque, en effet, de n'être qu'une épave, des initiatives catholiques ont entrepris de contrebalancer les terribles effets de cet émiettement. S'élevant au-dessus de l’éparpillement des individus, l’apostolat catholique, en ces dernières années, a conslaté, fort intelligemment, l'existence de deux réalités qui dans toute ville peuvent et doivent servir de lien entre un certain nombre d'hommes : la communauté d’origine et la communauté du métier.

Il y a dans Paris des Bretons et des Limousins, et des Aveyronnais, et des Lozériens, et c'est une énumération que nous pourrions continuer ‘. Sur 16.000 malades de la tuberculose à l'hôpital Tenon, de 1879 à 1900, on a compté 11.250 immigrés de la

1. Sur ces œuvres de préservation des provinciaux dans Paris, voir les articles du comte Daru dans le Correspondant des 10 et 15 février 1910.

province contre 4.974 Parisiens. L'apostolat catholique cherche ces provinciaux, il les rassemble, les assiste, crée pour eux, parfois, des centres de culte spéciaux, accoutume leurs esprits, trop souvent désorientés, à sentir qu’à l'ombre de l’association qui leur est ouverte ils reprennent en quelque sorte racine, pendant une heure fugitive, dans la province lointaine et toujours aimée. A la conférence des œuvres provinciales, tenue à l’archevêché en mai 1911, 21 de ces associations étaient représentées. D'innombrablesimmigréssesentaient perdus; l’apostolat catholique les fait se retrouver. Depuis ces dernières années, ils n'ont qu’à pousser un battant de porte, dans une église quelconque, pour y lire, sur une grande affiche, le titre et l'adresse de l’association provinciale à laquelle leur origine les rattache. Ils flottaient sur un chaos; l'Église les appelle, les reconstruit en ruches, elle tresse à nouveau, entre eux et leur petite patrie, un lien que par ignorance ou par gaucherie ils laissaient s’affaiblir.

Les besoins les plus profonds des hommes sont quelquefois les moins conscients ; étouffés qu'ils sont par certaines idées fausses ou factices, ils crient encore sans être entendus ;ils se révoltent, d’une révolte qui cause une souffrance, sans cependant être compris. Tels furent les besoins auxquels le libéralisme révolutionnaire, avec les sanglantes méthodes dont tout d’abord il s’arma, imposa brutalement silence : besoin de garder contact avec les gens de la même province, besoin de s'entendre avec les gens du même métier. L’apostolat parisien contemporain va chercher ces instincts indestructibles, il les amène au premier plan des consciences, il les satisfait, il

greffe sur eux de nouveaux modes d'action religieuse.

Une des créations les plus originales de ces dernières années fut l'organisation de services religieux spéciaux, pour certaines catégories de métiers, ouvrières de lacouture,employés decommerce. L'Église prend leurs heures. Les ouvrières de couture — les midinettes, comme on les appelle — disposent pour leur déjeuner de plusieurs quarts d'heure de liberté, sur le coup de midi. De temps à autre, dans l’une des paroisses où bourdonnent leurs ateliers, on annonce que cinq jours de suite, de midi un quart à midi 50, un sermon sera donné pour elles; le cinquième jour c'est l'archevêque en personne qui, à cette heure où tout Paris déjeune, vient les évangéliser. En grand nombre elles répondent à l'appel, récompensant ainsi le geste de l’Église. Mgr Odelin signalait au congrès diocésain de 1910 que plus de 5.000 jeunes ouvrières avaient, à la suite de ces retraites, rempli leur devoir religieux, que plusieurs avaient reçu le baptême, que d’autres avaient fait leur première communion, et que l'œuvre se parachevait par la création, dans trois paroisses, de restaurants spéciaux ou de réchauds pareils à celui qu'avait antérieurement fait inaugurer le P. Du Lac, et qui les dispensent d’aller chercher leur repas de midi dans la promiscuité du petit café. Ne vivant pas seulement de pain, elles s’en furent chercher la parole de Dieu ; et par une attachante réciprocité, voici qu’à l’ombre même des clochers où elles recueillirent cette parole, des restaurants, à elles réservés, où nul péril ne les guette, leur sont offerts par des curés, qui comprennent qu'en vivant de la parole de Dieu, toute

fraîche, toute neuve, elles ont aussi besoin, comme par le passé, de vivre de pain !.

Après les midinettes, ce furent les employés de l'alimentation qu’onatteignit. L'apostolat desforains, celui des mariniers, aussi, sont organisés. Certaines de ces organisations sont des chefs-d’œuvre, dont l'histoire ressemble, parfois, à une légende de sainteté. Dans la revue le Correspondant, M. Maurice Talmeyr a consacré à ces initiatives une série d’articles attachants, que d’un joli mot, parfaitement exact, il a pu intituler la Nouvelle légende dorée ?. Il y montre comment s'éveillent, dans les recoins abandonnés de Paris ou de la banlieue, certainsrayons de lumière chrétienne : on les voit filtrer, lentement, à travers certaines âmes que les circonstances semblaient destiner à ignorer toujours le Christ, âmes de forains vagabonds, âmes de mariniers dont la vie s’enferme entre les berges de la Seine, âmes de midinettes, âmes de chiffonniers; et l'on y observe comment ces consciences éveillées et conquises deviennent bientôt des consciences conquérantes, comment ces êtres que l’on croyait perdus s'efforcent à leur tour de gagner d’autres êtres, et comment tout de suite ils rayonnent, par là même qu'illuminés. Ceux mêmes qui jadis avaient fait leur première communion, et qui s’en souviennent, trouvent, parfois, une vraie révélation du christianisme, pendant ces heures rapides où l'attrait de la parole de Dieu fait

1. Voir MARIE LÉPINE, les Missions du midi (n° 18 des Brochures de l'Action religieuse publiée par l'Action populaire de Reims.)

2. Correspondant, 25 juillet, 25 août, 25 septembre et 25 novembre 1907 et 25 février 1910,

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