Mercier. Mon bonnet de nuU^ I p. 204. (Neufchâteî, Ï
parlent comme le scribe royal : en Champagne, par exemple, on demande, dans plusieurs paroisses, Tamélioration du sort des curés « qui portent le poids du jour, de la chaleur, et sont sans cesse occupés des besoins spirituels de leurs paroissiens»; on les traile de « vigilants, d'infatigables >, on réclame à leur profit les revenus dont jouissent de « pieux fainéants » dans les stalles de certains chapitres ou de certains couvents. De Champagne, passez en Armagnac : un correspondant de l'abbé Grégoire témoigne que « les paysans avaient pour leurs prêtres un respect audessus de toute expression, que leurs curés étaient leurs dieux *. » L'amour des populations et la gratitude qu'il était permis d'attendre d'elles donnaient à certains prêtres ruraux confiance en leur force: pour n'avoir voulu qu'être bons, ils se sentaient puissants *. Aussi lorsque, en 1789, la Constituante supprima les dîmes, un de ces curés entreprenants, que nous mentionnions tout à l'heure, sauta prestement sur sa plume et griffonna, à l'adresse de l'illustre assemblée, une lettre qu'on vient d'exhumer des archives : écrite au lendemain du jour où l'Église de l'ancien régime avait expiré, il semble que cette lettre soit comme un témoignage qu'elle se rend à elle-même au sujet du bien qu'elle avait voulu faire
1. Babeau. La vie rurale, p. 592. H convient d'ajouter qu'en d'autres contrées l'influence du curé avait diminué au xviii* siècle ; c'est surtout par des monographies semblables à l'excellent livre de M. Aulagnc sur le diocèse de Limoges au xvii" siècle (Paris, Champion, 1905) et au livre capital du cardinal Mathieu sur l'ancien régime en Lorraine (Paris, Champion, 1907) qu'on pourrait se faire une exacte idée d*ensemble.
2. Tel ce René Vallée, curé de Pithienville dans l'Eure, qui, quatre ans avaht de mourir sur Téchafaud martyr de sa fidélité à Rome, fut élu, par ses paroissiens mêmes, premier maire de Pithienville. (Chanoine Langlois, i^ené Vallée, dernier curé et premier maire de Pithienville, p. 23. Evreux. Guillemare, 1907.)
et du bien qu'elle avait fait. L'auteur signe : « Coulombet, curé de Saint-Denis, près Alençon >; il date son message du 28 octobre 1789*.
« Vous faites, Messei^neurs, dit-il aux députés, le plus grand mal possible dans nos paroisses.
« Si, cet hiver, je vous envoyais 1.200 de mes pauvres demander à l'Assemblée nationale du pain, du grain pour ensemencer leurs terres, de la paille pour nourrir leurs vaches, de l'argent pour aider à payer les labours, des bouillons, du vin pour les malades, du linge, des remèdes, un médecin, un chirurgien, de la paille pour leurs lits, des maîtres et maîtresses d'école pour leurs enfants, comment vous en expliqueriez- vous?
4C Je connais des curés qui ont prêté pour 1.200 livres d'orge pour aider les pauvres à ensemencer leurs terres, qui ont acheté des chanvres pour occuper les femmes et les filles, qui, pendant toute Tannée, depuis le mois de décembre, ont distribué de la farine et du pain.. .
« Nos paroissiens voua diront : En payant la dîme à messieurs nos curés, nous étions contents, c^était un impôt qui ne nous était point onéreux, et nous étions assurés dans nos besoins de trouver au presbytère des secours ; nous en voilà privés.
« Tel curé donnait des prix d'agriculture, et il faisait les labours des pauvres, etc.
« Que messieurs vos orateurs viennent ici et ailleurs. Ils connaîtront les inconséquences de leurs beauxprojets en spéculation...
« Il y avait des abus dans la perception des dîmes, parce qu'il était injuste que des décimateurs sans fonctions en enlevassent la plus grande partie sans y faire aucun bien. C'est là ce qu'il fallait réformer et ne point aller au delà. >
Mais il était de l'essence même de la Révolution < d'aller au delà > : par un vote irrévocable, le système d'institutions traditionnelles qui encadrait et