Mouvement socialiste^ !•» janvier 1903, p
2. Cf. Goyau, Autour du catholicisme social, première séric| p. 47-65.
logique d'un postulat matérialiste. De tout cela l'on aurait peut-être le droit de conclure que les < libéraux » sont des matérialistes logiques, et que les socialistes ne sont des matérialistes que par accident. Mais, sans taquiner davantage un « libéralisme > suranné, nous retiendrons simplement qu'entre les revendications socialistes et la philosophie matérialiste il n'y a qu'un lien factice, une juxtaposition plutôt qu'une synthèse *.
C'est ce que témoigne d'ailleurs la formule célèbre par laquelle le socialisme d'Outre-Rhin a défini son attitude à l'endroit de l'idée religieuse : « La religion est une chose privée. > Rien de plus varié ni de plus embarrassé, que les commentaires donnés à cette formule (2).
1. De même pourrait-on soutenir qu'il n'y a qu*un lien factice entre les théories de beaucoup de socialistes sur Tunion libre et leurs revendications sociales puisqu'on a pu signaler à bon droit, dans le socialisme, (Association catholique, 15 jan-! vier 1902, p. 81-82), « une renaissance de la conception catholique du mariage indissoluble. » Pour M. Greulich, le socialiste suisse, « l'idéal du mariage est l'idéal catholique, l'union indissoluble. » {Journal de Genève, 30 décembre 1901). — M. Sergio Panunzio {Mouvement socialiste, 15 avril 1906, p. 444-447) montre que les « socialistes juridiques » considèrent le mariage comme une « institution essentiellement sociale » et condamnent le divorce comme « présupposant un individualisme sans limites. » L'un d'entre eux, M. Salvioli, écrit que, « du point de vue de la solidarité et du droit social, l'indissolubilité du lien doit être maintenue, au moins dans le cas où des enfants seraient nés du mariage. »
2. Voir G; Sorel, Eludes socialistes,!, p, 247-248 (Paris, Jacques, 1903) : il estime que cette formule allemande ne peut s'appliquer que dans un pays qui a les mœurs américaines.
Parce que € la religion est une chose privée », on inscrit en tout pays, dans le programme des partis socialistes*, que le budget des cultes doit être supprimé, que les liens qui unissent les Églises à l'État doivent être rompus, que la foi religieuse doit être exclue de l'école : ce sont là des idées que le socialisme révolutionnaire a purement et simplement empruntées aux manifestes d'un certain libéralisme; et l'on trouverait aisément, dans le Syllabus de Pie IX, qui visait le libéralisme et non point le socialisme, la condamnation de ces diverses thèses. En interprétant de la sorte ces mots : « la religion est une chose privée, > les programmes politiques du socialisme lèsent l'idéal catholique dans la môme mesure, exactement, où cet idéal est lésé par les programmes du radicalisme bourgeois. Dire, en ce sens, que la religion est une chose privée, c'est dénier à la religion le caractère et la valeur d'une institution sociale, d'un système de communion humaine, et c'est évidemment là une négation à laquelle, en théorie, le catholicisme ne saurait consentir.
• Mais inversement, de cette même formule ; « la religion est une chose privée, > l'on peut déduire — et même on le doit — que le Credo religieux du citoyen est respectable. Tout à l'heure, en la poussant à bout, nous étions tout près de la dénoncer comme une devise d'anarchie religieuse, même comme un attentat à l'idée confessionnelle ; et voici se dessiner un autre horizon où elle nous apparaît comme une devise de tolérance. Destructrice, peutêtre, de tout établissement religieux, la maxime d'après laquelle la religion est une chose privée, peut en revanche assurer une certaine liberté aux rapports de la conscience individuelle avec l'au-delà, — j'entends avec l'au-delà tel qu'il est conçu par cette conscience. Si légitime est la déduction, et si
authentique la conséquence, que nous voyons certains publicistes, aujourd'hui, suspecter de cléricalisme ces deux mots: Religion Priv^U^che.4i La théorie selon laquelle la religion est une affaire personnelle peut être très belle, écrit M. Belfort Bax ; mais, si elle est poussée logiquement à Textrême, elle devient dangereuse à plus d'un point de vue. Elle signifie , si elle a un sens quelconque, que le parti socialiste, comme tel, ne doit jamais attaquer d'une manière consciente les dogmes religieux. Heureusement que ce principe n'est pas observé strictement, car noas trouvons dans maint organe socialiste des attaques plus ou moins ouvertes contre le christianisme ^>Le journal La, Raison^ à la date du l*' mars 1903, dénon çait à son tour comme un « pitoyable dophisme » la formule allemande : « La religion est une affaire privée. » Et de fait, si Ton pense, avec certains anticléricaux systématiques qui forment les troupes auxiliaires du socialisme, que l'idée religieuse n'est qu'une tare cérébrale, une maladie épidémique, digne d'être combattue comme la tuberculose ou comme la peste, il y aurait dès lors inconséquence ou lâcheté à se désintéresser de la religion comme d'une affaire privée ; et le premier bienfait du socialisme à l'endroit de l'humanité devrait être de traquer, dans le for intime privé, ce microbe moral. C'est ainsi que la phrase: Reliffion Privatsache^ jaidis brandie comme une menace par les partisans de la séparation des Églises et de l'btat, ou même de la suppression des Églises, sert de retranchement, aujourd'hui, dans les congrès socialistes, aux orateurs qu'inquiètent les exubérances d'un certain anticléricalisme et qui ont à cœur de repousser ces exubérances.
Entre les jeux de dialectique auxquels cette phrase