‹ Autour du catholicisme socialChapitre 14 sur 38 · LÀ GENÈSE DUNE AME D APOTRE IO · texte numérisé non relu

LÀ GENÈSE DUNE AME D APOTRE IO

le maître des petits garçons avait le droit d'instruire l'autre sexe jusqu'à neuf ans, et c'était un droit aui ne servait à peu près de rien. Seules, les filles de qualité, ou bien encore de haute roture, apparentées à de puissantes abbesses, étaient élevées, brebis d'élite, au bercail des abbayes ; mais c'étaient là d'heureuses exceptions, rien de. plus. Même avec de l'argent, on ne savait où trouver de bonnes maîtresses pour la plèbe écolière : pénurie lamentable, qui par exemple n'avait point permis aux Dijonnais d'ouvrir, conformément au testament du président Godran, « un collège pour les pauvres filles ». Et lorsqu'on faisait effort pour sortir d'une pareille misère, on était enserré dans un cercle vicieux : les personnes qui auraient pu faire de bonnes maîtresses étaient écartées par le discrédit de la profession, et la profession demeurait discréditée par Tinsuffisance ou l'indignité des maîtresses. C'est à quoi Mademoiselle de Xainctonge voulait mettre un terme en créant, dans la Comté, une accociation enseignante de femmes.

« Je veux, disait-elle, une compagnie enseignante et non une société contemplative. Comme l'instruction de la jeunesse ne laisse pas d'être très fatigante et offre souvent peu d'attraits, ma société serait bientôt dénaturée et absorbée par l'autre. On trouverait un prétexte tout naturel pour se dispenser d'instruire, et il ne manquerait pas de filles indolentes pour dire : C'est déjà bien assez de nous occuper de nous. De la sorte, cette union deviendrait un grave écueil pour l'or-

(ire enseignant; il pourrait s'y briser » Et cette compagnie devait instruire gratuitement : « Le salaire que nous prétendons tirer de nos peines, écrivait Mademoiselle de Xainctonge, est si grand que les hommes ne sont pas capables de le solder. Le divin Père de famille seul nous donnera, à la fin de la journée, le denier qu'il nous a promis. Pendant la journée, qui doit durer toute notre vie, nous ne prétendons d'autres émoluments que le bonheur de faire régner Jésus-Christ. »

Si de pareilles initiatives risquaient, pour le moins, de provoquer une grande surprise, une autre singularité, dont Anne de Xainctonge caressait le rêve avec un entêtement invincible, pouvait i)asser, au point de vue de la discipline ecclésiastique en Franche-Comté, pour une alarmante innovation : elle ne voulait point que la compagnie future fût cloUrée. Hormis les béfjuines de Flandre et celles qu'on appelait les « femmes chanteuses », toutes les personnes vouées à une vie religieuse étaient alors, en France, soumises à la clôture; on eût en vain cherché, dans toute la Comté, une communauté qui en fût exempte. Les Cordeliers et les Carmes soutinaient avec acharnement cet austère usage. De leur côté, les bienfaiteurs et bienfaitrices des couvents semblaient souhaiter qu'il se maintînt; et si, dans le premier quart du xvii° siècle, M"' de Sanzelle fai- S^.it des libéralités aux Ursulines de Dijon et M"^ de Sainte-Beuve à celles do Paris, c'était à la condition qu'elles se cloîtrassent. Saii l Franrois de Sales, qui aurait si volontiers abaissé la cIÔ-

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