‹ Autour du catholicisme social (volume 2)Chapitre 34 sur 99 · LE CATHOLICISME A L^EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

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un autre moyen de répondre en fait, et sans réfutations oiseuses, à l'arrogance coutumière de l'esprit laïcisateur ; c'était de montrer, sur un terrain ouvert à tous, l'orientation de leurs pensées, le sens de leurs efforts, le résultat de leurs œuvres. Ainsi firentils. Citoyens de la République française, ils étalèrent sous les yeux du pays, et ce qu^ils essaient, et ce qu'ils réalisent; et de même que souvent, en face d'une philosophie hostile, l'exposé tranquille et systématique du dogme est la meilleure des apologies, de même il advint qu'en face d'une politique hostile la simple exposition des « œuvres » fut le plus significatif des plaidoyers. Ce fut pour beaucoup de visiteurs une surprise insigne. La lecture des polémiques quotidiennes leur avait révélé, de longue date, les conditions ingrates dont s'attristaient les catholiques, les menaces incessantes qui pesaient sur leurs congrégations, les suspicions ou les calomnies qui visaient leurs œuvres, les exigences légales qui gênaient ou décourageaient leur autonomie pédagogique ; et l'Exposition révélait que, derrière les doléances, chaque jour, hélas 1 plus légitimes, et derrière les revendications, jamais prescrites parce que toujours répétées, un travail se tentait; que ce travail, sans nul désespoir, bravait la défaveur des circonstances ; et que ce travail réussissait. Oui, il réussissait, lors même qu'il s'exerçait sur un sol volontairement desséché par le pouvoir, et lors même que le pouvoir concentrait sur des terrains voisins et hostiles le lucratif rayonnement de ses sourires; et les plaintes justifiées où les catholiques avaient parfois semblé s'attarder à l'excès, tournaient à l'honneur même de leur vitalité, puisque l'inimitié la plus savante n'avait pu ni l'entraver ni la tarir.

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Des écrivains informés, en une suile de rapports qui figureront avec relief dans l'histoire du catholi-* cisme contemporain, ont tracé Tattrayant tableau des œuvres catholiques dans les diverses sections de TExposition universelle ; leur trait est d'autant plus précis, d'autant plus sûr de lui-môme, qu'avant d'être les greffiers de Faction catholique, ils en avaient, chacun dans sa sphère, été les ouvriers. Nous ne voulons point ici les répéter, moins encore dispenser de les lire; et notre attention s'arrêtera, surtout, sur la leçon d'attitude que les organisateurs de l'Exposition des œuvres catholiques ont donnée à leurs coreligionnaires.

C'est en montrant et ce qu'ils sont, et ce qu'ils font, que les catholiques peuvent ressusciter l'antique prestige de leur foi *. Car ils déjouent ainsi la tactique des nombreux adversaires qui, tout en les éconduisant au nom de la laïcisation, les accusent de faire bande à part et de se désintéresser de la vie du pays. Des susceptibilités s'émeuvent — et je le comprends — lorsqu'il semble que le catholicisme se dispose à descendre en lice, face à face avec d'autres doctrines, et que, promené par d'aventureux avocats, il va peut-être se soumettre, concurremment avec toutes les autres, à la merci de je ne

1. On ne saurait trop faire connaître, à cet égard, Toeuvre de diffusion entreprise par V Action Populaire de Reims : ses Guides- Annuaires sociaux, ses tracts tri-mensuels qui seront bientôt au nombre de cent cinquante et qui passent en revue toutes les initiatives catholiques sociales, ses précieux recueils de monographies : Françaises, Prêtres de France, Jeunes de France, sa collection des Actes sociaux, montrent avec éclat et avec solidité ce que les catholiques sont et font.

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sais quel < jugement de Dieu ». Que ces susceptibililés se rassureoi : l'apostolique condescendance qui conduit les champions du catholicisme à accepter certaines joutes sera toujours redressée par la prudence de l'Église, à l'instant où cette condescendance pourrait devenir une duperie. L'Église, d'une part, craindrait de déroger à sa vocation conquérante, si elle ne se pliait point aux conditions actuelles du combat ; mais épiez-la, d'autre part, dans cette confuse mêlée des divers systèmes qui lui disputent l'opinion des hommes. Parmi ces systèmes, vous voyez les uns battre ouvertement en retraite, une retraite souvent définitive, et les autres, triomphateurs du jour, laisser confisquer leur gloire par un homme qui leur donne son nom et qui, souvent, survivra à leur fortune; mais la doctrine catholique, elle, si poignantes que soient les heures de disgrâce, n'esquisse jamais une retraite volontaire ; et quelles que soient les coopérations d'élite qui lui procurent certains succès, jamais elle n'impute sa victoire qu'à Dieu seul. Et, par-dessus la mêlée, el e continue d*émerger, sans que les complaisances de l'approche, les courtoisies du vis-à-vis, les coquetteries du duel, portent aucune atteinte, ni à son caractère transcendant, i^i à sa sécurité finale.

Soit que l'on observe les prérogatives de vérité absolue, intangible, immuable, que l'Eglise catholique réclame pour son dogme, soit que Ton prenne acte de ses exigences morales et sociales et de son ferme vouloir d'imprégner de christianisme la vie totale de Tôtre humain et des groupements humains, on en vient à conclure — à ne parler ici qu'humai-

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nement — que, dans le chaos des systèmes, la conception catholique tient toujours le premier rang. C'est au reste ce que sentent, encore qu'ils ne se Tavouent pas toujours, les impétueux détracteurs qui, tout en qualifiant l'Église d'organisme fatigué, épuisent contre cette sénilité la violence de leurs efforts. Ils devinent que ces interminables luttes, qui prolongent d'interminables incertitudes, deviennent importunes au commun des hommes, et que la lassitude même les ramènera vers l'unique doctrine qui croit d'une invincible certitude à sa victoire future, et qui n'aura rien à changer d'ellemême pour recueillir cette victoire. Son orgueil même — comme ils disaient la veille — sera pour eux la séduction du lendemain ; à l'issue des terrains mouvants où ils auront laissé, peut-être, leur foi dans leur propre raison sans perdre complètetement la foi dans l'au-delà, la stabilité provocante de la doctrine catholique les arrêtera et les fixera : la sérénité de ses mystères leur fera Teffet d'une de ces atmosphères dont les vertus vivifiantes compensent l'altitude et la difficulté d'accès, et qui permettent aux respirations essDufflées de réparer en paix l'inquiétude de leur rythme. Désireux de se reposer dans l'absolu, c'est au catholicisme seul qu'ils pourront aller. Montrons-leur dès maintenant, comme l'Exposition des œuvres catholiques le leur a révélé, que l'absolutisme de notre foi ne nous isole point de l'humanité, mais qu'il nous y attache au contraire, et qu'il nous y plonge ; qu'il nous amène à nous dévouer pour elle, non point avec l'élan d'une sensibilité toujours capricieuse, mais au nom de cette idée de fraternité, inséparable du dogme chrétien et de la piété chrétienne, et qui garantit par là même la continuité des dévouements ; et qu'au jour où ces coureurs de doctrines, saturés de la« liberté » même de la pensée, chargeront TÉglise catholique de mettre

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leurs intelligences à Pancre, elle ramènera tout de suite leurs bonnes volontés en pleine mer, pour la pratique du bien, pour l'exercice de la charité, pour la recherche de l'héroïsme.

Mais voici venir d'autres esprits qui, rebelles à la notion même de vérité absolue, apprécient, dans chaque système philosophique ou religieux qui brigue leurs suffrages, l'ordonnance architecturale du système, le lien harmonique qui en rattache entre elles les diverses parties, la cohésion qu'elles présentent* De la véracité même de la doctrine, ils n'ont souci, et s'estiment d'ailleurs incapables de s'en rendre compte ; mais ils peuvent apprécier, empiriquement, dans quelle mesure cette doctrine enveloppe, dicte et détermine la vie de ses adeptes, et c'est comme cadre et comme mobile d'existence qu'elle leur paraît digne d'estime ou de mépris. Ne pouvant observer les racines de l'arbre, ou de parti pris ne le voulant pas, ils jugent de l'arbre par ses fruits. Peu leur importe si les doctrines sont vraies en ellesmêmes ; ce qui les intéresse, volontiers dirions-nous ce qui les amuse, c'est de rechercher si les personnes vivantes dans lesquelles elles se traduisent et s'incarnent sont vraies avec elles-mêmes, et, si j'ose ainsi dire, homogènes avec leurs doctrines.

On voit tout de suite combien ces habitudes d'esprit d'une seconde catégorie de nos contemporains peuvent favoriser le crédit du catholicisme : c'est affaire aux catholiques, et à eux seuls. Qu'ils se souviennent que leur façon de vivre et d'agir sera interprétée comme l'expression empirique de leur foi, qu'ils seront l'image d'après laquelle l'Idée sera jugée, qu'ils seront considérés comme l'écho du Verbe, et que du son même de cet écho dépendra l'accueil fait au Verbe lui -môme. Aussi le tableau de l'activité catholique qui fut offert aux visiteurs de l'Exposition leur fit-il saisir, avec une rare opportunité, l'épa-

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nouissement des consciences catholiques dans les œuvres les plus variées.

Les catholiques enseignent ; et parce que chrétiens, parce qu'ils ont le christianisme avec eux et en eux, ils mettent le christianisme dans leur enseignement par là môme qu'ils y mettent leur vie.

Les catholiques vont à ceux qui souffrent ; et parce que chrétiens, parce qu'ils ont le christianisme avec eux et en eux, ils mettent le christianisme dans leur besogne de philanthropes par là même qu'ils y mettent leur vie.

Entre les prétentions de certaines théories « laïci satrices > et les exigences mêmes de la vie, sentezvous le conflit se dessiner ? Être chrétien dans votre enseignement, et chrétien dans vos œuvres, ce n'est en aucune façon, comme beaucoup affectent de le croire, apposer une rubrique confessionnelle sur des programmes ou sur des actes qui ne sembleraient point destinés à être le monopole d'une société religieuse déterminée. Vous ne prenez ni ne cherchez le christianisme en dehors de vous-même pour en étiqueter votre enseignement ou pour en couvrir votre activité comme d'une façade postiche ; c'est en vousmême que vous le prenez, c'est en vous-même que vous le trouvez : dès lors que vous vous dévouez tout entier, soit à votre métier d'éducateur, soit à votre besogne d'homme d'oeuvres, vous en faites une tâche chrétienne * ; et c'est enfin votre personnalité

1. Qu'on lise le Fils de V esprit, de M. George Fonsegrivo (Paris, Lecoffre, 1905) : la physionomie de Norbert de Péchan • val illustrera, pour le lecteur, les méthodes nouvelles d'action catholique. Une formule, terrible en sa sottise, s'insurgeait naguère contre les initiateurs ; on leur reprochait de « ne pas faire comme tout le monde. > Qui donc était-il ce < tout le monde ?» Et quels titres sa paresse invoquait-elle pour affecter ainsi un zèle d'arbitre et de souverain? Le meilleur moyen de ne plus redouter, dans le petit coin de terre où notre labeur est attendu, les sourires et les soupirs de c Tout le monde »,

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