‹ Autour du catholicisme social (volume 3)Chapitre 90 sur 97 · IV I · texte numérisé non relu

IV I

Le pontificat suprême, au lendemain du concile du Vatican, faisait l'effet à beaucoup d'un colosse aux pieds d argile : on constatait qu'au mouvement d'exaltation qui l'avait comme rapproché du ciel, avait succédé, tout de suite, une rupture de communications avec la terre ; la perte de Rome prenait l'aspect d'une représaille des hommes, — certains piétistes disaient : d'une vengeance de Dieu, — représaille ou vengeance qui châtiait, apparemment, l'altière mainmise de Pie IX sur l'absolu ; et jusqu'à

1. Gibbons, la Foi de nos pères, traductloa Saurel, p. 419. (Paris, Rotaux).

2. Ce discours de Mgr Ireland, prononcé le 8 décembre 1900, à l'église Saint- Patrick de Washington, fut intégralement traduit en italien dans la Basse jna, Nazionale^ 1"' mai 1901. p. 28-39 : le parallèle entre Rome et Washington est à la page 35.

ce que le doigt de la mort et le marteau du camerlingue Joachim Pecci eussent touché le front du pape Jean Mastaï, on entendit se prolonger ces désobligeants commentaires. Un quart de siècle a suffi pour les rendre archaïques. Léon XllI n'avait encore que dix ans de pontificat lorsque Emile de Laveleye, . connu jusque-là par ses pessimistes horoscopes, écrivait un article sur l'avenir international de la Papauté, dans lequel, palliant tant bien que mal ses résipiscences de prophète, il recommençait de faire crédit à TEglise, cette faillie, et lui rouvrait l'horizon du siècle futur *. Le siècle avait trois ans d'âge, lorsque Léon XIII prit congé de lui ; et le bruissement de la presse, au moment de cette mort, a justifié les augures d'Emile de Laveleye. L'histoire entière du pontificat de Léon XIII est l'histoire d'un revirement partiel de l'opinion à l'endroit de l'Église ; et, si l'on en voulait chercher ici les causes, ce serait se fourvoyer que de supposer que l'Eglise, pour ramener vers elle un monde transfuge, ait depuis vingt-cinq ans consenti quelque sacrifice, soit sur son dogme, soit sur sa discipline.

Léon XIII, en effet, n'a fait aucune concession sur le dogme. Il l'a maintenu rigide en ses arêtes, inflexible en sa charpente ; il en a voulu consolider les fondations avec les moellon^ du thomisme ; il en a voulu défendre les approches en constituant la commission des études bibliques. Il a même été, dans ses lettres annuelles sur le Rosaire de Marie, un maître de dévotion : et l'heure est proche, peut-être, où certains apôtres du féminisme sauront gré aux deux derniers pontificats d'avoir proclamé avec tant d'éclat Témi-

1. Revue Internationale^ 1890, I, p. 31. L'article était d'autant plus éloquent si on le rapprochait de la brochure du même Laveleye : De Vavenir des peuples catholiques, étude d*économie sociale^ de quinze années antérieure (Paris, Fischbacher, 1875).

nente dignité d'une femme dans le plan divin et d'avoir, si Ton peut ainsi dire, achevé la rédemption d'Eve, la compromettante pécheresse, en donnant un somptueux piédestal à la grandeur de Marie, 1' « Immaculée ». Bien loin que Léon XIII s'essayât, comme d'aucuns l'eussent voulu, à moderniser le dogme, sa lettre sur l'Eglise, qui groupe en une mosaïque les innombrables témoignages traditionnels, met plutôt en relief l'antiquité du dogme, comme un honneur et comme une parure. « Derrière le politique, écrivait M. Francis Charmes au lendemain de sa mort, il y avait chez Léon XIII le croyant, l'homme de foi, et par conséquent l'homme de confiance qui, au milieu de toutes les difficultés qu'il a traversées, n'a pas douté un instant des destinées de l'Eglise, et qui s'est montré pour elle patient parce qu'il la croyait éternelle. C'est là une force, et la plus puissante de toutes *. » On ne saurait mieux dire : pour son œuvre dogmatique comme pour son œuvre politique, cette foi lui fut une force. Léon XIII a pris place dans la série des papes comme un dépositaire et comme un continuateur, non comme un novateur. Et c'est parce qu'il fut un dépositaire d'élite, c'est parce qu'il prit une connaissance exacte et profonde du dépôt, c'est parce qu'il exhuma du vieux trésor certaines richesses oubliées ou imprévues, c'est parce qu'il explora, jusqu'en ses intimes catacombes, l'architecture de la foi séculaire, qu'il eut l'air, aux yeux des profanes, de < faire du nouveau ». Il montrait en réalité, comme l'écrivait dès 1892 M.Charles Benoist, « ce que peuvent produire, en se rencontrant à l'heure propice, un pape de son temps et une institution de tous les temps ' ».

L'heure d'histoire où s'inséra son règne était en

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