Abelly, op. ci7., ii, p
2. Bouilly, Mes Récapitulations, r,p. 85 et suiv., Paris, 1836.
taoe, il se dépouillait de sa chemise pour en faire cadeau à un pauvre : « Bah ! bah 1 disait-il, la charité réchauffe. > Les ouailles en jugeaient autrement, et Bouilly nous a gardé le souvenir de leur jolie sollicitude dans un petit tableau qu'il faut citer en entier :
« Barnabe avait remarqué que tous les dimanches, sur l'autel de la chapelle de la Vierge, on déposait une quenouille garnie du chanvre le plus fin, orné de rubans blancs, et que, le dimanche suivant, cette quenouillée de chanvre qu'on renouvelait était métamorphosée en écheveaux de fils. Au bout de quelques mois^ il reçut une pièce d'excellente toile des mams de ses jeunes paroissiennes qui le chérissaient comme un
f>ère, et qui lui déclarèrent que tous les six mois elles ui feraient une pareille offrande dont elles se distribue* raient le travail sous les auspices de la Mère des Anges. Aussi ne se passait- il plus de semaine sans que Theureux curé ne rentrât au presbytère après s'être dépouillé. >
Il ne suffisait point à Ëdme-Nicolas Restif, curé de Courgis, de se dénuder suivant l'inspiration du moment, pour réchauffer Jésus dans la personne d'un pauvreparoissien.il était, lui, un organisateur; sa façon de se priver était méthodique ; il mettait à s'appauvrir le même esprit de système que d'autres hommes mettent à s'enrichir.
« Ma cure, disait-il, rapporte environ 1.500 livres ; 500 francs suffisent pour Tentretien de ma maison ; le surplus ne doit pas sortir de ma paroisse, qui est pauvre. Je ne le donne cependant pas, je prête mon blé et le reste à moitié prix, durant l'hiver, à mes pauvres, à mes enfants nés ; je le mets en dépôt entre leurs mains ; j'emprunte aux riches pour prêter aux plus misérables ; lorsqu'on me rend ma moitié dans la belle saison, je paye ce que Ton m'a avancé ; et si je ne
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puis suffire, je vais à la ville demander Taumône, pour que le laboureur n'y aille pas. J'ai adopté ces pauvres gens, en acceptant leur cure et le nom de leur pasteur *... >
11 eut un jour le chagrin de voir, tout autour de lui, des chaumières en flammes : il trouva moyen de les faire rebâtir % et cela parut tout naturel. Ne se regardait-il pas, nous dit son neveu, comme « lié à son église de Courgis d'une manière indissoluble, comme le père de tous ses paroissiens, Tarbitre des différends, le consolateur et le secoureur des malades ? » Ainsi parle Restif de la Bretonne, qui ne paraît avoir gardé nulle rancune contre les pauvres gens de Courgis, bénéficiaires des libéralités du bon oncle.
Barnabe, Edme-Nicolas Restif se donnaient tout entiers à des besognes de charité : ils soulageaient la misère, ils palliaient le mal social. Mais le xviii' siècle connut et admira des curés plus entreprenants, préoccupés de prévenir ou de guérir radicalement les détresses qu'ombrageait leur clocher. S'intéressant à la vie matérielle de leurs paroissiens pour s'intéresser ensuite d'autant plus à leurs consciences, ils
1. Hestif de la Bretonne, La Vie de mon père, II, p. 170. Ncufchâtel, 1788.)
2. Restif de la Bretonne, op. cit.^ II, p. 178-180. — Le curé de Courgis intéressait ses paroissiens même à la vie de la paroisse, il les priait de faire aux pauvres une instruction d*une ou deux heures par semaine. « Si on lui demande à quoi sert l'instruction à des gens si pauvres, il répond : « A leur donner le plus doux des plaisirs, celui de connaître et d'exercer rintelligence * (p 175). — Tous ces mêmes détails sont répétés par Restif dans son autre ouvrage : VÉcole des pères, I, p. 279 et suiv.
considéraient que, dans leur paroisse, il n'y avait pas seulement des vocations célestes à préparer, mais des énergies terrestres à exploiter, et qu'ils avaient, comme curés, quelque droit et quelque compétence pour aménager et pour offrir aux braves gens une honnête façon de gagner leur pain à la sueur de leur front. N'étaient-ils pas, après tout, les représentants de cette Providence qui a livré au travail de l'homme la terre et les forces naturelles ? Confiants dans cette pensée, ils sanctionnaient, dans les limites de leur village, les intentions providentielles: à leur voix, la terre cessait d'être une marâtre, l'espoir qu'on plaçait dans la vente des récoltes cessait d'être une déception, le chômage des bras trouvait un terme, et cessait d'opposer aux paroles du Dieu créateur : « Tu mangeras ton pain >, un irrespectueux et cruel démenti .
M. Albert Babeau, naguère, pour écrire son précieux volume sur la Vie rurale dans Vancienne France *, dépouilla les Éphémérides du citoyen que publiait peu de temps avant la Révolution l'économiste Dupont de Nemours : chemin faisant, il y nota nombre d'anecdotes sur l'influence civilisatrice qu'exerçaient, au fond de leurs villages, certains prêtres d'intelligence et de vertu. Au hasard de ces anecdotes, voici se dessiner devant nous certaines physionomies de curés défricheurs, et d'autres, non moins inédites, de curés qui s'improvisent contremaîtres d'industrie '.A Saint- Victor-deChrétienville, près de Bernay, le curé, en arrivant, trouva plus de quatre-vingts habitants qui mendiaient : alors, donnant aux filles des rouets et du chanvre, et plaçant les garçons en apprentissage chez des ouvriers tisserands qu'il fit venir dans sa paroisse, il créa un