Thureau-Dangin, op. cit., 111, p
2. Cette belle expression est de M. Etienne Lamy, Correspondsifity 25 décembre 19ô6, p. 1162.
qu'elle revêtit un jour de sa pourpre ce Newman qui avait présidé à la résurrectioQ de l'Esprit de vie dans le système anglican ; et Rome peut se réjouir d'avoir attiré, d'avoir retenu et d'avoir satisfait cette âme ardente et difficile, qui eut à elle toute seule assez de vie pour ranimer successivement les deux Eglises de sa terre natale, Tanglicane et la catholique.
En 1899, étudiant, dans la revue des Jésuites anglais, les lettres spirituelles de Pusey, le P. Rickaby écrivait :
Le progrès de l'Église catholique ne consiste pas seulement dans l'accroissement du nombre de ses fidèles par les conversions. Que des hommes qui ne sont pas catholiques aient un sens profond de la présence et de la majesté de Dieu, qu'ils le prient continuellement, qu'ils craignent son éternelle colère, qu'ils tiennent fermement à l'enseignement dogmatique particulièrement sur la Trinité, l'Incarnation, la nécessité de la grâce, qu'ils soient anxieux de confesser leurs péchés aux ministres du Christ et d'en recevoir Tabsolution,
3u'ils aient un désir impatient de se nourrir de la chair u Christ présent dans l'Eucharistie, que des jeunes hommes fassent effort pour garder leur pureté, que des hommes dans l'aisance se donnent du mal pour faire des œuvres de miséricorde, tout cela est un gain pour le catholicisme, tout cela réjouit le cœur du Pape, tout cela prépare et laboure le champ *.
1. Thureau-Dangin, op, cit., II, p. 111.— M. Henri Brcmond, dans son étude déjà citée sur VÉvolntion da clergé anglican (p. 5 et suiv.), montre d'une façon très intéressante commetit le progrès des préoccupations ritualistes a conduit l'opinion anglaise à se faire du ministère sacerdotal une idée bien plus sévère, bien plus parfaite, bien plus haute qu'autrefois, et comment ainsi s'explique, en partie, la diminution croissante dans le recrutement du clergé anglican (dearth of candidates forholy orders). « Les vocations, dit-il, sont plus rares, précisément, parce qu'on reconnaît aujourd'huiiplus que jamais la nécessité
S'il était besoin de justifier M. Thureau-Dangin d'avoir envisagé les progrès du ritualisme comme un aspect de la renaissance catholique, les confiantes paroles du P. Rickaby suffiraient à légitimer le point de vue de Thislorien. Lorsque le cardinal Vaughan disait à Ramsgate, à l'occasion du treizième centenaire de saint Augustin : « Le changement, la conversion survenue en Angleterre durant ce siècle, sont sans parallèle dans la chrétienté : non fecit taliter omni naiioni * », cet alléluia cardinalice faisait allusion aux manifestations du ritualisme non moins qu'aux nombreuses conquêtes du catholicisme.
Conquêtes, le mot, à vrai dire, est-il bien choisi ? L'Église catholique ne les a, strictement parlant, ni préparées, ni concertées : ce ne furent point des efforts ou des coups de force, mais des bonnes fortunes, ce que la théologie appelle des coups de la grâce ; et le livre de M. Thureau-Dangin nous fait assister bien plutôt, — le titre qu*il porte est parfaitement juste, — à l'épanouissement naturel d'une « renaissance » qu'à l'ofTensive militante d'une confession jadis persécutée.
Cette Angleterre, que la philosophie du xviii« siècle se plaisait à vanter comme la terre du libéralisme et de la tolérance, avait au contraire, au nom d'une légalité souvent sanguinaire, persécuté plu-
d'une vocation » ; et c*est ainsi qu'avec le temps Tun des effets de la renaissance catholique, qui implanta dans Tanglicanisrae la notion de « vocation sacerdotale », semble devoir être la diminution du nombre des candidats aux fonctions de clergyman.