Paris, Perrin, 2« édit
2 Babeau, op. cit., p. 366-370.
A LA FIN DE l'aNCIEN REGIME 157
véritable tissage : lorsque les gens de Saint-Victor demandaient à Dieu le pain de chaque jour, ils savaient que, grâce au pasteur, leur souhait serait exaucé. A Saint-Gilles, dans le pays de Caux, c'est par l'initiative du presbytère que des ateliers s'ouvraient, Fhiver durant, pour les populations inoccupées. Le curé de Colombe en Dauphiné introduisait dans son village l'industrie de la toile d'ortie et du tissage de la laine. Dans des pays plus reculés, où la production industrielle ne pouvait trouver aucun débouché, on voyait la chaire et le confessionnal transformer des maraudeurs en cultivateurs. Au Crest, en Auvergne, le curé faisait des avances aux paysans pour le défrichement du sol et pour acheter des outils et des bestiaux ; à Bardos, dans le pays de Labour, la même voix sacerdotale qui rappelait aux paroissiens la nécessité de travailler à la sueur de leur front leur annonçait qu'avec l'appui de l'État deux mille arpents de terre inculte étaient désormais à la disposition des défricheurs ; à Auribeau, dans les Alpes, un vieux prêtre presque octogénaire dont on ne parlait que comme d'un patriarche organisait la récolte des fraises et leur vente sur le marché de Grasse, et les paysans qui jusque-là vivaient de rapine devenaient rapidement, suivant les termes d'un témoin oculaire, «bons, sages, frères et riches ». L'idée d'instituer des prix d'agriculture et des prix d'élevage séduisait le curé de Saint-Denis-sur-Sarthon, dans le Perche ; et il la réalisait. « Je connais plusieurs curés de campagne, écrit Mercier dans son livre: Mon bonnet de nuit^ qui, malgré l'extrême médiocrité de leur prébende, trouvent le moyen de faire inCniment plus de bien que des millionnaires même généreux : leur charité, industrieuse, fait créer mille ressources *. >
1. Mercier. Mon bonnet de nuit^ I p. 21H. (Neufchâtel, 1784.)
Malgré ramertume assez explicable qui s* amassait dans beaucoup d*âmes de pauvres prêtres contre l'opulence et Tindifférence de certains membres du haut clergé *, il est permis de croire que les encouragements de Tépiscopat contribuèrent en quelque mesure à ce déploiement de bonnes œuvres, dont les économistes d'alors font honneur au clergé rural. Une déGnition du sacerdoce, telle que la donnait à ses prêtres Mgr de la Rochefoucauld, évêque de Saintes % pouvait-elle être sans écho et demeurer sans portée? « Le sacerdoce, écrivait-il, n'est qu'une sollicitude laborieuse et universelle qui vous met pour ainsi dire entre les mains les passions, les faiblesses, les besoins et tout le détail des misères humaines. Un pasteur est un homme livré uniquement au soulagement de ses ouailles ; c'est là son état, son devoir primitif, c'est là toute sa constitution. S'il ne peut pas toujours faire le bien par lui-môme, il est toujours à sa place quand il le sollicite '. » Les actes personnels des évêques sanctionnaient et conGrmaient leurs mandements : c'est l'époque où la France, grâce à Barrai, évêque de Castres, commençait de posséder des écoles d'accouchement, et où La Luzerne, évoque de Langres, bientôt imité par plusieurs de ses collègues, organisait les pre-
Ce qu'osait, dans sa paroisse, un modeste prêtre de crédit médiocre, les bureaux de charité, fondés par certains évêques, le tentaient avec plus d'ampleur : tel le bureau de charité du Mans, fondé en 1784 par Mgr de Goussans, et qui achetait des quantités de blé, le donnait aux indigents, le livrait à très bas prix aux cultivateurs en détresse. (Sicard, Les Évêques avant la Révolution, p. 479, Paris, Lecoffrc, 1898.)