‹ Autour du catholicisme social (volume 2)Chapitre 33 sur 99 · II · texte numérisé non relu

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\ Or, en même temps qu^ les adversaires de l'Église catholique exploitaient cÎRntre elle les trompeuses devises de « laïcité » et deV« neutralité », il était à craindre que les fidèles, sanV le savoir ni le vouloir, ne se rendissent complices \du courant même par lequel ils risquaient d'être bal^y^s. N'allaient-ils pas prendre à l'égard de leur siècle une attitude de démissionnaires? L'Etat commlpi^dait l'exode de Dieu ; les croyants, à leur tour, n'af^^i^^^t-ils pas suivre Dieu dans son exode, plutôt qlp® de garder, si possible, quelque crédit dans la jfl^ce pour l*y faire un

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jour rentrer ? Leur Église était exclue ; ne voudraient-ils pas s'exclure avec elle? Leurs prêtres,d'un geste brutal, étaient renvoyés à la sacristie ; ne formeraient-ils point, derrière ces prêtres ainsi mis en interdit par l'esprit « laïque », une dévote et confuse escorte, qui refermerait sur elle les grilles des parvis ? Il y aurait eu, dans cette conduite, une grande apparence de piété et de dignité, parfois môme quelque sacrifice ; et les premiers instants en eussent été coûteux. Mais elle courait le péril auquel sont exposés certains effacements et certains détachements ; l'esprit de paresse et de torpeur, avec ses insidieuses circonvallations, assiège et menace sans cesse les réserves qui se piquent d'êtres fières et les expectatives qui se laissent qualifier d'héroïques ; il transforme les confenances provisoires en postures définitives, dissimule les conditions nouvelles, les besoins nouveaux et dès lors les devoirs nouveaux, et supprime, en un mot, le sens de la vie. Telle est la mésaventure dont les catholiques eussent affronté l'irréparable danger, si, complétant euxmêmes l'ostracisme qu'avaient préparé contre eux les ennemis de leur foi, ils avaient commis l'erreur de tactique de s'infliger à eux-mêmes une autre sorte d'ostracisme. Devaient-ils s'exiler de leur temps, plus irrévocablement encore qu'ils n'en étaient exilés? Devaient-ils n'avoir d'autre politique que d'attendre? Sous quelques dehors que se déguisât une telle attente, soit qu'elle patientât, soit qu'elle s'impatientât) l'impatience môme, en ses capricieux et inutiles soubresauts, n'était-elle pas encore une passivité ?

Montalembert, une première fois, en sut convaincre les catholiques ; il leur remontra que c'est parfois un péché de pleurer trop longuement sur le péché des incroyants, et que Dieu préfère nos bras à nos larmes, bien qu'en sa toute-puissance il n'ait besoin

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ni des an» ni des antres. Et l'on vît les citoyens catholiques saisir et comprendre qa'en tant que citoyens et en tant que catholiques ils avaient on mot à dire et un poids à jeter ; et de même que le développement des libertés publiq'ies avait amené un O'Connell, au-delà de la Manche, à jouer un rôle dans une assemblée foncièrement hostile au papisme, de même l'idée catholique commença de se montrer telle quelle, intégrale, dans le Parlement d'une royauté voltairienne, et prit définitivement conscience de sa force lorsque, parmi les premiers ébats du suffrage universel émancipé, elle vit s'attacher à elle, non point seulement des serviteurs qui depuis longtemps s'appelaient Montalembert ^, Falloux, Veuillot, mais même des alliés qui s'appelaient Lamartine, Adolphe Thiers, Victor Cousin.

Cinquante ans ont passé depuis lors ; et la longue série de défaites qu'a subies l'idée catholique sur le terrain parlementaire, et que n'ont pu conjurer d'inoubliables merveilles d'éloquence, semblait ramener beaucoup de fidèles — plusieurs autres causes aidant — vers cet état d'esprit où Montalembert, jadis, les avait empêchés de s'enlizer. Voyant assez clair et assez net pour discerner qu'en somme la vie publique n'est souvent qu'une bagarre d'ambitions ou un sport de scepticismes, ils ne cherchaient d'autre poste, pour leur désintéressement, que la tour

1. Les trois volumes que le P. Lecanuet a consacrés à Montalembert — Tune des plus belles œuvres d'histoire relfgieuse publiées en cosdcriiiors temps — attestent combien, chez Montalembert. l'action fut à la hauteur du conseil, et le dévouement à la hauteur du prog^rammc. (Paris. Poussiclgue . )

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d*ivoire de leur âme, et considéraient la bouderie comme une marque d'intransigeante susceptibilité, comme un raffinement de Thonneur... On raisonne mieux sur les champs de bataille, où la bouderie est réputée une lâcheté.

Mais à mesure que le siècle qui souleva tant de problèmes et n'en résolut aucun se hâtait de s'engloutir dans l'histoire, on constatait, de toutes parts, que la vie parlementaire résume de moins en moins la vie publique, qu'elle ne la recouvre que partiellement, ne la représente que d'une façon très fragmentaire, et souvent fort trompeuse *. Les désillusions de l'électeur berné confirmaient ou provoquaient les observations sagaces des sociologues ; entre les sujets du régime parlementaire et les analystes du parlementarisme, il y avait complicité pour guetter à travers le pays d'autres foyers auprès desquels on pût s'éclairer, se réchauflfer, et peut-être, un jour, changer en « or pur » le « plomb vil » de la politique. Le citoyen acquérait lentement la connaissance de ses intérêts professionnels ; et considérant ces intérêts mêmes comme le point de départ d'une action jusqu'alors inédite, il créait à côté du pouvoir législatif, des associations professionnelles, des groupements syndicaux, des coopératives, des bourses du travail, tout un ensemble de sociétés qui, sous des noms divers, ratifiaient le lien naturel créé par l'appartenance à un même métier.

Une nouvelle carrière s'ouvrait aux catholiques ; ils y sont entrés. Ils avaient môme, grâce au labeur de cette Œavre des Cercles qui fut une semeuse d'idées, dessiné d'avance les horizons qu'il était permis d'entrevoir ; et l'histoire des trente dernières années reconnaît en eux les précurseurs du mouvement syndical. Ils méritèrent ainsi, aux regards de

l^ Voir Goyau, Autour du catholicisme social, 2® série, p. 47-75.

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l'observateur impartial, une sorte de préséance parmi ce groupe de réformateurs, devenus chaque jour plus nombreux, qui tendaient à lutter contre les effets antisociaux de l'individualisme révolutionnaire en travaillant à l'organisation des professions ; et c'est là une préséance que les catholiques aimeront toujours à revendiquer, non comme un droit pour leurs personnes ou comme un étai pour leur crédit, mais comme un titre pour leur doctrine.

Cependant la force des courants révolutionnaires allait croissant ; les violents, devenus souvent les maîtres du mouvement, cherchaient à préparer le succès d'une certaine philosophie antireligieuse en la mettant à la remorque des idées de réforme sociale ; et sans doute cette philosophie, si familière qu'elle fût au parti socialiste révolutionnaire, n'était rattachée que par un lien tout factice à l'ensemble des revendications économiques auxquelles se vouaient les syndicats ; mais on ne pouvait reprocher aux catholiques qui s'occupaient de l'avenir syndical, de déplorer qu'il se compromît en aussi mauvaise compagnie. De là devaient résulter des scrupules, et de ces scrupules des tiédeurs.

C'est sur ces entrefaites que parurent les décrets de M, Millerand sur les conseils du travail ; à quelque variété d'opinions qu'ils aient donné lieu, ils assuraient en fait, à tous les syndicats quels qu'ils fussent, un rôle effectif dans l'élaboration des projets de lois ouvrières et un droit réel à l'audience des pouvoirs publics ; les initiatives catholiques, comme toutes les autres, pouvaient dès lors avoir une répercussion dans la vie légale du monde ouvrier; et pour participer de plain-pied à cette forme nouvelle de la vie publique, les catholiques de Theure présente n'ont qu'à développer dans certaines régions, à créer dans toutes les autres, ces groupements de travailleurs réclamés, dès le lendemain de la guerre.

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par M. le comte Albert de Mun. Car son insouciance de passer pour réactionnaire et ses impétueux élans vers la « contre-révolution » prédestinaient, dès l'origine, l'illustre représentant de la catholique Bretagne à être un architecte de l'avenir — d'un avenir encore plus prochain que peut-être il ne le croyait lui-môme, de cet avenir qui aujourd'hui est le présent.

L'entrée des catholiques dans la vie parlementaire avait eu des airs d'expédient; tout au plus était-elle une conséquence naturelle des maximes d'éclectisme que professera toujours, au sujet des diverses formes de gouvernement, la largeur d'esprit de l'Eglise, incessamment soucieuse, depuis dix-neuf siècles, de voir ses fidèles adapter à l'évolution des temps leurs méthodes et leur action.

Mais l'entrée des catholiques dans la vie réorganisée du monde du travail est quelque chose de plus qu'un acte d'obéissance aux opportunités de l'heure actuelle. Us n'innovent point, ici; ils ne font que se continuer ; ils consacrent un mouvement qu'euxmêmes ont inauguré, et appliquent une doctrine essentiellement romaine en ses assises, fille du Syl^ lahus et de l'encyclique Rerum Novarum, doctrine qui restaurait, vis-à-vis des faux dogmes de 1789, la réalité du lien professionnel et du lien social, et qui élevait au-dessus des vicissitudes de la concurrence industrielle, cruellement déchaînée par le < libéralisme », les droits de la dignité humaine et les devoirs de la fraternité chrétienne.

A côté de ces deux portes d'accès dans la vie nationale, l'Exposition universelle de 1900 en ménageait aux catholiques une troisième. Elle leur offrait

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