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tomber de leurs mains leurs agrès de mariniers ou raccourcit leur déjeuner de midinettes. Lorsqu'ils avaient dix ans, onze ans, ils appartenaient, peutêtre, à l’une de ces gigantesques paroisses faubouriennes où trois ou quatre vicaires, se prodiguant, s'essoufflant, instruisaient pour la première communion six ou sept centaines d'enfants; était-ceune faute inexcusable de n'avoir pas toujours retenu, ou toujours compris ? Ce qui fait, en ce moment-c1, à Paris, dans certaines âmes du peuple, la force de pénétration du christianisme, c'est l'excès même du mal dont elles furent victimes; la foi religieuselesfrôla si fugitivement que, lorsqu'on leur en reparle commeil faut en parler, elle ne leur apparaît pas comme une vieille chose démodée qu’elles croient savoir, mais comme quelque chose de nouveau, d’inédit, comme quelque chose qui mérite un élan ; et peut-être goûtent-elles d'autant mieux le don de Dieu qu’assurément elles ne peuvent pas se flatter, les malheureuses, de l'avoir toujours connu.
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Pour coloniser plus méthodiquement, pour pénétrer plus sûrement, l'Église de Paris s'organise. Le désir du cardinal Amette est que, dans chaque paroisse, un comité laïque fonctionne. Ce comité paroissial, recruté par le curé, a pour but de seconder l’action du clergé, et depromouvoir,sousla direction de la hiérarchie religieuse, toutes les œuvres utiles au bien religieux, moral, social de la paroisse. L'action politique
lui demeure étrangère ; l'organisation et l'exercice du culte échappent à son ressort. Le comité paroissial est un comité d'action catholique, etil n’est que cela. Mais dans ces limites mêmes, immense est le champ qui s'ouvre à son activité; et la tâche est si grande que les règlements la fractionnent. On prévoit la répartition du travail en plusieurs sections, s’occupant respectivement des œuvres de religion et de piété, des œuvres d'enseignement et d'éducation, des œuvres de persévérance et de jeunesse, des œuvres charitables et sociales, des œuvres de presse et de propagande.
En 1911, par exemple, lorsque les comités paroissiaux de Paris ont tenu leur réunion générale, l’archevêque leur a demandé de travailler dans chaque paroisse, sous une forme quelconque, au groupement des hommes autour du curé, d’aviser aux moyens de faire respecter la neutralité dans les écoles publiques, de faire respecter le repos hebdomadaire et de lutter contre la presse déshonnête : c'était là le programme de l’année, pour l’activité des comités paroissiaux. On ne leur impose pas des programmes uniformes d'action; mais un but général leur est tracé, vers lequel doivent s'orienter leurs initiatives. On leur recommande la méthode expérimentale, la méthode d'observation; le comité paroiïssial qu’on répute faire la meilleure besogne est celui qui apporte au comité diocésain des enquêtes bien faites sur les besoins et les lacunes d’un quartier. A ces catholiques militants qu'échauffe l’impatience d'agir, l'archevêque vient dire, avec calme et sûreté : soyez d’abord des enquêteurs, étudiez, rendez-vous compte, renseignez-vous et renseignez-nous. Ainsi s'organise peu à peu l'étude:
sérieuse du Paris religieux et social, ainsi se prépare et se mûrit l’action. Il y a là quelque chose de très nouveau, qui fait peu de bruit et peut-être d'autant plus de besogne; des programmes sont dressés pour l'investigation méthodique, et nous allionsdire scientüfique, des détresses morales et sociales dans chaque quartier; ces programmes commandent d’observer «le milieu et la mentalité du public » en ne perdant jamais de vue « l’action possible à entreprendre » ; rédigés d'abord pour les cercles d’études de jeunes gens, ils sont, depuis juillet 1911, proposés aux membres des comités paroissiaux, comme une excellente méthode pour apprendre à voir, et pour arriver à dessiner la physionomie très précise et très nuancée de chaque quartier de Paris.
Les chiffres donnés au congrès diocésain de 1911 attestaientque les paroisses où des comités existaient élaientau nombrede soixante-sept!,etqu'une quarantaine de ces comités donnaient les preuves d'un travail sérieux. Et parmi les initiatives que certains d’entre eux avaient prises, on signalait la création d'œuvres post-scolaires, l'ouverture d'ateliers professionnels, la création de jardins ouvriers, la recherche de mesures pratiques pour la suppression du travail de nuit dans la boulangerie, l'affichage dans les hôtels fréquentés par les étrangers de certains tableaux en diverses langues indiquant les exercices du culte.
Au-dessus de ces groupements paroissiaux fonctionne un comité diocésain. Entre eux et lui, on se préoccupe de resserrer les liens : chaque année,
1. Au congrès diocésain des 27 et 28 février 1912, le rapporteur a constaté que le nombre des comités atteignait quatre-vingt-dix.
quelque membre du comité diocésain visite les comités paroissiaux d’une région de Paris, et une réunion plénière annuelle met en présence les membres du comité diocésain et un délégué de chacun des comités paroissiaux. Ce comité suprème, qui depuis 1906 se réunit à peu près quatre ou cinq fois par an, répartit son travail, lui aussi, entre diverses commissions; c'est dans la commission diocésaine des œuvres charitables et sociales que se préparent les campagnes catholiques en faveur du repos dominical; et lorsque, en 1909, Mgr Amette s’émut de la condition de 4.000 à 5.000 ouvriers boulangers, exclus de toute vie de famille par l'obligation du travail de nuit, c'est le comité diocésain qui, d'accord avec l'Association de la jeunesse catholique, concerta la préparation du meeting où l’archevèque de Paris parut et parla comme défenseur des mitrons *.
Par les soins, encore, du comité diocésain, un secrétariat social, en 1911, s’est organisé, pour renseigner ou pour susciter les créateurs d'œuvres sociales. La réorganisation de l’enseignement libre dans le diocèse de Paris, entreprise immense pour laquelle M. l'abbé Audollent doit compter avec la multitude d’entraves légales chaque jour accumulées ; la formation d’un nouveau corps enseignant, rendu nécessaire par les incapacités qui frappent les congréganistes; l'établissement de certaines caisses destinées à garantir l'avenir des laïques qui se dévouent à cette œuvre : voilà autant d'initiatives qui
1. Voir, sur la part prise par l'archevêque de Paris aux campagnes sociales en faveur des ouvriers boulangers, DE Mun, Mouvement social, décembre 1909, pp. 1319-1324, et même revue, décembre 1909, pp. 1412-1418.
pourraient être l’objet d’une étude spéciale ; elles sont l’un des soucis les plus pressants du comité diocésain.
Il assure, dans tout le diocèse, l’unité de l'inspiration, 1l protège et il encourage la variété des adaptations. Il préfère à l’étalage de certaines façades la discrétion de certaines études. C’est un comité qui cherche et qui travaille, qui sait que les tâtonne. ments sincères peuvent devenir féconds, et que les improvisations hâtives s’effondrent. Les rapports que Mgr Odelin, au nom du comité, apporte annuellement aux congrès diocésains, gravent dans l’intelligence des auditeurs certaines raisons d'espérer et des raisons, plus nombreuses encore, de travailler. C'est le mérite de l’action catholique, dans le Paris contemporain, de savoir regarder les difficultés et de n'en dissimuler aucune, d'aimer à les connaître pour les vaincre plus sûrement, de détester les compliménts oiseux qui aveuglent, les cris de victoire prématurés qui étourdissent. L'archevêché pourrait légitimement se réjouir de cette soudaine éclosion de chapelles de secours et de paroisses, mais l'archevêché se plaint, elil a raison, parce que, en même temps que le nombre des paroisses augmente, le chiffre des vocations fléchit, parce qu’en 1911, dans le diocèse de Paris, on n’a ordonné que onze prêtres, parce que dans les deux années ultérieures on en ordonnera peut-être moins encore. Les perspectives des années plus lointaines sont d’ailleurs plus rassurantes et plus souriantes. L'action catholique parisienne, telle que l’archevêché la concerte et la dirige, s'accoutume à envisager tous les aspects de la réalité, à voir, bien en face, les lacunes et les
périls, à chercher, fût-ce au prix de laborieuses lenteurs, les moyens d’aviser.
L'État, auquel jusqu’en 1905 l’Église fut unie, a sa lourde part de responsabilité dans certaines misères, mais à quoi bon récriminer contre cet ancien consort, infidèle et discourtois ? Les congrès diocésains de l'heure présente s’abstiennent de ces réquisitoires inutiles. Les pays où l’Église est le plus proche de prospérer ne sont pas ceux où les catholiques s’excusent pour ce qu'ils n’ont point fait, mais ceux, bien plutôt, où, préoccupés de leurs responsabilités, ils inclinent à s’accuser et, tout au moins, aspirent toujours à mieux faire: telles sont les habitudes d’esprit,nous allions dire les habitudes de conscience, que vise à développer, chez eux, l’organisation toute récente du diocèse de Paris. Dussent-ils passer pour pessimistes en demeurant, malgré leur bonne volonté, toujours mécontents d'eux-mêmes et toujours inquiets d'avoir trop peu fait, c’est du moins une forme de pessimisme qui ne saurait les paralyser, puisque leur foi même, qui leur commande l'espoir, fortifie ainsi, dans leurs âmes soucieuses, la seule forme d'optimisme qui ne soit jamais décevante, la confiance en Dieu.
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