‹ Autour du catholicisme socialChapitre 11 sur 38 · LE PHÉNOMÈNE DE LA COMMUNION DES SAINTS · texte numérisé non relu

LE PHÉNOMÈNE DE LA COMMUNION DES SAINTS

Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, nous assistons à un retour de l'opinion ; la réversibilité des mérites, l'application imprévue des indulgences, parurent longtemps choquantes ; la complaisance avec laquelle le Dieu des catholiques admettait certains rachats faisait l'effet d'un illogisme : on préférait le Dieu de Luther, jugeant les individus un à un, d'après la mesure de leur foi individuelle, dialoguant avec chaque pécheur pris à part, lui pardonnant ou le confondant, et parfaitement sourd, durant ces suprêmes colloques, aux prières et aux influences de toute autre créature. Mais ce sont, aujourd'hui, les protestants eux-mêmes qui semblent regretter, ou qui du moins cherchent à remplacer le vieux dogme catholique de la communion des saints. Dans un livre fortement et généreusement conçu de M. le pasteur Recolin : Solidaires (1), lisez à cet égard le dernier chapitre, qui s'intitule : Le Salut universel; vous y sentirez, tout à la fois, combien l'auteur serait désireux de conclure à un rachat réciproque des âmes, et combien il est embarrassé pour édifier cette imagination dogmatique sans revenir aux conceptions de l'Eglise romaine. Le protestantisme voudrait — mais il est trop tard — ressaisir et restaurer ce jeu de la miséricorde divine, par l'effet duquel ceux qui ont beaucoup escomptent, vis-à-vis de Dieu, les dettes de ceux qui ont peu. S'agit-il de richesses terrestres, le superflu des uns confisque trop souvent le néces-

(1) Paris, Fischbachei\

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saire des autres, et ceux-ci pâtissent. Mais lorsqu il s'agit de richesses surnaturelles, le superflu des uns — ou, plus exactement, ce que Dieu, dans sa bonté, veut bien considérer comme superflu — représente et remplace ce nécessaire que les autres ont gaspillé ; et ceux-ci profitent, ceux-ci jouissent. C'est parce qu'il y a eu des ouvriers de la première heure, que ceux de la onzième, malgré la brièveté de leur labeur, peuvent être congrûment rémunérés.

Au surplus, grâce au dogme de la communion des saints, grâce au collectivisme surnaturel qui en est le résultat, un catholique, — quelques entraves qu'il rencontre, douleurs, maladies, persécutions, paralysies de tout genre, — n'a jamais le droit de se croire et de se dire inutile. Ne semble-t-il pas, même, que ce dogme consolateur apporte à l'énigme de la douleur un commencement de solution ? Car enfin, des malheurs dont il est frappé, l'homme ne prévoit point le cours, encore moins peut-il le régir ; mais il en peut, en quelque sorte, fixer la destination. Gomme cause efficiente de ces coups du sort, il doit reconnaître Dieu ; mais par la façon dont il les accepte, ils prennent une certaine vertu, ils engendrent un mérite ; et quant à l'application de cette vertu, quant à Temploi de ce mérite, il dépend de l'homme de les indiquer à Dieu, c'est-à-dire, en définitive, d'assigner lui-même à sa souffrance, dont vainement il cherche le pourquoi, une sorte de cause finale, qui sera, par exemple, le salut d'un être aimé. Ce patient n'est point passif; sa

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