‹ Autour du catholicisme social (volume 2)Chapitre 35 sur 99 · LE CATHOLICISME A L^EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

LE CATHOLICISME A L^EXPOSITION DE

d'ouvrier, — personnalité façonnée et sans cesse enrichie par la grâce, — qui, telle quelle, par la vertu de sa propre expansion, imprime sur votre parole ou sur votre action le sceau du Christ.

Mais s'il est vrai que la vie extérieure et publique des catholiques, ainsi comprise, ainsi pratiquée, devient la suite et la prolongation de la vie même de leur âme, et s'il est de la nature de la vie de vouloir se communiquer et se reproduire, on devine qu'ils tendront, non point à courber sous leur influence et sous la maîtrise de TÉglise des passivités engourdies, mais à susciter, comme auxiliaires ou comme héritières de cette influence et comme libres sujettes de cette maîtrise, des autonomies vivantes,

le meilleur moyen de ne plus laisser niveler nos énergies par ce despote collectif qui les voudrait annihiler, c'est d'observer que c tout le monde » n*est qu'un point dans le vaste monde, et généralement un point insignifiant. Ainsi fait Norbert de Péchanval, « fils de Tcsprit », et bravement il défie la critique des hommes en prenant des initiatives qui plaisent à Dieu. En second lieu, qu'on le remarque bien, c'est parce que chrétien, et sans nulle idée d'arrière-plan, que Norbert de Péchanval s'occupe du peuple : son action n'est même point une tactique apostolique, mais un épanouissement de son âme. < No croyez pas, disait naguère le cardinal Moran, archevêque de Sidney, que notre attitude bienveillante pour le mouvement ouvrier australien soit de l'opportunisme, qu'elle constitue une sorte de tactique apostolique, non, c'est très volontairement que nous sommes sympathiques à l'ascension des classes populaires. Nous voulons élever toujours davantage le peuple, et tout ce qui le fera grandir rencontrera immanquablement chez nous la plus grande, la plus convaincue sympathie. » ( Association catholique^ 15 juillet 1902. p. 45.) Le livre où nous voyons à l'œuvre la c bonne volonté » de Norbert de Péchanval pourrait avoir pour épigraphe ces paroles cardinalices.

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Missionnaires, ils chercheront, dès que l'heure en paraîtra propice,à créer des clergés indigènes, c'està-dire à élever à la plus haute dignité humaine des représentants de ces races qu'ils ont tirées de Tabjeclion intellectuelle et morale *. Directeurs de patronages, il ne leur suffira point d'aménager des « garderies », confortablement préservées contre les souffles de siècle ; ils aguerriront les âmes et les mettront en mesure d'agir chacune à sa façon, pour le commun but du règne de Dieu *. Hommes d'oeuvres, ils ne se considéreront jamais comme des préfets laïques de ce royaume idéal, chargés de centraliser entre leurs mains patriarcales l'activité d'un certain nombre de « protégés » et de ramener dans leur propre orbite le rayonnement des consciences ; ils aimeront mieux former des forces que de guider des faiblesses ; et la vieille chanson qu'ils répéteront aux oreilles du peuple ne sera point, comme d'aucuns l'en accusent, une mélodie doucement berceuse ; elle aura les résonances d'un chant d'éveil, elle imprimera des élans. Car la vie n'aspire point à créer le sommeil, la vie aspire à créer la vie.

C'est ainsi que l'Exposition de 1900 a gravé dans la mémoire des catholiques, non point seulement des leçons d'attitude, mais encore des maximes d'action; et prenant congé de ce formidable kaléidoscope à travers lequel le génie humain se regardait sous toutes ses faces, ils emportaient en leur for intime quelque fierté et quelque sécurité : fierté pour ces œuvres qui sont filles de leur foi, sécurité pour cet avenir qui sera fils de leurs œuvres.On disait autour d'eux, avec un aveuglement parfois volontaire, que le prosélytisme catholique était un système d'asservissement,

1. Voir à ce sujet le livre décisif du chanoine Joly : Le christianisme et V Extrême-Orient (Paris, Lethiclleux, 1907).

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