Revue de Métaphysique et de mora2e,mars 1906, p
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diffamée? Le chnstianismeypar sa prédication de charité, revendique et garde une prise sur le for intime de l'âme, sur nos dispositions cachées, sur notre esprit de conduite sociale; de notre conduite sociale, au contraire^ le c solidarisme » ne considère et n'atteint que l'extérieur. Entre le « solidarisme >, tel que le conçoit M. Bougie, et Tesprit de charité, il y aura la même différence qu^enlre Fobéissance aux Codes et Tétat moral de « vertu ». Le droit positif ne fonde pas T obligation morale ; le solidarisme, développé dans des articles de code, ne la fondera pas davantage.
Le •oiidariime, en dernière analyse, tombe sous les critiques qu'adressent depuis longtemps les philosophes anx € morales de Fintérét ».
Car, ainsi que l'a très bien observé, dans la Revue internationale de Venseignemen t^ M. l'Inspecteur général Evellin, le solidarisme n'est, en dernière analyse, qu' « une sorte de mélange des doctrines de la sympathie et de rintérêt général, tant de fois critiquées. » Malgré Bentbam et malgré Stuart Mill, on a renoncé à fonder l'obligation morale, soit sur la sympathie, soit sur la considération de l'intérêt général: M. Evellin, qui depuis longtemps analyse renseignement de la morale à Técole primaire et qui scrute avec scrupule l'efficacité de cet enseignement, redoute que le solidarisme ne réserve dépareilles déceptions. < Tu profites du dévouement de l'humanité ; donc, donne-lui loi-même ton dévouement »: c'est en ce commandement qu'on pourrait résumer la morale solidariste. M. Evellin craint que cette morale, dans la pratique, « ne nous donne que des âmes étroites, égoïstes, occupées surtout à éluder le devoir. » D'où l'impératif solidariste tire-t-il son caractère obliga-
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toire ? Notre philosophe le cherche et ne le trouve point. Membres de la société, nous bénéficierons forcément des avantages de l'institution sociale ; dès lors, pour Tégoïste, où est la nécessité de payer sa dette à cette institution? « Ne peut-on, demande M. Evellin,pour en bénéficier deux fois, se soustraire discrètement aux lois de la solidarité humaine, et ajouter ainsi son profit personnel aux profits qu'on estime devoir toujours obtenir de la sincérité des âmes honnêtes et de la candeur de ceux qui veulent bien jouer franc jeu ? » *.
On ne saurait mieux dire : ceux-là qui, sincèrement, franchement, s'efforceront de rendre au corps social service pour service, seront peut-être honorés pour leur dévouée candeur ; mais, que vous pratiquiez ou non ce qu'il est de mode d'appeler le devoir de solidarité, vous profiterez pareillement, également, de ce qu'a de bienfaisant pour tous les membres du corps social le fait de la solidarité ; et si vous vous soustrayez au devoir, qui est en somme une charge, vous pouvez espérer, par surcroît, une jouissance de plus. Lorsque le solidarisme s'essaie à nous montrer que nous aurions intérêt à lui obéir, il ne persuade que les désintéressés ; à l'avance, leur cœur a des raisons que la raison ne connaît point.
Vainement, en effet, les champions de cette doctrine s'essaieront à sortir du dilemme où les accule, dans la Revue politique et parlementaire y M. Malapert. « Si votre solidarité est nécessaire, leur fait observer le professeur de philosophie du lycée Louis-le-Grand, elle se produira bien sans moi, et je n'ai pas besoin de peiner pour aider la nature à poursuivre et atteindre ses fins ; mon intérêt m'est plus proche, plus cher, plus facile, je m'enferme