vol. Typographie de la Propagande
cette proclamation même amorcer une enquête t, « L'Église donc, observe M. l'abbé Delbrel, permet, exige même, que les laïques prennent part, avec les prêtres et l’évêque, à une des opérations les plus graves, les plus délicates, entre toutes celles que comporte le recrutement du clergé. C’est leur indiquer assez clairement qu’elle n'entend pas leur interdire, en principe, de participer à la grande œuvre du recrutement ecclésiastique, c’est au contraire les inviter à y coopérer dans une très large mesure. »
La liturgie, cette forme rituelle de la prière chrétienne, exprime par mille détails la notion de ce que doit être le peuple chrétien, et de ses devoirs, et du ministère de prière et du ministère d'action que sous la direction du prêtre ce peuple doit exercer. En linvitant à prier pour qu'il y ait des prêtres, en associant directement aux graves soucis qu'éprouve l’évêque lorsqu'il ordonne des prêtres, la liturgie atteste, implicitement, que ce ‘n’est pas seulement affaire à Dieu, et affaire au clergé, de conjurer le grand péril pressenti par Mgr Bougaud.
Être de temps à autre, et surtout au lit de mort, les bénéficiaires des grâces dont dispose l’Église ; et puis, le reste du temps, demeurer indifférents à sa vie: c'est une attitude qui peut-être est conforme à un certain esprit de laïcisation, mais qui certainement
1. Voir à ce sujet GasPparRi, Tractalus canonicus de sacra ordinatione, II, pp. 25-27 (Paris, Briguet, 1894).
est contraire aux exigences du sens social et du devoir social. La société civile s’organisant en dehors de toute préoccupation religieuse, et s'arrangeant, si l’on peut ainsi dire, en dehors de Dieu : c'est pour l'esprit de laïcisation une première victoire, et les adversaires de l'Église sont aussi âpres à la maintenir qu'ils furent lents à la gagner. Mais il semble que de leur côté les fidèles mêmes de l'Église assurent à cet esprit une seconde victoire lorsqu'ils signifient implicitement à leur Église, par leur conduite oisive, détachée : à Dieu de s'arranger sans nous et, sans nous, de trouver ses prêtres, et, sans nous, de faire son œuvre. Après que l'État laïque s'est séparé d'avec la société religieuse, faut-1l encore que l'individu laïque, même pratiquant, s’isole des préoccupations les plus urgentes de la société religieuse, celle d’avoir des prêtres qui lui garantissent le lendemain ? Nous ne sommes plus au temps où l’on voyait la foule chrétienne, par un mode de recrutement improvisé, pousser vers l’évêque tel ou tel de ses membres en requérant qu'il en fît un prêtre, et où celte foule, parfois, mettait dans ses instances une telle importunité, que deux documents pontificaux, signés l’un du pape Célestin, l’autre du pape Étienne‘, parurent nécessaires pour sauvegarder contre cette pétulance du peuple la liberté suprême de la hiérarchie, qui seule « appelle » le prêtre. Aujourd'hui, tout au contraire, beaucoup de familles seraient assurément plus enclines à décourager les vocations qu'à les promouvoir; à les cacher qu’à les offrir; et beaucoup de pères méditeraient effica-